Rechercher

/ languages

Choisir langue
 

Eglise catholique

Un consistoire ou un pré-conclave ?

Réunir un consistoire extraordinaire n'est pas un événement si fréquent. Depuis le début de son pontificat, c'est la sixième fois que Jean Paul II convoque l'ensemble des cardinaux du Sacré Collège pour discuter d'un thème crucial pour l'avenir de l'Eglise.
Le précédent consistoire s'était tenu en 1994, alors que le Pape préparait le calendrier et la teneur des célébrations du grand Jubilé 2000. Son projet de demande de pardon pour les fautes passées de l'Eglise avait alors suscité des réticences, voire des oppositions chez de nombreux cardinaux.

Aujourd'hui, le thème de discussion porte sur les défis que l'Eglise doit relever à l'aube du troisième millénaire, en s'inspirant de la Lettre publiée par Jean Paul II en début d'année, Nuovo millenio ineunte. Il y a quelques semaines, les 183 cardinaux ont reçu une lettre du secrétaire d'Etat, le numéro deux du Vatican, le cardinal Sodano. Il leur suggérait une série de «pistes» de réflexion, tout en garantissant la liberté d'intervention de chaque prélat. Au total sept pistes portant sur quelques-uns des points les plus sensibles du gouvernement de l'Eglise. A commencer par la poursuite du dialogue interreligieux, qui provoque parfois, dans certains milieux missionnaires, un malaise. Second thème brûlant, la collégialité, autrement dit la participation des évêques au processus de décision au sein de l'Eglise. On reproche souvent à la Curie Romaine, y compris en milieu catholique, un certain centralisme. Lors du synode consacré à l'Europe en 1999, le cardinal Martini, archevêque de Milan, avait d'ailleurs fait sensation en soulevant ce problème et en demandant un nouveau type de confrontation, le synode, comme le consistoire, n'ayant qu'un rôle de conseil et non de prise de décision. «Le pape est prisonnier des cercles qui sont autour de lui et le coupent de la base» affirmait dimanche le cardinal brésilien Aloisio Lorscheider, confirmant par ces propos que le problème n'est pas ressenti uniquement en Europe.

Le pape semble de plus en plus fatigué

Ce thème comporte aussi une réflexion sur la place et le statut des conférences épiscopales. Il recèle également des implications oecuméniques car la recherche de l'unité entre
les chrétiens, l'une des grandes priorités du pontificat, bute souvent sur l'exercice de la primauté de l'évêque de Rome. Enfin, autre sujet délicat, la réception des principes de l'Eglise en matière de morale familiale et sexuelle, un domaine où le fossé entre la hiérarchie et la base des catholiques est particulièrement perceptible.

Les cardinaux ont ainsi trois jours pour faire part au pape de leurs réflexions et de leurs propositions. Dans son discours d'ouverture, Jean Paul II a demandé aux 155 prélats qui ont pu répondre présent de «bien mettre en évidence les éléments concrets d'un programme». Des annonces surprises ne sont donc pas à exclure, même si la teneur des échanges entre les cardinaux restera, pour une part du moins, marqué du sceau du secret.

Inévitablement, cette réunion extraordinaire est aussi l'occasion pour tous les prélats de se mesurer. Parler de l'avenir de l'Eglise, c'est également parler de la mission qui reviendra au successeur de Jean Paul II qui, à 81 ans, manifeste sa volonté de poursuivre sa mission avec notamment des voyages programmés en Ukraine et en Arménie dans les prochains mois. Mais un pape qui apparaît aussi de plus en plus fatigué. Chaque mot prononcé par les ténors du Sacré Collège pourrait ainsi facilement être interprété comme ayant valeur de programme. Les cardinaux se rencontrent souvent individuellement ou en petits groupes, mais leur réunion, des quatre coins du monde, est plus rare. Certains observateurs parlent d'un «air de pré-conclave». Avec les 44 nominations du mois de février dernier, tout porte à croire en effet que le successeur de Jean Paul II fait déjà partie de cette pourpre assemblée.



par Laurent  Morino

Article publié le 21/05/2001