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24e sommet Afrique-France

Exister ensemble dans un monde en mutation

Le chef de l'Etat congolais, Denis Sassou Nguesso, et le président français, lors du XIème sommet de la Francophonie, à Bucarest. Dès son arrivée à l'Elysée, Jacques Chirac a tenté de faire évoluer les relations franco-africaines. 

		(Photo : AFP)
Le chef de l'Etat congolais, Denis Sassou Nguesso, et le président français, lors du XIème sommet de la Francophonie, à Bucarest. Dès son arrivée à l'Elysée, Jacques Chirac a tenté de faire évoluer les relations franco-africaines.
(Photo : AFP)
La mondialisation, la transformation des conflits de la Guerre froide en affrontements internes ou régionaux, la montée en puissance de nouveaux partenaires comme la Chine ou l’Inde, mais aussi la refonte de la coopération française ont transformé la scène franco-africaine depuis le milieu des années quatre-vingt-dix.

Elu en 1995 pour un premier mandat présidentiel, Jacques Chirac a été auparavant Premier ministre de Valéry Giscard d’Estaing, de 1974 à 1976, puis de François Mitterrand, de 1986 à 1988. Il ne se sent pas comptable du passé de la «France-Afrique», de sa politique de réseaux et de compromissions alors très critiquée. Un an auparavant, en 1994, a eu lieu le génocide rwandais, considéré par les observateurs comme un terrible échec de la communauté internationale, et au sein de celle-ci en particulier de la France.

Il lui faut donc, mais c’est un thème qui est déjà dans l’air, faire évoluer la relation avec l’Afrique, sans toutefois «lâcher» un continent dont les dirigeants francophones se sentent délaissés, à l’heure où la France reconsidère son positionnement dans le monde. «La France sera toujours fidèle aux liens qui l’unissent à l’Afrique, des liens qui sont d’abord ceux du cœur et des sentiments partagés… Notre relation ne sera jamais banale. Depuis les indépendances, vous avez changé, et nous aussi. Mais ce qui n’a pas changé et ce qui ne changera pas, c’est l’engagement déterminé de la France en faveur et aux côtés de l’Afrique», déclare-t-il, lors du 23e sommet Afrique-France consacré à la jeunesse africaine, à Bamako au Mali, en 2005.

Réforme de la coopération, réforme du dispositif militaire…

Aujourd’hui, l’entourage présidentiel évoque un bilan jugé positif : au plan des symboles, il y aura eu la suppression de la compagnie pétrolière française Elf, véritable Etat dans l’Etat qui symbolisait les réseaux de la «France-Afrique», absorbée par le groupe Total. Ensuite a été menée à son terme une refonte de la coopération qui a notamment élargi le champ d’action de la France à l’Afrique toute entière. Après l’intégration du ministère de la Coopération au sein de celui des Affaires étrangères, la réforme de la coopération proprement dite, décidée en 2004, a été mise en œuvre, où l’Agence française de développement (AFD) joue désormais un rôle moteur qui correspond à une autre approche de l’aide au développement, plus en phase avec les interventions des grands bailleurs de fonds intergouvernementaux.

Paris a également réformé son dispositif militaire en Afrique, notamment pour accompagner le projet de mise en place de forces de maintien de la paix africaines prévu par l’Union africaine (UA). La France cherche à européaniser son propre dispositif dans ce domaine : le programme Recamp, lancé depuis 1997 et destiné à former, entraîner et soutenir l’effort des pays africains pour assumer la responsabilité de la sécurité de leur continent ; ont ainsi été conclus des accords de partenariat avec l’Union européenne (UE) et l’UA.

Car l’heure est incontestablement à une approche multilatérale en Afrique. En matière de crises politiques et de conflits, la France a en effet travaillé ces dernières années en étroite collaboration avec les Nations unies et l’Union européenne, désormais consciente qu’elle n’avait pas les moyens d’agir seule – et peu désireuse de s’exposer comme par le passé. En Côte d’Ivoire, si la médiation ayant abouti aux accords inter-ivoiriens de Marcoussis, et surtout l’envoi de la force française Licorne, ont marqué un réengagement spectaculaire des Français sur le continent, l’intervention militaire bénéficie d’un mandat onusien et les efforts de règlement politique sont conduits en étroite concertation avec la communauté internationale.

Autre crise majeure du continent, en République démocratique du Congo (RDC) où, il est vrai, la France se retrouve moins en première ligne : elle estime avoir eu un rôle diplomatique actif, en particulier dans le cadre de l’Union européenne ; on peut ainsi évoquer des initiatives comme l’opération militaire Artémis en Ituri en 2003 (placée sous commandement français), ou la mobilisation de la force Eufor pour les élections de 2006.

Pour ses vieux alliés francophones, comme le Tchad ou la Centrafrique, la France n’a pas hésité à fournir un appui direct – mais mesuré, notamment au plan militaire – afin d’aider les régimes menacés par des rébellions. Mais l’implication française peut se lire sous l’angle géostratégique, concernant une région où les facteurs de déstabilisation venus du Soudan inquiètent. La voie diplomatique est privilégiée pour inciter le Soudan à mettre fin au conflit du Darfour, là encore avec l’ensemble de la communauté internationale. « Parfois nous devons y aller seuls car aucun de nos partenaires du G8 ne veut s’impliquer directement », souligne toutefois un diplomate français.

Jacques Chirac en porte-parole de l’Afrique

C’est surtout au plan économique que les changements sont sensibles. La France, après un «creux» à la fin des années quatre-vingt-dix, s’est efforcée de relancer son aide au développement, et demeure le principal bailleur de fonds de l’Afrique subsaharienne. L’aide publique au développement (APD) française doit atteindre, conformément à l’engagement pris par le président de la République, 0,5% du revenu national brut, alors qu’elle ne représentait que 0,3% en 2002 et vise les 0,7%, objectif fixé par l’Onu, en 2012. Les difficultés financières incitent toutefois à favoriser l’aide multilatérale, surtout européenne, tandis que l’intervention grandissante des Chinois, Indiens et Américains élargit la gamme des ressources sur lesquelles peuvent s’appuyer les pays africains.

La France soutient les efforts africains dans le cadre du Nouveau partenariat pour le développement économique de l’Afrique (Nepad), permettant aux pays du continent de choisir leurs priorités et de mieux mobiliser les concours de leurs partenaires. Elle travaille étroitement, notamment sur les questions d’aide et d’annulation de dette, avec la Grande-Bretagne, et veut aussi mieux associer l’Allemagne à ces efforts : c’est ainsi qu’a été invitée, au sommet franco-africain de Cannes consacré à L’Afrique et l’équilibre du monde, la chancelière Angela Merkel, qui préside à la fois l’Union européenne et le G8.

A de multiples occasions, Jacques Chirac s’est fait le porte-parole de l’Afrique, cherchant à faire inscrire sur l’agenda international les questions essentielles la concernant : pauvreté, VIH-sida et autres maladies endémiques, mais aussi protection de l’environnement, lutte contre la déforestation ou promotion de la microfinance. Il s’est rendu dans de nombreux pays du continent africain depuis 1995, et a participé à tous les grands rendez-vous destinés à combattre la pauvreté dans le cadre des Objectifs du millénaire pour le développement.

A l’origine de la proposition d’une taxe sur les billets d’avions pour financer dans un premier temps les dépenses de santé dans les pays pauvres, adoptée déjà par plusieurs pays du Nord et du Sud, le président français a donné un coup de pouce à la recherche de financements innovants pour suppléer à l’insuffisance de l’aide au développement en organisant, fin février 2006 à Paris, une conférence ministérielle sur le sujet. Les représentants de 93 pays riches et pauvres, à l’exception notable des Etats-Unis et du Japon, ont examiné l’ensemble des pistes pouvant mener à ces nouveaux financements.

par Marie  Joannidis

Article publié le 05/02/2007 Dernière mise à jour le 05/02/2007 à 17:15 TU

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