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Russie / Géorgie

Lavrov en Ossétie du Sud après l’Abkhazie

par Pierre Pinto

Article publié le 15/09/2008 Dernière mise à jour le 15/09/2008 à 21:00 TU

Alors que l’OTAN affiche un soutien massif à Tbilissi, la Russie appuie les deux provinces pro-russes d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie qu’elle est la seule à reconnaître comme Etats. Moscou prépare des accords « de développement de liens d’amitié » avec ces deux territoires, y compris sur le plan militaire et demande qu’ils soient représentés à Genève lors des discussions sur leur statut dans un mois. La Géorgie continue de dénoncer une annexion rampante.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. (Photo : AFP)

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov.
(Photo : AFP)


Ce lundi, le secrétaire général de l’OTAN, Jaap de Hoop Scheffer était à Tbilissi, accompagné des ambassadeurs des 26 pays alliés, pour inaugurer la nouvelle commission OTAN-Géorgie. L’occasion, outre d’apporter un soutien à Tbilissi, de dénoncer une fois encore l’usage « sans discernement » de la force par la Russie pendant le conflit. Quelques heures plus tôt, le Financial Times publiait un entretien avec Jaap de Hoop Scheffer dans lequel il estimait que le maintien de 7 600 soldats russes en Abkhazie et en Ossétie du Sud n’était « pas acceptable » parce que, selon lui, c'est contraire au statu quo ante prévu par l’accord signé entre l’Union européenne et la Russie le 8 septembre.

Ce lundi également, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, se trouvait à quelques dizaines de kilomètres de là, à Tskhinvali, en Ossétie du Sud. Le volubile ministre était déjà allé dimanche à Soukhoumi, la principale ville d’Abkhazie. Des visites qui ont pour objectif de poursuivre une stratégie révélée au monde par la reconnaissance, fin août par Moscou, des indépendances de ces deux provinces. La ligne russe a d’ailleurs été clairement répétée par Serguei Lavrov dimanche : « la Russie va contribuer à ce que l’Abkhazie devienne un Etat entièrement indépendant », a souligné le ministre russe des Affaires étrangères.

« Schengen » russe

Moscou est en train de préparer des accords de coopération avec ces deux territoires. « Il y aura des questions liées à la liberté de déplacement, de double citoyenneté et beaucoup d’autres choses qui rendront la frontière pratiquement transparente, comme entre les pays membres de l’Union européenne». En somme, un « Schengen » russe en cours de construction. Tbilissi, de son côté, ne cesse de dénoncer une annexion en marche. D’ailleurs, la gaffe du président sud-ossète autoproclamé, Edouard Kokoïty, aurait tendance à confirmer cette vision des choses. Depuis Sotchi, au bord de la mer Noire, il déclarait jeudi « oui, sans aucun doute, nous ferons partie de la Fédération de Russie et nous n’avons pas l’intention de créer une quelconque Ossétie indépendante… » Quelques heures plus tard, Serguei Lavrov, en visite a Varsovie dément formellement toute velléité russe de rattachement de l’Ossétie du Sud. Le lendemain, le leader ossète affirme à son tour dans un communiqué avoir été mal compris par les journalistes des deux agences russes qui ont rapporté ses propos.

Pour l’heure donc, la Russie n’en est qu’à préparer des accords avec les deux régions pro-russes. Des accords « spéciaux sur le développement des liens d’amitiés » qui devraient être signés cette semaine, a précisé le chef de l’Etat russe, Dimitri Medvedev, précisant qu’ils « comprendront une composante militaire », permettant donc à la Russie de disposer dans ces deux territoires de bases militaires.

Reconnaissance

L'Abkhazie et l'Ossétie du sud.(Carte : RFI)

L'Abkhazie et l'Ossétie du sud.
(Carte : RFI)

Jusqu’à présent, seul le Nicaragua a reconnu l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie comme Etats indépendants. Mais Moscou semble multiplier les efforts pour que d’autres pays le fassent à leur tour, et pourquoi pas d’ailleurs des pays occidentaux. Et, sinon une reconnaissance pleine et entière, au moins reconnaître quelques droits à ces territoires.

Pour le moment, les Européens ne savent pas trop quelle attitude adopter. D’ici le 1er octobre, l’Union européenne enverra quelques 200 observateurs en Géorgie, dans les zones tampon situées autour des deux territoires séparatistes. Le diplomate en chef de l’Union, Javier Solana a répété que l’UE était « prête et disposée » à aller au-delà de ces zones tampon. Mais pour le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, il faut attendre la prochaine étape, à savoir les discussions de Genève sur le statut des deux provinces. Des discussions initialement prévues le 15 octobre mais qui seront vraisemblablement reportées de quelques jours pour des raisons de calendrier.

A Soukhoumi dimanche, le chef de la diplomatie russe a encore une fois demandé que l’Abkhazie et l’Ossétie soient associées à toute discussion concernant l’avenir de la région. Demande réitérée ce lundi à Tskhinvali. Autrement dit, des émissaires sud-ossètes et abkhazes devront être présents aux discussions de Genève.

Dossier spécial

A écouter

Sergueï Lavrov en Ossétie du Sud

« L’essentiel pour le Kremlin, c’est l’installation de bases militaires russes dans les deux territoires : 7 600 soldats au total seront déployés ».

15/09/2008