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France

Les bagagistes de Roissy demandent justice

Au premier plan, un avocat et des syndicalistes donnent une conférence de presse à Paris le 07 novembre 2006, en présence de bagagistes (2e plan) touchés par une procédure préfectorale de retrait de badge d'accès à l'aéroport de Roissy. 

		(Photo : AFP)
Au premier plan, un avocat et des syndicalistes donnent une conférence de presse à Paris le 07 novembre 2006, en présence de bagagistes (2e plan) touchés par une procédure préfectorale de retrait de badge d'accès à l'aéroport de Roissy.
(Photo : AFP)
Huit employés de l’aéroport de Roissy, en majorité de confession musulmane, auxquels le badge d’accès aux zones sécurisées de l’aéroport a été retiré, au motif de liens entretenus avec «une mouvance islamiste», ont saisi la justice administrative, mercredi, en référé. Privés de leur outil de travail, les requérants demandent justification et réparation. Vendredi, dans ses réquisitions, le procureur a fait valoir que le tribunal civil de Bobigny était «incompétent». C'est désormais le tribunal administratif de Cergy-Pontoise (Val d'Oise) qui doit examiner des référés en suspension déposés par neuf employés. Six d'entre-eux sont déjà parties prenantes dans l'affaire examinée mercredi à Bobigny.

Depuis le mois de mai 2005, ce sont 72 salariés de l’aéroport, en majorité de confession musulmane et pour la plupart accusés de liens avec «une mouvance islamiste», qui se sont vus retirer leur badge d’accès à la zone aéroportuaire aux abords des pistes. A diverses occasions, le ministre de l’Intérieur a invoqué «une mesure de précaution» liée à des risques terroristes, se fondant sur des fiches de renseignements de l’Unité de coordination de lutte antiterroriste (Uclat). Le mois dernier, huit des bagagistes concernés avaient déposé une requête auprès du juge des référés de Bobigny.

Les employés demandent la communication des documents qui ont motivé les sanctions à leur encontre. Ils dénoncent un procédé qui les a publiquement désignés comme susceptibles d’appartenir à des cellules terroristes. Le sous-préfet de Roissy, Jacques Lebrot, justifie pour sa part ces mesures en affirmant que les employés sont proches de mouvances «potentiellement terroristes», déclarant que l’un d’eux était «en contact suivi» avec une personne elle-même «en contact direct avec Richard Reid», le Britannique membre d’al-Qaïda. Richard Reid avait tenté, en vain, le 22 décembre 2001, d’actionner des explosifs dissimulés dans ses chaussures lors du vol Paris-Miami.

De leur côté, les avocats des employés s’interrogent sur le point de savoir jusqu’où la sécurité de l’Etat peut porter atteinte à la liberté individuelle car, selon eux, le retrait des badges a eu lieu après un entretien portant «essentiellement sur des questions concernant les pratiques religieuses [des employés]». «La véritable cause du retrait d’habilitation des bagagistes est leur religion, vraie ou supposée, leur apparence physique et leur origine ethnique», affirme l’avocat Eric Moutet qui défend six des bagagistes concernés.

L’audience en référé s’est tenue mercredi. Deux badges ont été restitués mais sans explication sur le retournement de situation : «Je ne sais pas pourquoi les badges ont été retirés. Je ne sais pas encore aujourd’hui pourquoi les badges ont été restitués», a déclaré après les plaidoiries Me Daniel Saadat, l’avocat des salariés, pour qui «le dossier est scandaleusement vide». De son côté, l’avocat du préfet, Me Georges Holleaux, déclare avoir communiqué aux sept employés auxquels les badges n’ont pas été rendus, les notes de l’Uclaf ayant motivé les sanctions. Mais, de leur côté, les avocats des employés assurent que les intéressés n’ont toujours rien reçu à ce jour.

Le tribunal civil de Bobigny se déclare «incompétent»

«Je suis très heureux pour moi, très malheureux pour les autres», a déclaré Abdelhazak Rabehi, 30 ans, d’origine algérienne, poursuivant : «Je remercie Dieu et la justice. Même moi j’ai douté de moi. J’ai été sali, on a dit que j’étais un terroriste, il n’y a pas d’accusation plus grave. (…) J’ai encore une boule à l’estomac. (…) J’espère que c’est la fin du cauchemar. Maintenant, je vais appeler mon employeur et je vais reprendre le travail.» Abdelhazak Rabehi travaille pour l’entreprise de bagagistes CBS à Roissy depuis juin 2002.

Pour l’heure, le juge des référés du tribunal civil de Bobigny s’est déclaré «incompétent» pour enjoindre au ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, et au préfet de Seine Saint-Denis de produire les éléments justifiant les retraits des badges, comme le demandaient les huit plaignants. Vendredi, il a jugé par ailleurs «irrecevable» la demande de reconnaissance d’atteinte à la présomption d’innocence. Les décisions suscitent la polémique : associations et syndicats évoquent une discrimination.

C'est désormais le tribunal administratif de Cergy-Pontoise (Val d'Oise) qui doit examiner des référés en suspension déposés par neuf employés. Six d'entre-eux sont déjà parties prenantes dans l'affaire examinée mercredi à Bobigny. La justice administrative doit désormais, en effet, statuer sur la légalité, contestée par les avocats des employés, de la décision de retrait. Le tribunal administratif de Cergy-Pontoise se prononcera mardi ou mercredi prochain.



par Dominique  Raizon

Article publié le 10/11/2006 Dernière mise à jour le 10/11/2006 à 15:49 TU