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Football

L'heure de la retraite pour Kalusha Bwalya

Il faisait partie des joueurs bénis du football africain, de ceux qui, à travers les générations, ont marqué d'une empreinte indélébile l'histoire de leur sport sur le continent. Né le 16 Août 1963, Kalusha Bwalya a décidé de tirer définitivement un trait sur sa carrière de joueur après vingt et un an de bons et loyaux services.
Le lundi 19 septembre 1988, au stade de Kwangju, en Corée du Sud, Kalusha Bwalya s'était fait un nom, en marquant trois des quatre buts de la Zambie face à l'Italie lors des Jeux Olympiques : le premier, d'un tir croisé à ras de terre ; le deuxième, sur coup franc, en contournant le mur italien par l'extérieur ; le troisième, au terme d'une échappée solitaire.

Ni grand, ni mince, un peu lourdaud d'apparence, Kalusha Bwalya, balle au pied, devenait une espèce de contorsionniste virevoltant. Devant lui, tout s'effaçait. Dribble, frappe de balle û celle d'un pur gaucher -, opportunisme, le petit bonhomme devenait félin. Majestueux tel un lion, madré comme une panthère, agile comme un tigre, mais tout autant aigle par sa manière de plonger sur les défenses adverses.

Toutes ces vertus, il les avait développées à Mufulira, au nord de la Zambie ; une ville de 200000 habitants située dans ce qu'on appelle là-bas, le copper belt, la ceinture de cuivre. Issu d'une famille de neuf enfants, Kalusha Bwalya a eu la chance de vivre une enfance sans soucis. Son père occupait un poste à l'administration des mines, sa mère était institutrice. Et dans la famille, le football était une seconde nature, puisque son père était, à la fois, président du club Mufulira Blackpool et trésorier de la fédération. Bon sang ne devait pas mentir.

«Ballon d'or» africain

Après des débuts obligés à Blackpool, il rejoint le club rival de la ville, les Wanderers, qui avait une petite notoriété. Trois années plus tard, en 83, Kalusha Bwalya effectue ses débuts en équipe nationale. Il ne la quittera que dix-sept ans plus tard à l'issue de la CAN disputée au Ghana et au Nigeria. En 1986, il devient le premier joueur de son pays à tenter l'aventure professionnelle en Europe, sous le maillot du Cercle de Bruges. En 1988 il est sacré « Ballon d'or » africain, récompense de sa démonstration aux Jeux Olympiques ; avec six buts, il termine deuxième au classement des buteurs, derrière le Brésilien Romario.

L'année suivante, il quitte Bruges pour Eindhoven aux Pays-Bas. En 1993, il échappe miraculeusement au drame qui endeuille le football zambien. L'équipe nationale est décimée dans un accident d'avion au-dessus de Libreville au Gabon. Elle se rendait au Sénégal pour disputer un match éliminatoire de Coupe du Monde ; il avait été convenu que lui rejoindrait le groupe à Dakar. Il n'y eut aucun survivants. Ce qui n'empêchera pas, une année plus tard, la Zambie de jouer la finale de la Coupe d'Afrique des Nations contre le Nigéria. Au total, Kalusha Bwalya n'aura pas participé à moins de six phases finales de CAN, la dernière en l'an 2000.

La troisième partie de sa carrière ne sera plus, ni africaine, ni européenne, mais mexicaine. Kalusha Bwalya débarque à Mexico en 1994 où il signe dans l'un des plus grands clubs du pays, America. En 1997, il signe avec le grand rival Nexaca. En 1998, il quitte la capitale pour Leon et passe quelques mois aux Emirats Arabes Unis avant de retourner au Mexique, à Irapuato en deuxième division, puis à Vera Cruz et enfin à Correcaminos, toujours en deuxième division d'où il vient d'annoncer sa retraite. A près de trente-huit ans, il n'est pas trop tôt.

Pour sûr son talent de gaucher laissera derrière lui le souvenir d'un artiste, d'un homme modeste, affable, disponible pour les journalistes et ses admirateurs, d'un gentleman des pelouses dont l'esprit sportif n'a jamais été pris en défaut sur un terrain. Il faut espérer que son pays saura désormais l'utiliser comme il en est capable pour le développement du football en Zambie. Un poste de responsabilité lui semble promis. Mais lequel ?



par Gérard  Dreyfus

Article publié le 26/01/2001