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Football

Une finale mal achevée

Dix-sept ans après le deuxième et dernier sacre continental de l'Ashanti Kotoko de Kumasi, les Hearts of Oak d'Accra ont inscrit leur nom au palmarès de la coupe d'Afrique des clubs champions, devenue, en 1997, ligue des champions. Vainqueurs 2-1 lors du match aller à Tunis, les Ghanéens se sont imposés également, lors du match retour, par trois buts à un.
Absent des podiums depuis 1983, le football ghanéen des clubs a refait surface cette saison à la faveur de la victoire des Hearts of Oak dans la plus prestigieuse des épreuves continentales. Les joueurs dirigés par le nouveau patron de la sélection nationale, Cecil Jones Attuquayefio, ont accompli un presque sans faute, ne subissant qu'un seul échec en douze rencontres, lors de leur huitième de finale retour contre le Daring Club Motema Pembe de Kinshasa (0-2). Un parcours qui s'est finalement achevé sur une huitième victoire devant une Espérance de Tunis aussi malheureuse en 2000 qu'elle l'avait été en 1999 face au Raja de Casablanca.

Un succès qui finalement consacre l'ensemble le plus homogène de la compétition et, en particulier, le talent des deux attaquants Emmanuel Osei Kuffour, auteur de dix buts à lui tout seul, et d'Ismael Addo qui en a inscrit cinq. Pourtant la quatrième édition de la ligue des champions s'est terminée sur une note discordante: à dix minutes de la fin de la rencontre, alors que les Tunisiens menaient à l'Accra Stadium par un but à zéro et qu'ils pouvaient encore ambitionner la victoire, le match a dû être interrompu un bon moment, d'abord par des incidents qui ont obligé les organisateurs à évacuer la tribune officielle, ensuite par l'étrange blessure survenue au gardien et capitaine de l'Espérance, Chokri El Ouaer. Victime d'un objet qui lui aurait frappé le crâne, il a été évacué du terrain et du stade, laissant son équipe poursuivre la rencontre à dix contre onze, l'Espérance ayant, à ce moment-là procédé aux trois changements autorisés. Personne n'a pu fournir une explication à cette mystérieuse blessure et certains ont même accusé El Ouaer de s'être livré à une auto-agression. Saisie d'une plainte des dirigeants du club tunisien, la CAF devrait statuer mardi sur la suite à donner à ces événements regrettables qui donnent une bien mauvaise image du football africain le jour de son apothéose annuelle. Comment d'ailleurs ne pas se souvenir des incidents qui avaient émaillé la finale retour de la même compétition, il y a tout juste un an à Tunis où, déjà, la finale avait due être interrompue un bon moment, les Tunisiens ayant fait mine d'abandonner le match après une décision contestée de l'arbitre.

Le risque d'un football

à deux vitesses


Il est dommage que l'année 2000 se termine de la sorte. Il est malheureux qu'elle s'achève après 97 rencontres sur une note discordante. Qui met, peut-être, en lumière le clivage très net qui existe entre les épreuves réservées aux équipes nationales et celles résevées aux clubs. Comme s'il y avait deux footballs totalement différents: celui des joueurs expatriés qui, en nombre toujours plus élevé, constituent l'ossature de sélections nationales, et celui des clubs qui est, pour les joueurs locaux, l'antichambre d'un départ vers d'autres cieux plus lucratifs. Car, dans l'ensemble, les compétitions de l'année n'ont pas été d'un très très haut niveau, à l'image des trois finales, ligue des champions, coupe des coupes et coupe de la CAF.

Il y a d'ailleurs lieu d'être inquiet à l'entrée du nouveau millénaire. Alors que 45 équipes ont participé à l'édition 2000 de la ligue des champions, elles ne seront plus que 39 l'année prochaine; même régression en coupe des coupes et en coupe de la CAF. Les compétitions panafricaines demandent un effort financier auquel de plus en plus de clubs se trouvent dans l'impossibilité de répondre, car leurs recettes sont notoirement insuffisantes et les déplacements de plus en plus coûteux. Le risque est grand d'assister dans les prochaines années au développement d'un football à deux vitesses, celui des riches et des pauvres. Le découragement des moins nantis, les plus nombreux, n'est pas loin. Cette année deux des trois coupes ont couronné des clubs du Nord; quatre des six finalistes venaient du Nord. Au train où se développent les compétitions de clubs, les nordiques n'ont pas fini de gagner des titres, même si, de temps en temps, quelques clubs du Sud, soutenus par un effort financier des gouvernements, parviendront à remporter quelques titres.



par Gérard  Dreyfus

Article publié le 18/12/2000