Sénégal
Abdoulaye Wade vainqueur officiel
La Commission nationale de recensement des votes (CNRV) a officiellement confirmé, jeudi soir, la victoire du chef de l'Etat sortant dès le premier tour de l'élection présidentielle du 25 février. Abdoulaye Wade, 80 ans, obtient 1 910 368 des 3 419 751 suffrages exprimés, a annoncé devant la presse le président de la commission, Cheikh Tidiane Diakhaté, soit un score de 55,86%, ce qui lui permet d'éviter un second tour. Avec 14,93% des voix, l'ancien Premier ministre, Idrissa Seck, arrive deuxième. Il devance Ousmane Tanor Dieng (13,57%), le candidat du Parti socialiste (PS). Ces résultats nationaux provisoires doivent, à présent, être validés par le Conseil constitutionnel.
(Photo : Reuters)
La coalition Sopi, changement en wolof, principale langue parlée au Sénégal, avait déjà préparé l’opinion publique sénégalaise à la victoire du président sortant, Abdoulaye Wade. Ce dernier s’était lui-même pris au jeu en estimant qu’il était légitime que le peuple lui renouvelle massivement sa confiance. Mais la vague qui avait tout retourné sur son passage pour le porter au pouvoir en 2000 a perdu de sa puissance au fil des années. Des scandales politico-financiers et certaines affaires judiciaires ont terni l’image de l’homme du Sopi. Malgré cela, il fallait avoir un certain aplomb politique pour mener une campagne essentiellement axée sur la victoire dès le premier tour. La communication dans ce sens a été parfaite.
L’opposition, prise de court, a alors manqué de discours nouveau, se contentant essentiellement de pointer du doigt les résultats médiocres du septennat écoulé. Par ailleurs, le retour en grâce de l’ancien Premier ministre et ex-dauphin du président, Idrissa Seck, peu avant le scrutin, a été ressenti par l’opinion comme un manque de caractère de celui qui dénonçait les dérives du pouvoir et qui avait osé défier son «père spirituel». L’opposition classique, incarnée par le Parti socialiste et son leader, Ousmane Tanor Dieng, n’avait pas, non plus, trouvé un angle d’attaque propre et fort qui puisse ébranler le pouvoir. Ce vide politique a tout suite suscité des vocations : 15 candidats au lieu de 8, en 2000. Selon de nombreux observateurs, ce trop plein de candidats ne pouvait que faire l’affaire du président sortant.
Le Sopi dépoussiéré
Il n’a fallu, à Abdoulaye Wade, qu’un dépoussiérage de son fameux Sopi d’il y a sept ans pour paraître toujours dans le coup. La coalition Sopi a, pour cela, demandé aux électeurs un mandat supplémentaire pour achever les chantiers engagés. Ce discours, maintes fois ressassé lors de la campagne, est teinté d’un esprit de réforme qui plait au commun des citoyens. En effet, le président Abdoulaye Wade a laissé entendre qu’il ramènerait le mandat présidentiel à cinq ans. Il s’est aussi engagé à mettre son pays sur orbite, pour qu’à l’horizon 2015 le Sénégal soit classé au rang des «pays émergents». De telles ambitions affichées entraînent, forcément, l’adhésion des populations auxquelles Abdoulaye Wade a su vendre du rêve.
Par ailleurs, alors que les ténors de l’opposition ont tenu la religion éloignée de la sphère politique, le président Wade a fait le choix d’exprimer sa foi, ne craignant pas le mélange des genres. Grand boubou et keffieh de rigueur lors de la campagne ont donné de lui l’image d’un homme du peuple, dont il se revendique, d’ailleurs. L’opposition lui reproche de faire du «racolage», mais pour l’entourage du président, on ne s’embarrasse pas d’états d’âme. Seul compte, le résultat des courses.
par Didier Samson
Article publié le 01/03/2007 Dernière mise à jour le 01/03/2007 à 18:08 TU



