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France / Canada

Attentat de la rue Copernic : les dédales d'une longue enquête

par Franck Alexandre

Article publié le 14/11/2008 Dernière mise à jour le 14/11/2008 à 16:42 TU

Le poseur de bombe présumé de l'attentat de la rue Copernic vient d'être arrêté au Canada. Son nom : Hassan Diab, il est d'origine palestinienne. Il y a 28 ans, il aurait fait exploser une bombe devant une synagogue parisienne, tuant quatre personnes. L'enquête a été relancée l'an dernier. Elle passe par le Liban, l'Allemagne et les Etats-Unis.

Des pompiers et des policiers sont à côté d'une voiture calcinée, après l’attentat à la bombe, près de la synagogue de la rue Copernic, le 3 octobre 1980 qui avait fait 4 morts.(Photo : AFP)

Des pompiers et des policiers sont à côté d'une voiture calcinée, après l’attentat à la bombe, près de la synagogue de la rue Copernic, le 3 octobre 1980 qui avait fait 4 morts.
(Photo : AFP)

Une enquête longue et complexe. Car l'attentat n'a jamais été revendiqué. Initialement, les policiers ont attribué cette opération à l'extrême droite. Une fausse piste vite abandonnée. Mais les services secrets allemands mettent la police française sur la piste proche-orientale. Ils soupçonnent le Front populaire de libération de la Palestine - Opérations spéciales (FPLP-OS) d'avoir organisé l'attentat. C'est un groupuscule palestinien des années 1970 opposé à Yasser Arafat.

Mais étonnamment, ces informations restent enfouies dans le dossier de l'instruction et la justice ne parvient pas à remonter la trace du tueur.

Hassan Diab, aujourd’hui âgé de 54 ans, après avoir vécu aux Etats-Unis, s’installe au Canada. Plus précisément à Gatineau, dans la province de Québec. Il devient un respectable professeur de sociologie de l’université d’Ottawa.

L'enquête ne sera relancée que l'an dernier. Les policiers entendent de nouveaux témoins et essaient de faire « parler » les éléments matériels dont ils disposent. Par exemple, ils effectuent des comparaisons graphologiques entre une fiche d'hôtel remplie par le suspect au moment de l'attentat et des documents officiels remplis par Hassan Diab lors d'un séjour aux Etats-Unis. L'expertise est concluante : l’écriture est la même.

Ils exploitent aussi une photo du suspect datant de 1981. Elle correspond trait pour trait au portrait robot dressé par les témoins. Désormais, une fois l'extradition obtenue, la justice française, 28 ans après les faits, va enfin pouvoir auditionner le principal suspect de l'attentat de la rue Copernic, qui est également soupçonné d’avoir participé à l’attentat qui, en 1980, a visé la Bourse du diamant d’Anvers.

Un attentat qui a bouleversé l'opinion publique française

Ce vendredi 3 octobre 1980, veille de shabbat, la synagogue de la rue Copernic, située près de l’Arc de Triomphe à Paris, est comble. Près de 300 fidèles sont rassemblés pour l'office de la Shimrat Torah, la fête de la joie. A la fin de la cérémonie, alors que le grand rabbin Williams lit la prière des morts, une détonation retentit, énorme... La synagogue est plongée dans le noir, le plafond s'effondre. Dix kilos d'explosifs dissimulés dans la sacoche d'une moto stationnée juste devant l'entrée de l'édifice viennent de sauter.

Quatre passants sont tués sur le coup. On dénombre une trentaine de blessés, de nombreuses voitures sont carbonisées, les vitres des immeubles alentours ont volé en éclats ; la rue Copernic a des allures de champ de bataille. Mais miraculeusement l'engin a explosé quelques minutes seulement avant la sortie des fidèles, évitant ainsi une véritable hécatombe.

Cet attentat, le premier de ce type en France, avait suscité à l'époque une très grande émotion. Fort maladroitement, Raymond Barre, alors Premier ministre, avait déclaré : « Cet attentat odieux a voulu frapper les Israélites qui se rendaient à la synagogue, il a frappé des Français innocents ».

La nébuleuse des groupes palestiniens radicaux

Les années 70 et 80 marquent l’apogée des actions terroristes commises par divers groupes palestiniens à travers le monde. Les cibles privilégiées concernent des personnalités ou des intérêts israéliens. Mais les attentats visent également, comme ce fut le cas rue Copernic, des lieux de culte juifs ou des intérêts de pays occidentaux jugés trop favorables à Israël.

C’est dans ce contexte que s’inscrit l’histoire du Front Populaire de libération de la Palestine- Opérations Spéciales. A l’origine, ce groupuscule constitue la branche armée du FPLP, mouvement laïque de tendance marxiste-léniniste créé en 1967 par un médecin palestinien chrétien Georges Habache. Le FPLP-OS est alors dirigé par Wadid Haddad et se charge principalement des attaques perpétrées à l’extérieur des frontières de la Palestine mandataire qui regroupe Israël et les territoires palestiniens occupés.

Mais très rapidement la rupture entre Georges Habache et Wadi Haddad est consommée. Wadi Haddad est vivement critiqué au sein du FPLP. Il est accusé d’avoir provoqué la répression des Palestiniens par la monarchie jordanienne connue sous le nom de « Septembre noir » en 1970 en ordonnant le détournement de trois avions de lignes vers la Jordanie.

Wadi Haddad refuse par ailleurs de suivre la stratégie du FPLP qui consiste à ne viser que des intérêts israéliens. Wadi Haddad est finalement expulsé du FPLP en 1973. Jusqu’à sa mort en 1978 en RDA, il dirigera le FPLP- OS dont le fait d’arme le plus célèbre reste le détournement d’un avion d’El Al en 1976 vers l’aéroport d’Entebbe en Ouganda qui s’achèvera par une intervention victorieuse d’un commando israélien.

Après son décès son groupe se scinde en deux mouvements distincts. L’un le FPLP, commandement spécial se fera connaître par divers attentats en Europe. Le groupe est soupçonné d’avoir été soutenu selon les sources par la Libye, la Syrie ou l’Irak. L’autre était connu sous le nom d’organisation du 15 mai 1948, date à laquelle prit fin le mandat britannique sur la Palestine. Ce groupuscule revendiqua entre autre un attentat contre un avion américain en 1982 qui effectuait la liaison entre Tokyo et Honolulu. Les membres de ce groupe rejoignirent ensuite une petite organisation proche du Fatah de Yasser Arafat.

Au début des années 1990, les négociations entre Palestiniens et Israéliens qui ont conduit à la signature des accords d’Oslo ont entraîné la fin des attentats palestiniens à l’étranger. C’est désormais en territoire israélien que les groupes hostiles à tout accord de paix avec l’Etat hébreu ont mené la plupart de leurs attaques. Et ce sont les islamistes du Hamas qui ont pris, dans ce domaine, l’ascendant sur les mouvements laïques.

Franck Weil-Rabaud, RFI