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Nigeria

Montée des périls dans le delta

Le Mouvement d'Emancipation du Delta du Niger a demandé la libération de Dokubo Asari (à G.), accusé de complot contre le chef de l'Etat.(Photo : AFP)
Le Mouvement d'Emancipation du Delta du Niger a demandé la libération de Dokubo Asari (à G.), accusé de complot contre le chef de l'Etat.
(Photo : AFP)
La tension est encore montée d'un cran dans le delta du Niger après l'attaque mardi, d'une installation d'Agip à Port Harcourt, capitale de l'Etat de Rivers. C'est la banque du complexe qui était visée. La bande armée s'est enfuie avec plusieurs millions de nairas -des dizaines de milliers d'Euros-, après avoir tué huit policiers et un employé. Les quatre expatriés enlevés le 11 janvier dernier dans les eaux de Bayelsa sont toujours détenus.

De notre correspondante au Nigeria

Après le braquage, les autorités ont immédiatement réagi, assurant que des mesures allaient être prises pour protéger les vies et les propriétés des expatriés. Des troupes ont été envoyées en renfort dans la région pétrolifère. Port-Harcourt est l'un des poumons économiques de la zone. Située au coeur d'un maillage d'oléoducs et d'installations pétrolières, elle abrite de nombreuses compagnies étrangères. «Je m'y sens en sécurité», assurait récemment un employé expatrié, qui en revanche évite d'aller à Warri, une autre cité pétrolière située dans l'Etat de Delta. Désertée par les compagnies après les affrontements intercommunautaires de 2003, elle est devenue une ville-fantôme.

Des attaquants sans visage

Le groupe armé avait annoncé son intention de porter la guérilla dans la ville. Il a affirmé que le braquage s'inscrit dans une stratégie de financement de la lutte armée. Autant de menaces qui restent sans visage. Selon plusieurs sources, au moins cinq groupes ont revendiqué les actions récentes. Les exigences du Mouvement d'émancipation du delta du Niger, qui semble le plus crédible, laissent penser que ses membres sont des Ijaw, le quatrième groupe ethnique du Nigeria, fort de 14 millions de personnes. Mais officiellement, aucun lien n'a été établi entre le Mouvement et les deux personnalités Ijaw dont il demande la libération, Diepreye Alamieyeseigha, l'ex-gouverneur de l'Etat de Bayelsa, destitué puis arrêté pour corruption, et Alhadji Dokubo Asari, le leader d'une milice armée du Delta du Niger, accusé de complot contre le chef de l'Etat.

Le discours officiel se veut rassurant. Dans les bureaux de Shell, à Warri, un porte-parole qui ne veut pas être cité assure que tout va bien dans la ville. Les enlèvements ont eu lieu à Bayelsa, pas à Delta, souligne-t-il. Benisede, la station attaquée il y a dix jours se trouve sur la rivière qui marque la frontière entre les deux Etats. Elle a coûté la vie à 5 militaires et 9 sont portés disparus. «Les autorités locales sont très en colère, elles pensent que les attaquants qui ont opéré à Delta sont venus d'un autre Etat de la fédération», explique un employé d'une compagnie pétrolière.

Nouveau modus operandi

C'est l'un des points qui inquiètent. D'ordinaire, les attaquants sont originaires des communautés environnantes. Ce groupe, qui dispose d'un armement sophistiqué, opère avec des méthodes de commando militaire. Cela fait plus de quinze jours qu'ils échappent aux recherches, un temps de détention anormalement long pour les otages dans cette région du monde. Certains craignent que ce nouveau modus operandi soit annonciateur d'une escalade durable de la violence.

L'étau semble néanmoins se resserrer sur les ravisseurs, avec la capture à Delta de trois militants séparatistes qui seraient en lien avec eux. De leur côté les autorités de Bayelsa qui affirment que les négociations sont en bonne voie, s'attendent à une libération rapide des otages. De quoi rassurer les marchés pétroliers que la situation dans le Delta du Niger, conjuguée avec celle de l'Iran, a contribué à affoler sensiblement ces dernières semaines.


par Virginie  Gomez

Article publié le 26/01/2006 Dernière mise à jour le 26/01/2006 à 18:47 TU

Audio

Jean-Christophe Servant

Journaliste français, spécialiste du Nigeria

«On constate aujourd’hui une inquiétante augmentation de la circulation des armes légères dans les communautés du Delta du Niger.»

[26/01/2006]

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