par Tirthankar Chanda
Article publié le 20/02/2008 Dernière mise à jour le 20/02/2008 à 10:17 TU
Tous les ans, depuis 1994, le temps d’un week-end de février, alors que les journées commencent déjà à s’allonger, toute l’intelligentsia maghrébine et les spécialistes de la région se retrouvent dans les salons de la mairie de Paris, pour parler littérature, mais aussi pour débattre autour des questions de société et de politique. « L’année 2008 ne dérogera pas à la règle », assure Georges Morin, ancien professeur de sciences politiques et fondateur historique de ces journées maghrébines de la capitale française.
« L’idée de cette rencontre est née, explique-t-il, du constat qu’on connaissait mal ici la pensée et la culture nord-africaines. Voyez-vous, je suis natif de Constantine, ville où j’ai grandi avant de la quitter à l’âge de 25 ans pour venir faire des études à Paris. En arrivant en France, j’ai été profondément choqué par les clichés du Maghrébin terroriste ou voyou et par le racisme anti-arabe en général. En 1985, avec une quinzaine d’amis, tous venus du Maghreb comme moi, maghrébins ou pieds-noirs, nous avons créé l’association culturelle Coup de soleil pour combattre l’extrême-droite alors en pleine ascenscion et ses idées xénophobes. Nous avons choisi pour armes : le sérieux de l’information et la convivialité de la culture. Vingt ans se sont écoulé depuis. Notre association compte aujourd’hui plus de 400 adhérents et 9 sections réparties sur les deux rives : Algérie, Languedoc-Roussillon, Maroc, Picardie, Provence, Pyrénées-Orientales, Rhône-Alpes et Tunisie ».
« Nous avons commencé par organiser des rencontres ponctuelles avec des écrivains, des cinéastes et des spécialistes, poursuit Georges Morin.Ces rencontres avaient lieu une ou deux fois par mois. Puis, sur les conseils de mon ami Rachid Mimmouni, nous avons créé en 1994 le Salon du livre maghrébin pour donner une meilleure visibilité aux auteurs, en les réunissant en un lieu unique. Les deux premières éditions ont eu lieu un samedi, mais face à l’affluence, nous avons décidé dès la troisième année de déborder sur le dimanche. Depuis, le Maghreb des livres est devenu un événement incontournable, avec le pic de plus de 6 500 visiteurs atteint en 2001. »
L’année 2001 était un tournant dans l’histoire de cette manifestation. « Cette année-là, raconte Georges Morin, Bertrand Delanoë, est devenu maire de Paris. Né lui-même en Tunisie, il est très attaché à la culture maghrébine et à la nécessité de mieux la faire connaître en France. Le maire nous a invités à organiser le Maghreb des livres à l’Hôtel de Ville. C’était un coup de pouce extraordianire car du coup on pouvait multiplier le nombre d’auteurs à inviter. On est passé de 130 auteurs à 250. Le nombre de visiteurs a, lui aussi, doublé. Malheureusement, les normes de sécurité ne permettant pas de recevoir dans l’Hôtel de Ville autant de monde, nous sommes revenus dans les mairies d’arrondissement. Mais les travaux sont en cours et nous devrions pouvoir réintégrer les salons lambrissés de l’Hôtel de Ville dès 2010. Si bien sûr Delanoë est réélu ! »
Le succès du Maghreb des livres s’explique surtout par la qualité des invités. A la fois librairie et espace de rencontres et de débats, il réunit des auteurs de livres parus dans le courant des douze mois qui précèdent la tenue du salon afin que ceux-ci puissent rencontrer leur lectorat, apporter des éclairages sur leurs sujets de prédilection, en participant aux débats organisés sous forme de tables-rondes, rencontres et cafés littéraires. C’est un mélange savant du pédagogique et du spectaculaire. Dès la première édition, les organisateurs ont su faire venir des auteurs prestigieux, polémiques à souhait tels que l’Algérien Rachid Mimmouni ou le Marocain Mohammed Choukri. Jean Daniel, Serge Moati, Tahar Ben Jelloun, Mohammed Akroun, Germaine Tillion, Georges Wolinsky, Pétillon sont quelques-unes des autres personnalités qui ont participé aux débats et aux rencontres organisées au cours des années par les différentes éditions du Maghreb des livres.
« Mon plus beau souvenir est d’avoir pu réunir il y a trois ans, sur la même estrade, l’ambassadeur de la Tunisie de l’époque, l’opposant virulent au régime Moncef Marzouki, l’ancien premier ministre Mohammed Mzali et l’avocate juive d’origine tunisienne Gisèle Halimi. Je suis très fier de cela car notre vocation au Maghreb des livres est d’être précisément une passerelle entre les différentes sensibilités idéologiques et politiques qui traversent les pays de notre champs », explique le président de Coup de Soleil. Et d’ajouter, avec le sourire en coin : « Cette année, nous avons invité Fadela Amara, Rachida Dati, Azouz Begag. S’ils viennent tous et avec un peu de chance tous en même temps, on risque d’avoir des rencontres intéressantes, à la fois eclectiques et électriques ! ».
Spécial Tunisie