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La visite de George Bush en Afrique

L'Ile de Gorée sous haute surveillance

Avant l'arrivée de George Bush à Dakar, l'Ile de Gorée où il doit s'adresser à l'Afrique est en état de siège. Contre toute attente, la manifestation appelée par le Collectif des intellectuels du Sénégal, a été autorisée.
Ici, tout le monde se pose la question: «combien de millions de dollars amène George Bush pour qu'on nous humilie ainsi». Gorée d'abord, la petite île d'environ 1 500 habitants, avec sa Maison des esclaves, là où des millions de noirs sont partis vers l'Europe et les États-Unis il y a deux cents ans, la destination de tout visiteur. Et puis, l'ancienne prison où le président Senghor enfermait ses étudiants soixante-huitards, prison aujourd'hui transformée en musée. C'est là où les Américains ont construit en moins d'une semaine, une tribune où Bush prononcera son discours. Mais les Goréens vont payer le prix fort cette visite du «président du monde» comme on l'appelle ici. Ce lundi, on a annoncé aux restaurateurs et autres commerçants qu'en direction de l'Afrique. Ils devraient (les Goréens) ranger leurs échoppes donnant sur la plage, laisser fouiller leurs restaurants et autres commerces. Mardi, le jour prévu pour l'arrivée du «président du monde», on a prévenu tous les Goréens habitants les environs où Bush passera: «On passera à 5 heures du matin; les portes doivent être ouvertes sinon on les enfonce. Tout le monde (femmes, enfants, hommes) doivent quitter les maisons pour aller au lieu du rassemblement, la Place du gouvernement, où vous serez rassemblés jusqu'à son départ».

La place en question a été entourée de chevaux de frise. Comme un enclos de bétail. Au centre, une bâche pour une cinquantaine de personnes contre le soleil et la pluie (c'est la saison). «On nous a demandé si on avait des chats et des moutons. Ils vont les déménager, on ne sait où. Samedi, on nous a dit qu'ont viderait toutes les maisons, en laissant une personne qui sera surveillée par deux policiers et un chien; aujourd'hui, on nous a dit qu'on ne laisserait personne dans les maisons, tout le monde devra quitter». Le maire et le conseil municipal ont disparu. Introuvables sur l'Ile. «On ne les a pas vus. Ils ne nous ont rien dit. Ce sont les services de sécurité qui nous informent». A Gorée -la rebelle, qui en a vu d'autres, on râle bas et on résiste comme on peut: «ils ont dit qu'ils allaient nous donner le petit déjeuner sur la grand-place, on a dit qu'on n'en voulait pas. Beaucoup ici ont décidé de quitter l'Ile pour aller à Dakar avec leurs familles». Ce lundi, on va contrôler ceux qui se rendent à Gorée: «On nous a dit qu'on ne laissera passer que les résidents avec leurs cartes. Mardi, il n'y aura qu'une navette de la chaloupe, celle de 7h du matin pour ceux qui vont travailler à Dakar».

Paranoïa

A Gorée, si tout le monde râle, personne ne veut être cité: «On ne sait jamais, ils sont capables de venir te chercher. Nous, on n'a pas élu Bush, on ne l'a pas invité à Gorée. Pourquoi Wade accepte qu'il vienne nous emmerder ? Combien de millions de dollars il amène ? Combien pour Gorée ? Ils croient qu'ils peuvent nous ramener à l'esclavage en réparant seulement les rues et l'embarcadère ?». En attendant, l'Ile de Gorée est plus surveillée que Bagdad. Des navettes sillonnent les eaux bleues entre Dakar et l'île. Tout le réseau téléphonique est perturbé. Et tout le monde est convaincu d'une chose: «nous sommes tous sous écoute». Si personne n'en a la preuve, on note cependant que depuis la semaine dernière tout le réseau téléphonique est bouleversé: «interférences sur le réseau; conversations en anglais quand vous appelez etc. La presse a annoncé que les Américains se sont fait installer 400 lignes téléphoniques» .

Elle avait été annoncée. On avait dit aussi qu'elle serait interdite. Elle aura finalement lieu. Il s'agit de la manifestation appelée par le Collectif des intellectuels du Sénégal. Son coordonnateur, le professeur (de sociologie) Malick Ndiaye, est un homme heureux: «d'abord certains secteurs de l'État avaient distillé des informations comme quoi on n'aurait pas l'autorisation. Mais le préfet de Dakar me l'a accordée. Outre le collectif des intellectuels, le puissant syndicat de l'enseignement supérieur (Saes), deux associations des droits de l’Homme se joignent à cette manifestation prévue pour ce lundi. Par contre, les partis membres de la coalition gouvernementale et l'opposition, gardent le silence. Pourtant, l'opposition avait pris part aux manifestations au moment de l'intervention américaine en Irak».

Comme la veille de l'intervention américano-anglaise en Irak, les slogans restent sensiblement les mêmes: «troupes US et anglaises hors de l'Irak; contre l'accord d'impunité que le Sénégal aurait signé avec les États-Unis, mesures de réparation contre l'esclavage; Bush et Blair devant le TPI pour avoir menti sur les raisons de leur intervention en Irak». Le Libéria sera également évoquée durant cette manifestation: «nous estimons que les États-Unis sont trop concernés pour intervenir seuls au Libéria».

Ecouter également :

L'invité Afrique du 08/07/2003



par Demba  Ndiaye

Article publié le 07/07/2003