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Mali

Le pont de Gao, «un rêve devenu réalité»

Inauguré le 22 septembre dernier, le pont Wabaria de Gao modifie l’économie de la sous-région et inaugure une nouvelle ère pour les habitants, commerçants et voyageurs qui transitent par la Cité des Haskias.

 

Le pont Wabaria de Gao au Mali. (Photo : Eglantine Chabasseur/ RFI)
Le pont Wabaria de Gao au Mali.
(Photo : Eglantine Chabasseur/ RFI)

De notre envoyée spéciale à Gao

Ce matin, des centaines de chameaux, bœufs et moutons convergent dans des nuages de poussière vers le parc à bétail de Wabaria, à une quinzaine de kilomètres de Gao, au nord du Mali. Ibrahima Maïga, un important commerçant de la région, affiche son contentement. Grâce au nouveau pont Wabaria de Gao, il a pu amener ses bêtes par la route, sans risquer une périlleuse traversée par le bac.

Fin d’un calvaire

Le pont de Gao, inauguré fin septembre dernier, marque, en effet, la fin d‘un calvaire pour les habitants de la ville et de la sous-région. Tous racontent le cauchemar du « temps du bac », où les passagers de Bamako devaient arriver avant 18h, pour le dernier trajet de l’embarcation, ou attendre le petit matin pour atteindre, enfin, la Cité des Haskias.

Unique passerelle sur le fleuve Niger entre Bamako et Niamey, le pont de Gao est, selon le slogan imprimé sur les pagnes de coton couramment portés par les femmes de la région, « un rêve devenu réalité ».

Cependant, pour les habitants de Wabaria, dont l’économie reposait quasi exclusivement sur le passage d’une rive à l’autre du fleuve Niger, le coup est un peu rude. Les jeunes qui louaient des nattes ou des moustiquaires à 100 FCFA aux voyageurs contraints de passer la nuit côté Wabaria sont désœuvrés. Les vendeurs de cigarettes, de brochettes, de beignets, les nombreux piroguiers qui proposaient une alternative au bac, se trouvent, selon l’expression consacrée ici, « au chômage technique ».

Mahamoudou Maïga, un boucher de Wabaria, affirme qu’avant le pont, il abattait cinq à six moutons par jour, tandis qu’aujourd’hui un animal suffit pour deux jours de travail. Ibrahim Touré, secrétaire général de la mairie de la commune de Gounzarèye, à laquelle appartient Wabaria, raconte sa crainte d’un exode massif de la jeunesse et les efforts mis en œuvre pour lui permettre de rester à Wabaria.

Nœud d’échanges

Mais si, au niveau local, le pont bouleverse massivement l’économie du village de Wabaria, il n’en facilite pas moins la vie de milliers de passagers, commerçants et gros porteurs qui transitent par la ville de Gao. En plus du pont, environ quinze kilomètres de voies d’accès ont été goudronnés et électrifiés, un véritable progrès pour la région.

Aussi Jean Luc Coumbassa, l’un des ingénieurs maliens de l’ouvrage, affirme laconiquement qu’ « on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs » et rappelle que ce pont fait de Gao un nœud d’échanges de tous les pays de la zone sahélienne. Reliée à Bamako par 1 200 kilomètres de goudron, Gao se trouve en effet à la croisée des routes transsahariennes de l’Algérie, du Niger, de la Mauritanie et plus largement du Tchad.

De grands travaux de désenclavement ont d’ailleurs été entrepris : le goudronnage de la route Gao-Niamey d’abord, qui permettra un accès direct aux ports de Lagos et de Cotonou. Ensuite, le dégagement du canal de Tombouctou, qui reliait la ville mythique au fleuve, mais aussi les études du  tronçon Gao-Kidal-frontière algérienne-Alger. Ces travaux permettront une plus grande fluidité du trafic des marchandises, auparavant gâtées par des heures de route chaotique et les fortes chaleurs sahéliennes.

En outre, à un niveau plus symbolique, Gao souhaite retrouver sa place de centre névralgique de la région. La Cité des Haskias fut en effet la capitale du prestigieux empire Songhaï et l’une des places fortes du commerce sahélien.

Nouvelles forces économiques

Mais enfin, si la construction du pont, promise depuis l’indépendance du Mali, réconcilie Gao avec son passé, elle témoigne aussi des nouvelles forces économiques en place dans cette partie de l’Afrique. Le président malien, Amadou Toumani Touré, acclamé lors de la journée d’inauguration comme « ATT le bâtisseur », l’a bien compris et fait jouer les alliances entre le Mali et ses nouveaux partenaires.

Financé par la Banque Islamique de Développement et le gouvernement malien, le pont a, en effet, été réalisé à partir d’études de bureaux nationaux et tunisiens. Mais il a surtout été construit par un allié de poids, une entreprise chinoise, la CSCEC (China State Construction Engineering Corporation).

Aujourd’hui, tous les manœuvres chinois sont repartis dans leur pays ou sur d’autres chantiers d’envergure, ailleurs en Afrique. Tous, sauf deux. Au milieu du marché, non loin du parc à bétail, un Chinois d’une quarantaine d’années propose ses services de médecine traditionnelle aux Peuls, Songhais ou Touaregs du marché de Wabaria.

par Eglantine  Chabasseur

Article publié le 12/11/2006 Dernière mise à jour le 12/11/2006 à 13:22 TU