par Danielle Birck
Article publié le 10/10/2008 Dernière mise à jour le 17/10/2008 à 11:04 TU
C’est avec quelque six mois de retard et après plus de deux ans de travaux que le Centquatre s’ouvre au public, ce samedi 11 octobre 2008. Ce qui n’a rien d’étonnant vu l’étendue du chantier et l’ambition du projet. Ce nouveau projet artistique de la ville de Paris, s’étend en effet sur 39 000 mètres carrés de surface. Un espace sur plusieurs niveaux, dans un bâtiment édifié en 1873 et conçu pour abriter les corbillards, les chevaux, les cercueils et tous les corps de métiers afférents, soit environ 1400 personnes au tout début du XXe siècle. Des métiers qui vont évoluer avec l’apparition de l’automobile, et un espace qui va tomber progressivement en déshérence après la fin du monopole communal sur les obsèques, en 1993, avant de fermer définitivement en 1997. Edifice classé
Entre temps, pour protéger un lieu devenu l’objet de convoitises immobilières, le maire du 19ème arrondissement a obtenu en 1995 l’inscription des façades et verrières à l’inventaire supplémentaire des bâtiments historiques. En 2001 le nouveau maire de Paris, Bertrand Delanoë, inscrit l’ensemble architectural du 104 dans un plan de renouvellement urbain, notamment de cet est parisien, à la frontière des 18ème et 19ème arrondissements, quartier le plus défavorisé de Paris, resté à l’écart du tracé haussmannien.
Après des études de définition qui mettent en évidence la vocation artistique pluridisciplinaire du lieu, la maîtrise d’œuvre des travaux de réhabilitation du 104 est confiée en 2003 à l’Atelier Novembre, sélectionné après une mise en concurrence de trois agences. Leur plan prévoit en particulier l’ouverture médiane du lieu, qu’il devient ainsi possible de traverser, en empruntant ce qui est appelé à devenir une nouvelle « voie publique », entre le 104 de la rue d’Aubervilliers et le 5 de la rue Curial. La « Traversée » organisée en décembre 2007 sur le chantier a attiré quelque 15 000 personnes.
Un lieu pluriel
Restait à trouver la personne susceptible de concrétiser le projet, de l’animer. Finalement sur 450 dossiers, ce sera la candidature conjointe de Robert Cantarella et de Frédéric Fisbach qui sera retenue, la seule émanant d’artistes. Hommes de théâtre, ils se sont attaché à « mettre en scène » le lieu avec notamment un jardinier-paysagiste qui va créer une respiration végétale au cœur du 104. Forts d’expériences à l’étranger (Etats-Unis et Europe pour Cantarella, essentiellement Japon pour Fisbach) ils ont tissé un réseau de contacts avec des artistes, des lieux ou des écoles artistiques, répondant au projet du 104 de s’insérer dans un réseau international. Et les événements artistiques qui s’y produiront ne résulteront pas des travaux réalisés par les résidents, mais de partenariats avec d’autres institutions.
Et surtout un lieu pluriel. Si le 104 représentera avant tout un lieu de travail pour des artistes en résidence - sélectionnés sur dossier par un jury, qui seront logés dans le quartier et qui devront ouvrir régulièrement leurs ateliers (18 au total) au public – il n’a pas vocation à être une tour d’ivoire ou une Villa Médicis. On pourra y assister à des spectacles dans deux salles de 200 et 400 places (un concert de Tricky va d’ailleurs donner le coup d’envoi ce samedi 11 octobre), s’attabler dans un restaurant ou un café, flâner dans les boutiques qui vont progressivement s’ouvrir dans les deux galeries bordant l’allée centrale…
Un micro quartier
Le Centquatre c’est aussi le projet d’un « micro quartier » au sein d’un tissu urbain où 60% des logements relèvent du parc social. Quatre salles seront louées à un prix qualifié de symbolique (2euros de l’heure) pour des activités amateurs, tandis que la Maison des petits accueillera enfants et parents, un peu sur le modèle des maisons vertes de Françoise Dolto. Enfin la mise en œuvre de projets d’insertion sociale et professionnelle fait aussi partie des missions d’intérêt général assignées à l’établissement. Les directeurs tiennent d’ailleurs à souligner que les habitants du quartier ont été associés aux étapes de la mise en œuvre du 104 et Frédéric Fisbach fait état « d’une certaine fierté au niveau du quartier ». A quoi Robert Cantarella ajoute qu’il faudra « aussi attirer le public du Palais de Tokyo », faisant référence au centre d’art contemporain parisien au public beaucoup plus sélectif.
Bref, un enjeu de taille pour l’ambitieux projet culturel de la ville de Paris qui y a investi 102 millions d’Euros…
Si tout va bien, ses directeurs espèrent atteindre la « vitesse de croisière » d’ici quatre ans.
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