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Conseil de l'Europe

«D'inquiétantes formes de racisme»

Les drapeaux des pays membres du Conseil de l'Europe. 

		(Photo : www.strasbourg-europe.com)
Les drapeaux des pays membres du Conseil de l'Europe.
(Photo : www.strasbourg-europe.com)
La Commission contre le racisme et l’intolérance(Ecri), organe du Conseil de l’Europe spécialisé dans la lutte contre le racisme, publie, ce jeudi, dans le cadre de son approche pays-par-pays quatre nouveaux rapports sur le racisme, la xénophobie, l’antisémitisme et l’intolérance concernant l’Azerbaïdjan, la Finlande, l’Irlande et Monaco. Si dans l’ensemble de ces quatre pays membres du Conseil de l’Europe l’évolution est jugée positive, en revanche, le rapport parle d’une situation générale «inquiétante», notamment dans les pays en crise économique, où «les étrangers sont stigmatisés» jusque dans «le discours politique».

Les Arméniens et les Russes de Tchétchénie font l’objet de discriminations et de propos racistes en Azerbaïdjan, constate un rapport de la Commission contre le racisme et l’intolérance (Ecri), rendu public, ce jeudi, par le Conseil de l’Europe à Strasbourg. Le document fait également état d’allégations de harcèlement de la part de fonctionnaires contre toutes ces minorités et de discriminations, notamment à l’encontre des Arméniens vivant en Azerbaïdjan.

Ce même jour, date de publication du rapport de la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance, une des principales synagogues de Genève a été presque entièrement détruite par un incendie peut-être criminel, a indiqué la police genevoise.

Pas plus tard que samedi dernier, 19 mai, Traian Basescu, le président roumain suspendu et reconfirmé dans ses fonctions par référendum, a provoqué un tollé en traitant  une journaliste de «sale Tzigane». Le chef de l’Etat s’est excusé, lundi, auprès de la journaliste, assurant que ces propos «ne représentent pas son attitude envers la communauté rom, dont il respecte l’identité et apprécie la contribution à la vie démocratique de la société roumaine».

Scènes de racisme ordinaire qui viennent corroborer les conclusions du rapport annuel de l’Ecri. La Suisse comme la Roumanie fait partie des 47 Etats membres du Conseil de l’Europe. Dans son rapport annuel contre les formes contemporaines de racisme et de discrimination raciale, l’Ecri constate «des phénomènes virulents de racisme et d’intolérance». La Commission s’inquiète d’une intensification du climat d’islamophobie envers les personnes perçues comme étant musulmanes. Elle reste préoccupée par les phénomènes d’antisémitisme, de plus en plus répandus dans de nombreux pays européens. Elle regrette que le racisme anti-noir soit encore très présent. Elle déplore aussi les «violations des droits de l’homme dont souffrent les Roms».

La création de la Commission du Conseil de l’Europe contre le racisme et l’intolérance a été décidée en octobre 1993, lors du premier Sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement des Etats membres du Conseil de l’Europe à Vienne (Autriche).

La tâche de l’Ecri est de combattre le racisme, la xénophobie, l’antisémitisme et l’intolérance au niveau de la grande Europe et sous l’angle de la protection des droits de l’homme.

L’action de l’Ecri couvre toutes les mesures nécessaires pour lutter contre la violence, les discriminations, les préjugés auxquels sont confrontés des personnes ou groupes de personnes, notamment au motif de la «race», la couleur, la langue, la religion, la nationalité ou l’origine nationale ou ethnique.

L’approche pays-par-pays de l’Ecri concerne l’ensemble des Etats membres du Conseil de l’Europe. Les rapports du premier cycle ont été achevés à la fin de 1998, ceux du second cycle, fin 2002. La Commission a débuté en janvier 2003 le troisième cycle de ses travaux pays-par-pays qui s’achèvera fin 2007. Les rapports sont d’abord transmis sous forme de projets de textes aux Etats membres concernés et font l’objet d’un dialogue confidentiel avec les autorités nationales du pays en question. Le rapport est ensuite adopté dans sa forme définitive et transmis par l’Ecri au gouvernement de l’Etat membre concerné, par l’intermédiaire du Comité des Ministres du Conseil de l’Europe.

Réflexe identitaire

Le tout dernier rapport fait état de la vive préoccupation de l’Ecri qui déplore «le climat négatif dans l’opinion publique (…) alimenté par certains médias et aussi par l’utilisation d’arguments racistes et xénophobes dans le discours politique». Actuellement, les discours xénophobes fleurissent dans les pays où le passage à une société multiculturelle suscite des peurs qui rencontrent un écho dans un contexte de crise économique et de mondialisation posant, pour beaucoup de citoyens, la question de l’identité nationale.

Selon la Commission, ce sont «les migrants et les demandeurs d’asile», qui sont «particulièrement touchés».

Les exemples de discrimination à l’embauche sont légion. En 2005, le rapport de l’Observatoire européen du racisme notait de son côté que le Royaume-Uni est le seul pays qui prend en compte l’origine ethnique. Selon les statistiques, «au cours des quinze dernières années, les populations indienne et chinoise enregistrent aujourd’hui des taux de chômage proches de ceux des Blancs, tandis que les Pakistanais, Bangladais, les Noirs des Caraïbes et les Noirs Africain ont un taux de chômage deux fois et demie, voire trois fois, supérieur à celui de la majorité blanche». En Catalogne, une municipalité  a publié des offres d’emploi portant la mention «Maghrébins s’abstenir». Aux Pays-Bas, des tests de discrimination consistant à envoyer à des employeurs 75 CV portant des noms de famille néerlandais et 75 CV avec des noms étrangers ont montré que seules deux personnes issues des minorités ont été recrutées, contre 51 dans l’autre catégorie.

Outre l’emploi, la persistance de la discrimination dans d’autres  domaines importants, tels que l’éducation, le logement, la santé, montre, malgré les avancées législatives, que «l’égalité véritable» est loin d’être une réalité aujourd’hui en Europe, laquelle déplore la présidente de la Commission, Eva Smith-Asmussen, «perd ses valeurs d’ouverture et tend à stigmatiser les étrangers y compris dans les pays longtemps considérés comme tolérants».



par Françoise  Dentinger

Article publié le 24/05/2007 Dernière mise à jour le 24/05/2007 à 16:26 TU

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Isild Gachet

Secrétaire exécutive à la Commission du Conseil de l'Europe.

«Les phénomènes de racisme, de discrimination raciale sont répandus sur tout le continent. Je dirais qu’il n’y a pas de pays qui est indemne. En revanche, peut-être qu’il se manifeste d’une façon différente suivant les pays.»

[24/05/2007]

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