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Egypte

La chambre de commerce du Parlement

Le PND au pouvoir sort vainqueur des élections législatives grâce au ralliement des candidats indépendants. Les islamistes constituent désormais la principale force d'opposition parlementaire.
De notre correspondant en Egypte

Si vous cherchez la chambre de commerce et d'industrie égyptienne notez qu'elle va changer d'adresse. A partir du 13 décembre elle déménage dans ses nouveaux locaux : l'Assemblée du peuple ! En effet, les grands vainqueurs des élections législatives marathon qui ont duré du 18 octobre au 14 novembre ne sont ni le parti au pouvoir, ni les Frères musulmans mais les hommes d'affaires.

Ceux du «bizniss», comme les appelle l'homme de la rue, ont gagné le Parlement dans la bourse des législatives. Du parti National démocrate (PND) du président Moubarak à la confrérie des Frères musulmans en passant par les élus sans étiquette, les vrais faux indépendants ralliés, les opposants du parti libéral Wafd, les hommes d'affaires sont omniprésents. Nul ne connaît leur nombre exact car beaucoup changent constamment de casquette. Toutefois on estime qu'ils ont au moins doublé de volume par rapport à la dernière législature où ils étaient plus de 70. Et ce n'est pas du menu fretin avec les Ezz, Aboul Enein, Outa, Lakah, Abdel Nour pour ne citer que les plus en vue. Aciéries, sanitaire, import-export, équipements médicaux, agroalimentaire, pratiquement tout le paysage économique est représenté. Si on rajoute tous ceux qui, d'une manière ou d'une autre, sont liés au monde des affaires on se retrouve avec un «lobby» écrasant.

Le secteur privé a décidé de défendre ses intérêts

Cette brusque passion pour la politique est un reflet de la montée en puissance du secteur privé qui a décidé de défendre directement ses intérêts. Plus question d'attendre le bon vouloir du gouvernement où le fonctionnaire qui pense encore que la bourse est porte-monnaie servant à distribuer les « bakchich ». Les lois devront prendre en considération les intérêts des patrons d'industries qui pourraient même aller jusqu'à les édicter. Moribond le secteur public qui fournissait la majorité des députés ! Quant aux syndicats ouvriers ou agricoles ils sont en état de catalepsie même si la constitution égyptienne réserve 50% des sièges du parlement aux «ouvriers et aux paysans». Leurs rares défenseurs, à un moment où l'on s'apprête à privatiser Egypt Telecom et l'électricté, seront les six députés du Rassemblement progressiste unioniste (RPU post-marxiste) et quelques «capitalistes rouges».

Quant au PND du raïs, il doit se livrer à un très sérieux aggiornamento s'il vraiment faire face à un avenir que l'on promet toujours « plus démocratique ». 40% des sièges, quand on a le soutient du gouvernement, de la radio-télevision d'Etat, des grands journaux nationaux et surtout des forces de l'ordre, ce n'est pas brillant. Sans l'apport des indépendants et des vrais faux indépendants qui ont rallié le parti du pouvoir (45% des 444 sièges), il aurait fallu former un gouvernement de coalition.

Les partis d'opposition laïque ne sont pas mieux placés. Ils n'ont récolté que 17 sièges (7 Wafd, 6 RPU, 3 Nassériens et 1 Libéral). Mieux que la dernière législature où ils avaient une douzaine de sièges mais pas assez pour prétendre être une alternative à la formation qui régit le pays depuis un demi-siècle. Même la confrérie des Frères musulmans qui a remporté 17 sièges ûune progression infinie par rapport à zéro député en 1995- ne peut pas se targuer de constituer une force d'alternance. Dans la meilleure des hypothèses, si les élections avaient été totalement libres et que la police n'était pas violemment intervenue contre les sympathisants islamistes, les Frères musulmans auraient remporté 70 des 444 sièges.

Les seuls autres gagnant de ces élections sont les juges. La magistrature a en effet supervisé le scrutin de A à Z (les pressions policières s'exerçaient aux alentours mais pas dans les bureaux de vote) et c'est grâce ou à cause d'elle que des dizaines de poids lourds et d'éternels députés du gouvernement sont tombés. Les juges, traditionnellement indépendants dans leur majorité, prendront-ils conscience de leur nouveau pouvoir ? Décideront-ils de faire comme en Italie une «opération main propres» ? Certains le craignent ! D'autres le souhaitent !



par Alexandre  Buccianti

Article publié le 15/11/2000