Sénégal
En attendant les résultats

(Photo : Reuters)
Crucial pour le Sénégal, ce scrutin présidentiel marque une étape importante pour les processus électoraux en Afrique. Après la réussite, en 2000, des élections de «l’alternance», le défi consistait, cette fois-ci, à moderniser et à améliorer la machine électorale. C'est chose faite, comme l'admet largement l'opposition, tout en criant à la fraude face à la victoire d'Abdoulaye Wade au premier tour dont les résultats officiels sont attendus pour vendredi.
Par rapport aux élections de 2000, de grandes innovations ont été apportées dans la préparation du scrutin de 2007. La refonte complète du fichier électoral a fait passer le nombre de personnes inscrites de 2,7 millions à 4,9 millions. Autre changement majeur, l’introduction de la carte d’électeur numérisée comprenant une photographie et un code barre identifiant les empreintes digitales. Le nouveau fichier, dit «biométrique», a nécessité un effort financier important (certaines sources parlent de 24 milliards de francs CFA), mais a aussi généré de nombreuses polémiques.
Des cas de double inscription ont été relevés et pendant plusieurs semaines la Commission nationale électorale (CENA) et le ministère de l’Intérieur ont fait état de chiffres divergents sur le nombre total d’inscrits. Début janvier, les représentants des partis politiques, de la CENA, de la société civile et du ministère de l’Intérieur se sont livrés à un audit du fichier électoral pour traquer les éventuels «doublons» ou les inscriptions indues.
La délivrance des cartes d’identité et des cartes d’électeurs numérisées a aussi accusé des retards importants et a dû être prolongée jusqu’au jour du vote, le ministère sénégalais de l’Intérieur reconnaissant finalement que 5 % du corps électoral n’avait pu disposer à temps de cartes d’électeurs. Le jour du vote, certains électeurs n'ont pas trouvé leurs noms sur les listes.
Un taux de participation historique
Les difficultés n’ont pas empêché une affluence massive le 25 février, dans les 12 000 bureaux de vote. La participation, estimée à 75% selon les premiers chiffres, est historique. Le déroulement du scrutin a été entaché de quelques dysfonctionnements (retards dans le début des opérations de vote, lacunes dans la distribution des cartes d'électeurs, absence de bulletins de vote dans certains centres), mais tous les observateurs ont relevé le calme et la motivation des votants, très peu d’incidents étant enregistrés.
La surveillance des opérations de vote a été assurée par un important déploiement de représentants de la CENA et des partis politiques, même si ces derniers n'ont pas été tous en mesure d'être représentés sur l’ensemble du territoire. Une autre caractéristique importante de ce scrutin concerne le nombre élevé d’observateurs indépendants : entre 2 000 et 2 500, selon les chiffres, parmi lesquels environ 500 membres de missions d’observations extérieures dépêchées par l'Organisation des Nations unies, l'Organisation internationale de la francophonie (OIF), l'Union africaine (UA), l'Organisation pour la conférence islamique (OCI) et la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao), mais aussi une Coordination des observateurs internationaux indépendants, forte de 166 membres représentant 17 Ong et associations africaines.
Mais le principal dispositif en matière d’observation a été fourni, comme en 2000, par les associations sénégalaises. Parmi celles-ci, la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'homme (RADDHO) présente tout au long de la phase préparatoire des élections et durant le vote avec un dispositif de plus d’un millier d’observateurs. Très critique avant le vote, la Raddho a finalement estimé dès le 26 février que les élections s’étaient déroulées de manière globalement satisfaisante, son président, Alioune Tine, estimant que s’il y avait eu «des problèmes… cela ne suffit pas pour remettre en cause le processus».
Le rôle crucial des médias
Tout comme en 2000, les médias sénégalais, spécialement les radios privées, se sont relayés pour assurer une couverture du scrutin heure par heure. Des correspondants équipés de téléphones portables, présents dans le moindre bureau de vote, leur ont permis de suivre étroitement les opérations de dépouillement des urnes pour court-circuiter toute tentative de fraude. De leur côté, les états-majors des partis politiques ont procédé à leurs propres pointages.
Cet afflux d’information en direct a contribué à dédramatiser l’annonce, très anticipée, de la victoire d’Abdoulaye Wade par ses partisans, dans la mesure où les résultats diffusés par les radios, et le lendemain par la presse, ont semblé corroborer la nouvelle. Au soir même du scrutin dominical, les militants du PDS, le parti d’Abdoulaye Wade, ont en effet revendiqué sa victoire, son directeur de campagne, le Premier ministre Macky Sall, affirmant dès lundi matin qu’«Abdoulaye Wade dépasse largement les 50% requis pour être élu au premier tour». Un coup de bluff, avait rétorqué l'opposition.
Finalement, les chiffres provisoires arrivés des 35 départements du Sénégal confirmaient ce verdict mercredi, accordant 55,7% des suffrages au président sortant, Abdoulaye Wade. Une nouvelle défaite cuisante pour l'opposition socialiste en particulier qui crie à la fraude, l'un de ses partisans convenant toutefois, qu'avec ce scrutin de février, le pays est entré dans une nouvelle phase, avec désormais «un processus (électoral) sophistiqué», à l’image de la démocratie sénégalaise en Afrique.
par Thierry Perret
Article publié le 28/02/2007 Dernière mise à jour le 28/02/2007 à 12:12 TU




