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Comment ça va avec la France ?

Tranches de vie : Bruce Clarke

Bruce Clarke 

		(Photo : DR)
Bruce Clarke
(Photo : DR)
Deuxième numéro du magazine, consacré à un homme d'images qui piste les crimes contre l'humanité.

Sud-africain d'origine, très tôt engagé dans la lutte anti-Apartheid, Bruce Clarke est plasticien. Installé à Paris depuis une quinzaine d'années, après avoir longtemps vécu à Londres, il y fabrique des oeuvres complexes en rapport immédiat avec la situation post-coloniale du continent africain. Il y associe éthique et esthétique. Lieu de rencontre et d'échange, Paris, selon lui, accompagne son interrogation sur le monde et les hommes, bien que la liberté du créateur y soit, comme ailleurs, sans cesse mise en danger. Malgré des amitiés profondes, entretenues en cette terre française, Bruce Clarke, dont le travail de mémoire sur le génocide des tutsis est aujourd'hui salué par la critique internationale, se considère avant tout comme une sorte de citoyen, du monde, capable d'aller là où son devoir l'appelle.

Tranches de vie : Bruce Clarke

Plasticien sud-africain

«La France n’était pas un choix définitif. C’était un accident de parcours. Quinze ans plus tard, je suis toujours là.»

Pourquoi le choix de vivre en France ?

La France qui bricole. 

		(Source : Bruce Clarke)
La France qui bricole.
(Source : Bruce Clarke)

« Tout simplement parce que j’avais l’occasion d’y aller et ce n’était pas forcément pour m’y installer. Je m’y suis installé parce que finalement la France était une bonne base pour faire ce que je voulais faire au niveau plastique au moins. Et c’était aussi un pays assez cosmopolite pour que je sois inspiré. La France n’était pas un choix définitif. C’était un accident de parcours. Quinze ans plus tard, je suis toujours là. Mais je quitte la France souvent pour y revenir. Et quand je dis souvent, c’est que je travaille beaucoup sur des projets ailleurs dans le monde, en particulier en Afrique, en Afrique du Sud, au Rwanda. Donc c’est une base pour moi la France. Parfois, on parle d’un pays d’adoption. D’une certaine manière, c’est cela. Mais c’est plus une base parce que je ne me sens pas lié, plus que ça, à un pays quelconque dans le monde, même si je commence bien sûr à avoir des attaches amicales et professionnelles dans ce pays. C’est un pays assez cosmopolite pour que je puisse y rencontrer des gens avec des choses en commun avec moi et pour que je puisse aussi militer.

Ce qui se passe, c’est que je cherchais une base pour travailler, dans tous les sens du mot. Il y avait un travail militant à faire. Mais ce travail militant, je voulais le lier à mon travail plastique, qui était un travail de peinture essayant d’évoquer le monde contemporain, le monde dans lequel on vivait. C’est un travail qui est alimenté par mes activités politiques ou militantes, des activités centrales dans mon existence. Et le pari pour moi, depuis que je suis en France, était de faire le lien entre un travail purement politique et un travail plastique, qui n’était ni de la propagande, ni une sorte de discours dogmatique par rapport à une situation, mais un travail plastique qui puisse exister dans le monde de l’art contemporain.

A cause de mes origines sud-africaines, mes intérêts m’ont porté vers l’Afrique du Sud et vers l’Afrique en général. Et donc le travail plastique que je fais a toujours été lié à une certaine réalité. Ce qui m’a amené à réfléchir à une réalité très particulière depuis la France : celle du Rwanda. Qu’on le veuille ou non, cette réalité-là est liée à la France. Donc j’essaie d’aborder la mémoire des victimes du génocide à travers un travail, qui s’appelle le jardin de la mémoire ».


Bonne année 2006, par Bruce Clarke. 

		(Source : Bruce Clarke)
Bonne année 2006, par Bruce Clarke.
(Source : Bruce Clarke)


Propos entendus sur Bruce Clarke et son travail lors d’une exposition au Musée des Arts Derniers à Paris

 « Je pense que c’est un travail abouti. Il travaille beaucoup avec le collage, des journaux. Aussi avec des images de résistance, des couleurs sobres. Même s’il y a des couleurs vives, c’est jamais quelque chose qui frappe, la couleur, avec le travail de Bruce. Il utilise les textes des journaux. Pour lui, c’est aussi important que les images qu’il peint »

« Je suis bouleversé et très content de voir que quelqu’un peut crier des choses comme ça. Déjà dans la facture, cela me plaît énormément, de par l’économie de mouvements. Les visages me parlent énormément. Ils sont combattants et au milieu, il y en a un qui reste serein, qui fait tout l’équilibre de la toile. La nouvelle Afrique du Sud. Avec les noirs qui ont leur place »

« Je pense que les œuvres de Bruce, il faut prendre le temps de s’engager avec. Il faut lire ce qui est avec aussi. Par exemple, celle-là, c’est hommage aux hommes détruits. Il y a un écho, je pense, de Mandela, parce qu’on voit à côté l’image de Mandela et avec ça il y a une image de train… je pense qu’il faut prendre e temps de décoder ça et voir ce qu’il y a derrière, parce que le travail de Bruce n’est pas neutre. Il prends position ».

Recueillis par Allyson Heard

 

Haine visqueuse 

		(Source : Bruce Clarke)
Haine visqueuse
(Source : Bruce Clarke)

Un mot sur son travail

« Plastiquement, je pars de fragments déchirés, de papiers divers, de journaux, d’affiches, et je les travaille, les triture, les imprègne de couleurs. Mots et couleurs, mots et images s’intègrent alors et se recomposent sur la toile. Comme on peut le voir, la matière première : les textes imprimés, les morceaux de journaux et les types d’écrits sont identiques à ceux que l’on trouve en France. Mêmes affiches de films, mêmes tracts politiques. Mots et textes n’ont pas forcément de lien immédiat avec les images, les uns n’illustrent pas les autres, je ne commente pas, je recompose à partir d’une ‘mise à plat’ de la figure. Les documents sont issus d’un certain contexte qui explicite aussi la place des media, de la presse, des images télé et tout ce qui nous assaille journellement et ils se trouvent ensuite transformés et replacés dans un autre contexte qui est avant tout une toile montée sur châssis.

Dans un sens les fragments trouvés et choisis sont d’abord ‘décontextualisés’ pour redonner du sens qui n’est pas forcément le sens originel. Il y a comme transfiguration, déplacement. Je déconstruis pour « re figurer » et cela passe par ma sensibilité et mon travail. Je me mets en situation d’intermédiaire, de « médium » pour assurer et assumer le passage, une quête passe par moi et j’en suis l’instigateur. »

Bruce Clarke, Entretiens, Août 2002

Pour en savoir plus, visitez son site

http://www.bruce-clarke.com/

par Soeuf  Elbadawi

Article publié le 17/06/2006Dernière mise à jour le 17/06/2006 à TU

Tranches de vie

« Tranches de vie » est une émission à l’écoute de la France bigarrée. Paroles d’hommes et de femmes, acteurs de la mosaïque française. Ils sont d’origine étrangère, ont choisi la France pour y vivre, y grandir ou pour y fabriquer leur vision du monde. Portraits express de personnes, certaines, consacrées, d’autres, moins connues, résidant dans l’Hexagone et contribuant à rendre de plus en plus tangible la notion de diversité à la française.
Une émission de Soeuf Elbadawi, réalisée par Isabelle Godineau, pour le service Magazine de Radio France Internationale.