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Pays-Bas

Fitna, le film anti-islam de Geert Wilders

par Sabine Cessou

Article publié le 28/03/2008 Dernière mise à jour le 28/03/2008 à 22:57 TU

Capture d'écran du film de Geert Wilders diffusé sur Liveleak puis sur YouTube.(Source : YouTube)

Capture d'écran du film de Geert Wilders diffusé sur Liveleak puis sur YouTube.
(Source : YouTube)

Annoncé depuis fin novembre, le mystérieux film anti-islam de Geert Wilders, le chef de la droite populiste néerlandaise, se trouve sur internet depuis jeudi soir. Intitulé Fitna (« épreuve » en arabe), il a été mis en ligne le 27 mars sur Liveleak.com - un site britannique de vidéos amateurs qui a préféré le retirer le 28 mars 2008 - avant d'être repris par le mondialement connu YouTube. La mise en ligne du film de Geert Wilders a suscité des réactions d'indignation dans le monde musulman où certaines voix se sont élevées pour appeler à la modération. Des responsables de la communauté musulmane aux Pays-Bas ont lancé vendredi matin un appel au calme.

Dans le film de Geert Wilders, différents versets du Coran sont illustrés par des images sanglantes, sur fond de musique dramatique. On peut y revoir les attentats du 11-Septembre, de Madrid et de Londres, ainsi que les photos du cinéaste Theo van Gogh, après son assassinat dans une rue d’Amsterdam. Suivent des images de prêches radicaux, de pendaisons d’homosexuels en Iran et d’excision en Somalie. Le film, qui dure 17 minutes, se termine sur la plus célèbre des caricatures danoises du prophète Mahomet, avec un turban en forme de bombe. En fond sonore, on entend une déflagration, qui s’avère n’être qu’un bruit de page déchirée – mais pas du Coran lui-même, comme Geert Wilders en avait sans doute l’intention, initialement.

A 44 ans, cet ancien libéral, qui a fondé son propre parti en 2006, répète sur tous les tons qu’il ne « resterait rien de plus épais qu’un magazine Donald Duck si l’on arrachait toutes les pages du Coran incitant à la haine ou à la violence ». Dans son film, la page déchirée provient d’un simple « annuaire téléphonique », selon une voix off. Le message du film : « arrêter l’islamisation, défendre la liberté ».

Tous les journaux ont manifesté leur soulagement

Dès jeudi soir, Jan Peter Balkenende, le Premier ministre néerlandais, a prononcé un discours en anglais et en néerlandais, pour « regretter » la diffusion d’un film qu’il aurait préféré ne pas voir. Il a précisé que des poursuites judiciaires étaient engagées contre Fitna, afin d’établir son caractère hors-la-loi. Du côté des parlementaires, les critiques ont fusé de toutes parts. « Rien de nouveau dans ces images d’archives et les généralisations de Wilders », a commenté le Parti socialiste (SP), à gauche. Mark Rutte, le chef du parti libéral (VVD), a reproché au chef populiste son manque d’approche constructive. « Nous n’avons pas besoin de Geert Wilders en tant que cinéaste, a-t-il déclaré, mais en tant que député qui propose des solutions aux problèmes de l’intégration. Après tout, c’est ce pourquoi nous sommes payés ».

La presse néerlandaise, elle, a fait état d’un soulagement. « Une nuit calme », s’étonnait vendredi matin le grand quotidien NRC Handelsblad. « Fitna offense mais ne surprend pas », annonçait le quotidien de sensibilité chrétienne Trouw,  qui s’attendait à « bien pire » de la part de Geert Wilders, notamment des images de Coran en flammes. A la tête de son Parti pour la liberté (PVV) - 9 sièges sur 150 au Parlement - Geert Wilders a soigneusement évité le blasphème, a commenté Afshin Ellian, un intellectuel conservateur d’origine iranienne.

Un effet de polarisation renforcé aux Pays-Bas

L’homme aux cheveux peroxydés n’en a pas moins irrité le monde musulman. L’Indonésie, le plus grand pays musulman du monde et ancienne colonie néerlandaise, a condamné un film « tendancieux et plein de racisme », selon son ministère des Affaires étrangères. Un film « insultant et anti-islamique », a jugé de son côté le gouvernement iranien, tout en avertissant sur les « conséquences d’une telle provocation », sans entrer dans les détails. Le Pakistan, de son côté, a sommé l’ambassadeur des Pays-Bas de condamner un film « diffamatoire pour les musulmans, partout dans le monde ».

Il n’y a pas eu les émeutes tant redoutées par les autorités néerlandaises, mais un effet de polarisation renforcé aux Pays-Bas. « Geert Wilders utilise des images qui sont perçues dans le monde musulman comme une attaque existentielle, rappelle le sociologue néerlandais Paul Scheffer. En même temps, personne ne sait quoi dire dans la classe politique sur un malaise réel face à l’islam aux Pays-Bas. Sur l’intégration, tous les grands partis sont divisés ».

Trois heures après sa diffusion, le film avait été téléchargé par 2 millions d’internautes à travers le monde. Selon les sondages, il avait été regardé par le tiers des 16 millions de Néerlandais à la mi-journée de vendredi, sans faire l’unanimité. Quelque 55 % des personnes interrogées par le programme de débat télévisé EenVandaag ont trouvé le film « mauvais », mais 44 % pensent comme Geert Wilders que « l’Islam est là pour détruire la civilisation occidentale ».

A écouter

Michèle Montas

Porte-parole du secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon

« Le secrétaire général a fermement condamné la diffusion du film de Geert Wilders. Il estime qu'il n'existe aucune justification pour des discours de haine et d'incitation à la violence, et qu'il ne s'agit pas ici d'une question de liberté d'expression. »

28/03/2008 par Philippe Bolopion

André Azoulay

Conseiller du roi du Maroc, et président de la Fondation Euro-méditerranéenne pour le dialogue entre les cultures

« La liberté d’expression, elle aide à mieux se comprendre, à mieux se connaître, à mieux se respecter et à mieux vivre ensemble. »

28/03/2008 par Pierre Ganz