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France-Sénégal

Ségolène et le «serment de Dakar»

Lors de son déplacement à Dakar, Ségolène Royal a choisi l’axe coopération-développement pour se démarquer de Nicolas Sarkozy. 

		(Photo : AFP)
Lors de son déplacement à Dakar, Ségolène Royal a choisi l’axe coopération-développement pour se démarquer de Nicolas Sarkozy.
(Photo : AFP)
Ségolène Royal a incontestablement marqué des points lors de son passage à Dakar, 48 heures après celui de Nicolas Sarkozy. Si le ministre de l’Intérieur y a surtout parlé d’immigration, un sujet qui irrite là-bas, la candidate à l’investiture du Parti socialiste a choisi d’axer sa campagne sénégalaise sur la coopération. Affirmant «ne pas vouloir commenter les programmes électoraux des autres candidats potentiels à l’élection présidentielle», Ségolène Royal n’en a pas moins admis que l’accord signé samedi à Dakar sur les flux migratoires par son principal challenger, comportait «des choses pas mal». Mais en ajoutant aussitôt, qu’il «n’allait pas très loin en termes d’aide au développement». C’est précisément sur ce terrain qu’elle entendait marquer sa différence.

On pouvait s’y croire. Pendant tous ses déplacement dans la capitale sénégalaise, Ségolène Royal était accompagnée par un cortège de voitures officielles, encadré de motards. Les Sénégalais ont ainsi voulu à tout hasard, anticiper sur les fonctions qu’elle occupera peut-être bientôt, en lui réservant un traitement égal à celui qu’a reçu Nicolas Sarkozy, samedi. Venue pour se rapprocher de ses origines (elle est née à Dakar en 1953 où son père était militaire) Ségolène Royal a choisi l’axe coopération-développement pour se démarquer de Nicolas Sarkozy. Ce dernier avait fait des pieds et des mains pour lui griller la politesse, en avançant son déplacement sénégalais, prévu initialement début octobre.

Jusqu’au bout

Pour ce «retour aux sources», Ségolène Royal a laissé clairement entendre depuis Dakar qu’elle sera bien candidate à l’investiture socialiste à l’élection présidentielle. Personne n’en doutait, mais c’est un sujet qu’elle évitait d’aborder directement, jusque là. Encouragée par un militant socialiste qui lui demandait d’«aller jusqu’au bout», elle lui a rétorqué : «je vais suivre le conseil qui vient de m’être donné. Ce sera le serment de Dakar».

En même temps qu’elle affichait sans ambiguïté ses ambitions, Ségolène Royal manifestait aussi ses craintes, que «la machine à perdre ne soit déclenchée. Je me demande si certains n’ont pas envie de perdre», faisant allusion aux querelles qui agitent le parti socialiste. Les postulants socialistes à la candidature ont jusqu’au 3 octobre pour se déclarer. Jusqu’à présent Ségolène Royal, qui a cinq concurrents potentiels, reste la «présidentiable» socialiste favorite des Français avec 46 % d’intention de vote (en recul d’1 point). Par contre selon un sondage CSA réalisé le 22 septembre, elle perd 7 points chez les sympathisants socialistes, pour glisser à 59 %.

Elle s’attend au pire

Informée alors qu’elle était encore au Sénégal de l’organisation de débats internes au Parti socialiste en vue de la désignation de son candidat, la favorite des sondages a déclaré : «j’irai parce que je ne veux pas qu’on dise : 'elle refuse les débats'. Mais il faut que le débat interne serve le combat d’après (contre la droite)», sous-entendant sa crainte d’être affaiblie par ses camarades et en même temps confirmant sa candidature. «Ca va être une période assez pénible, a-t-elle admis devant des militants socialistes français réunis à Dakar, au sens où elle est risquée si ces débats ne servent pas le pays». Le message est clair, Ségolène Royal s’attend au pire de la part de ses camarades socialistes, lors des six débats organisés entre le 10 octobre et le 9 novembre.    

Interrogée à plusieurs reprises sur sa vision d’une politique d’immigration, la candidate socialiste a louvoyé, se contentant d’insister sur «la nécessité de maintenir au pays les populations en leur fournissant des revenus décents. Si on arrive à résoudre les inégalités de revenus entre les continents, alors il n’y aura plus d’émigration de la misère». Reçue par le président Abdoulaye Wade, Ségolène Royal lui a exposé son projet de réchauds solaires pour les femmes sénégalaises, dont un prototype devrait voir le jour en Poitou-Charentes, une région dont elle est la présidente. Le président a trouvé l’idée «révolutionnaire», a confié Ségolène Royal à l’issue de sa rencontre et prenant la balle au bond, il a suggéré que les réchauds soient fabriqués au Sénégal.

Un des points forts de la visite de Ségolène Royal aura été sa rencontre avec l’ancienne porte-parole des sans-papiers de l’église Saint-Bernard à Paris, Madjiguène Cissé. Cette dernière, rentrée volontairement au Sénégal en 2000, souhaite des régularisations massives des sans-papiers qui, pour Ségolène Royal, «ne sont pas une solution». Défendant sa position avec conviction, Madjiguène Cissé s’est quelque peu embrouillée, allant jusqu’à donner du «Madame Sarkozy» à la candidate socialiste. Même absent, l’ombre du rival planait sur Dakar.

par Claire  Arsenault

Article publié le 27/09/2006 Dernière mise à jour le 27/09/2006 à 16:47 TU