Migrations
Interview de Rachid Bouchareb<br>
RFI : Avant d'écrire le scénario de Little Senegal avec Olivier Lorelle, vous êtes parti « enquêter » sur le terrain. Comment vous y êtes-vous pris ?
Rachid Bouchareb : Je me suis installé à New York en juillet 1999 et j'y suis resté jusqu'en novembre 2000. Auparavant, j'avais déjà fait plusieurs voyages, ainsi que plusieurs voyages en Afrique. J'ai fait mon enquête, auprès d'amis d'amis. On pensait trouver une forme de solidarité au sein de la communauté afro-américaine, ce qui n'a pas été le cas. Beaucoup de gens sont sans papiers. Beaucoup sont chauffeurs de taxis. Pas de taxis jaunes, mais de taxis de Harlem, réservés à la communauté afro-américaine. Ces entretiens m'ont beaucoup aidés à nourrir mon scénario. La scène du garage, par exemple, où l'on voit un Afro-Américain insulter un jeune ouvrier sénégalais, c'est un copain du Burkina Faso qui l'a vécue et me l'a racontée.
RB : A quand remonte l'idée du film ?
Depuis très longtemps, j'avais cette idée en tête, de raconter ce bout d'Afrique en terre américaine. J'ai choisi Little Senegal parce qu'une fraction importante des immigrés sont sénégalais. Et Gorée s'est imposée, parce que c'est le symbole de la Traite, de ce qui lie les deux communautés. Les Afro-Américains vivent encore la Traite comme une déchirure. Tout leur rapport à l'Amérique est relié à l'esclavage, et en même temps ils en ont honte. Dans mon film, on voit un passage du journal télévisé où est relatée l'histoire de cet homme noir qu'on a enchaîné à un camion et traîné sur des kilomètres, il y a quelques années. Et quand je tournais en Caroline du Sud, j'ai vu des manifestations de gens qui veulent rétablir la suprématie blanche.
RFI : On a l'impression que toute votre filmographie tourne autour du rapport entre mythe et réalité. D'ailleurs, vous citez America America, de Kazan, comme l'un de vos films de chevetà
RB : Pourquoi se couper d'une relation à l'Afrique, même fantasmée ? C'est important de garder ce lien, même s'il est abstrait, sans même parler de retour. Au moins, on peut se poser sur quelque chose plutôt que sur rien. C'est ce lien, mythique, que la communauté afro-américaine a perdu. Sur l'Afrique, ils ont le regard des Américains sur le Tiers Monde. Et en même temps, c'est de leurs ancêtres qu'il s'agit. Maintenant, ils ont la possibilité de les voir en chair et en os sur le pallier du dessusà
RFI : à Et toujours rien ne se passe ?
RB : Non. J'ai fait une projection de Little Senegal à l'Apollo Theatre, à New York. Les deux communautés sont venus, mais il n'y pas eu d'échange direct.
Rachid Bouchareb : Je me suis installé à New York en juillet 1999 et j'y suis resté jusqu'en novembre 2000. Auparavant, j'avais déjà fait plusieurs voyages, ainsi que plusieurs voyages en Afrique. J'ai fait mon enquête, auprès d'amis d'amis. On pensait trouver une forme de solidarité au sein de la communauté afro-américaine, ce qui n'a pas été le cas. Beaucoup de gens sont sans papiers. Beaucoup sont chauffeurs de taxis. Pas de taxis jaunes, mais de taxis de Harlem, réservés à la communauté afro-américaine. Ces entretiens m'ont beaucoup aidés à nourrir mon scénario. La scène du garage, par exemple, où l'on voit un Afro-Américain insulter un jeune ouvrier sénégalais, c'est un copain du Burkina Faso qui l'a vécue et me l'a racontée.
RB : A quand remonte l'idée du film ?
Depuis très longtemps, j'avais cette idée en tête, de raconter ce bout d'Afrique en terre américaine. J'ai choisi Little Senegal parce qu'une fraction importante des immigrés sont sénégalais. Et Gorée s'est imposée, parce que c'est le symbole de la Traite, de ce qui lie les deux communautés. Les Afro-Américains vivent encore la Traite comme une déchirure. Tout leur rapport à l'Amérique est relié à l'esclavage, et en même temps ils en ont honte. Dans mon film, on voit un passage du journal télévisé où est relatée l'histoire de cet homme noir qu'on a enchaîné à un camion et traîné sur des kilomètres, il y a quelques années. Et quand je tournais en Caroline du Sud, j'ai vu des manifestations de gens qui veulent rétablir la suprématie blanche.
RFI : On a l'impression que toute votre filmographie tourne autour du rapport entre mythe et réalité. D'ailleurs, vous citez America America, de Kazan, comme l'un de vos films de chevetà
RB : Pourquoi se couper d'une relation à l'Afrique, même fantasmée ? C'est important de garder ce lien, même s'il est abstrait, sans même parler de retour. Au moins, on peut se poser sur quelque chose plutôt que sur rien. C'est ce lien, mythique, que la communauté afro-américaine a perdu. Sur l'Afrique, ils ont le regard des Américains sur le Tiers Monde. Et en même temps, c'est de leurs ancêtres qu'il s'agit. Maintenant, ils ont la possibilité de les voir en chair et en os sur le pallier du dessusà
RFI : à Et toujours rien ne se passe ?
RB : Non. J'ai fait une projection de Little Senegal à l'Apollo Theatre, à New York. Les deux communautés sont venus, mais il n'y pas eu d'échange direct.
par Propos recueillis par Elisabeth Lequeret
Article publié le 17/04/2001
