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Banque

La Caisse d'Epargne soumise à une enquête

par  RFI

Article publié le 18/10/2008 Dernière mise à jour le 18/10/2008 à 21:43 TU

Charles Milhaud, président de la Caisse Nationale des Caisses d'Epargne, à son arrivée à l'Elysée le 14 octobre 2008.(Photo : Reuters)

Charles Milhaud, président de la Caisse Nationale des Caisses d'Epargne, à son arrivée à l'Elysée le 14 octobre 2008.
(Photo : Reuters)

La polémique prend de l'ampleur après la perte de 600 millions d'euros par la Caisse d'Epargne. Ce que la banque qualifiait il y a 24 heures « d'incident » devient une affaire nationale, symbole des dérives d'un système financier de plus en plus remis en question. Beaucoup de questions demeurent autour des conditions qui ont conduit à cette perte de 600 millions d'euros par la Caisse d'Epargne. A la demande de la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, des enquêteurs de la Commission bancaire se sont rendus au siège de la Caisse d'Epargne. Ils vont tenter de savoir comment, trois traders seulement, avaient fait perdre à la banque surnommée « l'Ecureuil », 600 millions d'euros en plein krach boursier. L'enquête est ouverte.

Au sein de la CNCE, une petite cellule de traders a pour mission de gérer le compte de la Caisse nationale des Caisses d'Epargne qui est en quelque sorte l'organe centrale des Caisses d'Epargne. Trois des traders chargés de gérer le compte de la CNCE ont pris des risques inconsidérés sur des marchés très risqués et très spéculatifs, les marchés d'actions dérivés. Au début du mois d'octobre, ils ont pensé que les cours de la bourses avaient tellement chuté que le pire était passé. Ils ont donc parié, misé sur une remontée des cours. Malheureusement entre le 6 et le 8 octobre le marché a de nouveau plongé, de près de 15%. Les traders ont donc fait perdre à la banque des sommes colossales, 600 millions d'euros.

Comparé aux 5 milliards d'euros de pertes générés dans l'affaire dite Kerviel ces 600 millions peuvent paraître, on ne dira pas dérisoires, mais disons modestes. D'autant plus que cette fois il ne s'agit pas d'une fraude. Les traders n'ont pas cherché à dissimuler leurs opérations. Selon la direction de la Caisse d'Epargne, ils auraient outrepassé les consignes qui leur avaient été données, à savoir éviter de prendre des risques compte tenu de l'aggravation de la crise financière. Ils auraient d'ailleurs immédiatement reconnu leurs erreurs.

Quant à la Caisse d'Epargne, elle assure que le montant de ses fonds propres est de 20 milliards d'euros et que sa solidité financière ne sera donc pas affectée par la perte de ces 600 millions. Mais si la Caisse d'Epargne dispose bien en effet de 20 milliards de fonds, et si l'épargne de ses clients semble en sécurité, en revanche le compte de la CNCE, la banque centrale du groupe à l'origine de la perte, ne s'élève qu'à un peu plus d'1 milliard d'euros. 600 millions, c'est donc presque la moitié.

Une banque considérée jusqu'à présent comme sûre

L’écureuil, c'est le symbole de la Caisse d'Epargne, figure emblématique de la banque de proximité à la française, l'écureuil symbole de la prévoyance avec ses provisions de noisettes pour l'hiver. La Caisse d'Epargne était donc considérée jusqu'à aujourd'hui comme une valeur sûre. Il faut savoir qu'elle héberge le compte ou le livret A de près d'un Français sur deux. Voici d'ailleurs le slogan de sa dernière campagne de publicité datée de la semaine dernière : « En recherchant depuis toujours à vous aider à épargner plutôt qu'à spéculer notre gestion s'applique en permanence à la rigueur et à la prudence »...

Une image qui risque d'être remise en question après ces révélations. Image qui avait déjà été écornée ces dernières années avec la diversification des activités financières de l'écureuil, notamment à travers sa banque d'investissement Natixis, qui a connu elle aussi de nombreux déboires depuis son entrée en bourse. Et ce sont les actuels responsables de la banque qui ont cherché à développer le groupe sur ces nouvelles activités.

Qui est responsable ?

Pour l'instant, les responsables de la CNCE ne sont pas mis en cause. Seuls les traders directement responsables de la perte et le directeur financier de la CNCE ont été mis à pied. Une enquête interne a été lancée ainsi qu'une enquête de la Commission bancaire qui devra déterminer si la banque a mis ou non en danger l'argent que lui ont confié ses clients. En ce qui concerne la direction de la banque elle fait l'objet de nombreuses critiques à peine voilées notamment du côté politique. Nicolas Sarkozy en visite à Québec a déclaré : « Ce n'est pas acceptable. Les responsables doivent tirer les conséquences de cette perte ». Mais bien sûr la Caisse d'Epargne est une banque privée. En pratique le chef de l'Etat n'a par conséquent pas les moyens de faire débarquer une direction, d'où cet appel implicite à une démission du directeur général et du président de la banque.

De son côté la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, se déclare « vraiment, vraiment en colère ». Car cette révélation intervient alors que le gouvernement vient de mettre sur pied un plan de soutien au système bancaire de 360 milliards d'euros et que la profession bancaire tente tant bien que mal de redorer son image en pleine crise financière. Les bourses sont toujours très volatiles, les mauvais chiffres économiques s'accumulent, et l'on apprend que des traders ont profité de la crise pour tenter de réaliser des performances sur les marchés. Un scandale qui pose de nouveau la question de la régulation du système financier. Une question qui sera à l'ordre du jour de la rencontre ce samedi entre Nicolas Sarkozy et le président américain George Bush.

A écouter

Marianne Jacquot, porte-parole de l'AFUB

« La Caisse d'Epargne n'a toujours pas retenu la leçon de la crise financière, elle préfère spéculer sur des produits financiers hasardeux, au lieu de financer l'économie réelle. » 

18/10/2008

Christine Lagarde

« Je suis découragée parce que nous sommes en train de mettre en place une déclinaison puissante du plan convenu au sein de l’Eurogroupe, sur l’initiative du président de la République, la constatation de cette perte n’arrive pas au meilleur moment. »

18/10/2008

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