Rechercher

/ languages

Choisir langue
 

Liban

Combats terrestres et guérilla

La ville de Tyr, cible stratégique pour l'armée israélienne. 

		(Photo : AFP)
La ville de Tyr, cible stratégique pour l'armée israélienne.
(Photo : AFP)
L'armée israélienne progresse lentement au Liban sud dans l'objectif d'établir une zone de sécurité de quelque 35 kilomètres de profondeur. Mais le Hezbollah possèderait des missiles d’une portée de 75 kilomètres et tout indique que ses roquettes pourront continuer de pleuvoir au nord d'Israël.

De notre correspondant à Beyrouth

Deux semaines après le début de la sixième guerre libano-israélienne, se précisent les tactiques militaires et les objectifs stratégiques de ce conflit, qui a déjà fait des milliers de morts et de blessés dans les deux camps et un million de déplacés au Liban. Visiblement, l’armée israélienne entend repousser les combattants du Hezbollah au-delà du fleuve Litani, à 35 kilomètres de la frontière, pour mettre les principales villes du nord d’Israël à l’abri des roquettes. Mais quelles que soient les performances de l’aviation israélienne, une campagne aérienne ne peut détruire, à elle seule, toutes les rampes de lancement du Hezbollah.

Les offensives de 1993 et de 1996 s'étaient soldées par un échec cuisant pour l’Etat hébreu. Une progression des troupes au sol est donc indispensable pour atteindre l'objectif fixé par le ministre de la Défense, Amir Peretz, qui a déclaré mardi que son armée maintiendrait une zone de sécurité au Liban sud  jusqu’à l’arrivée d’une force internationale. De son côté, le Hezbollah veut à tout prix conserver sa «force de dissuasion», c'est-à-dire sa capacité à tirer des roquettes sur Israël. Cela lui confère un avantage stratégique inestimable et le transforme, avec les pays qui le soutiennent, en acteurs principaux dans le conflit israélo-arabe.

Après une semaine de raids et de bombardements qui n’ont épargné ni les civils ni l'infrastructures, l’armée israélienne a donc commencé ses opérations terrestres. Il ne s’agit pas d’une invasion, mais d’incursions, suivie d’une progression lente des troupes au sol. A ce rythme, l’instauration d’une zone de sécurité prendrait des semaines, voire des mois. «Il est évident qu’Israël aurait souhaité atteindre ses objectifs le plus rapidement possible et épargner à sa population et à son économie toutes ces épreuves, explique le général à la retraite, Sobhi Soueidane. Il semble toutefois que l’armée israélienne manque de renseignements précis sur les capacités réelles du Hezbollah et craint de subir de lourdes pertes».

L'armée israélienne progresse à petits pas

L’état-major israélien a opté pour la politique des petits pas en occupant un village frontalier, situé dans le secteur central du Liban sud, Maroun el-Ras, qui est juché sur une montagne culminant à 900 mètres, le plus haut point au Sud. Le village surplombe directement une vingtaine de localités et de larges espaces de la partie méridionale du pays. Comme elle le craignait, l’armée israélienne a affronté dans la région des combattants du Hezbollah aguerris, bien armés et déterminés. Dans la seule bataille de Maroun el-Ras, elle a eu une quinzaine de morts et de blessés et perdu plusieurs blindés. Les troupes israéliennes ont ensuite élargi leur déploiement pour contrôler un triangle situé entre les villages frontaliers de Maroun el-Ras, Yarine et  Aïtaroun, avant de progresser vers la ville de Bint-Jbeil.

Située à 120 kilomètres au sud de Beyrouth et à six kilomètres de la frontière, cette ville de 40 000 habitants est le chef-lieu d’un district portant le même nom. Elle commande un axe routier menant aux secteurs occidental et oriental du Liban sud. Installée sur des collines de 700 mètres d’altitude, Bint-Jbeil est certes un bastion important du Hezbollah, mais elle est loin d’être la capitale du parti islamiste, comme la présentent les médias israéliens. «L’éventuelle chute de la ville au mains des Israéliens n’aura pratiquement aucun effet sur les capacités militaires du Hezbollah, assure le général Soueidane. Les roquettes qui s’abattent sur Naharaya et Haïfa sont tirées à partir de la région de Tyr, dans le secteur occidental, et celles qui touchent le doigt et le Nord de la Galilée partent du secteur oriental».

Selon des sources de sécurité libanaises, avant même l’occupation de Maroun el-Ras, le parti de Hassan Nasrallah avait évacué une grande partie de ses rampes de lancement postées dans le secteur de Bint-Jbeil vers d’autres régions. Pour tenter d’atteindre son objectif, Israël sera donc contraint d’étendre son avancée à d’autres secteurs. L’armée pourrait envisager de se diriger vers Tyr, une ville de 120 000 habitants située sur le littoral, à 35 kilomètres de la frontière. Autre objectif potentiel, la grande ville de Nabatiyé, à 30 kilomètres au nord de Bint-Jbeil, et la localité de Khyam, dans le secteur oriental. Des dizaines de rampes de lancement du Hezbollah sont également postées dans la région du Arkoub, limitrophe des hameaux de Chebaa occupés par Israël. «Le prochain objectif de l’armée israélienne pourrait être le grand village de Tebnine, à 10 kilomètres au nord de Bint-Jbeil, explique Sobhi Soueidane. Il commande l’accès à des dizaines de localités. La progression de l’armée israélienne sera très lente et ses pertes très lourdes. Mais si elle veut créer une zone de sécurité, elle devra obligatoirement étendre sa progression dans toutes les directions».

Le Hezbollah pratique la guérilla

Après une semaine de combats terrestres, l’armée israélienne se trouve toujours aux portes de Bint-Jbeil. Elle fait face à une résistance acharnée de la part du Hezbollah qui a opté pour la guérilla. Ses combattants ne tiennent pas de lignes défensives fixes. Ils reculent devant l’avancée des troupes israéliennes pour les attaquer par l’arrière, tendent des embuscades, minent le terrain. Leur objectif est d’infliger les plus lourdes pertes aux assaillants, comme l’a répété le chef du Hezbollah. «Nous ne nous accrocherons pas aux villes et villages, a dit Hassan Nasrallah dans une intervention télévisée diffusée mercredi à l’aube. Nous reculerons pour mieux contourner et attaquer l’ennemi. L’armée israélienne ne pourra tenir aucune des positions qu’elle occupe au Sud Liban. Nous libèrerons chaque village comme nous l’avons déjà fait en 2000». Selon des sources de sécurité libanaises, le Hezbollah aurait mobilisé et déployé la totalité de ses 13 000 hommes formés au combat. Il peut aussi compter sur l’appui de milliers de volontaires parmi les habitants des villages du Sud.  

Plus important encore, le chef du Hezbollah introduit un nouveau paramètre dans la guerre, en affirmant que son parti a décidé de pilonner des régions situées «au-delà de Haïfa». «Hassan Nasrallah veut montrer à la population israélienne que la progression des troupes au sol ne la met pas à l’abri de ses roquettes, bien au contraire. On est en plein dans la guerre psychologique». Si Nasrallah met ses menaces à exécution, cela prouvera que son parti dispose de roquettes de type Fajr, de fabrication iranienne et d’une portée de 75 kilomètres. Certains croient savoir que le Hezbollah dispose aussi de missiles Zelzal pouvant atteindre des cibles distantes de 150 kilomètres. Si tel est le cas, la zone de sécurité qu’Israël souhaite établir au sud du fleuve Litani, à 35 kilomètres de la frontière, ne servirait à rien.



par Paul  Khalifeh

Article publié le 26/07/2006Dernière mise à jour le 26/07/2006 à TU

Dossiers

(©AFP/Bourgoing/RFI)