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Sommet UE-Amérique latine

Cohésion sociale et multilatéralisme à Guadalajara

Le Président mexicain, Vicente Fox, et le Premier ministre espagnol, José Luiz Rodriguez Zapatero prônent la même cohésion sociale. 

		(Photo : AFP)
Le Président mexicain, Vicente Fox, et le Premier ministre espagnol, José Luiz Rodriguez Zapatero prônent la même cohésion sociale.
(Photo : AFP)
C’est dans un véritable blockhaus que les 58 chefs d’Etats et de gouvernements d’Europe et d’Amérique latine ont tenu sommet à Guadalajara. Le centre ville défendu par des palissades de trois mètres de hauteur, elles-mêmes gardées par des milliers de policiers interdisant tout bain de foule, l’information a été distillée au compte gouttes. Deux grands thèmes ressortent néanmoins des discussions : la volonté de recourir au multilatéral et la recherche de cohésion sociale. Côté économique, les négociations entre le Mercosur et l’Union européenne (UE) ont progressé.

L’avancée des discussions entre le Mercosur (marché commun entre le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay) et l’Union européenne au sommet de Guadalajara laisse espérer la signature d’un accord d’association économique d’ici fin octobre. Mais avant, il faudra résoudre les différends agricoles et la question de l’accès des transnationales aux grands marchés d’Etat. Le ministre argentin Roberto Lavagna est confiant. Pour sa part, Pascal Lamy, le commissaire du commerce de l’UE se déclare moins optimiste. En tout cas, si un accord était trouvé, l’Union européenne réussirait là où les Etats-Unis n’ont jamais abouti en Amérique latine : s’associer commercialement et politiquement avec une région entière du continent américain. 

 L’enjeu de ces négociations dépasse la seule dimension commerciale. Avec en filigrane la guerre en Irak et la lutte contre le terrorisme, les chefs d’Etat ont unanimement condamné les décisions unilatérales, le chancelier allemand, Gerhard Schroeder estimant que «cette vieille idée d’un pays qui devient le policier de tous les autres ne peut plus fonctionner», le président français Jacques Chirac renchérissant, sans davantage nommer les Etats-Unis. Plaidant pour un élargissement du cercle des membres permanents et non permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, le chef de l’Etat français considère les problèmes de sécurité posant la question du recours à la force comme des phénomènes désormais globaux. A ce titre, il en appelle au cadre multilatéral pour leur donner «un traitement légitime». Enfin, tous les pays, Etats-Unis compris, sont appelés à ratifier le traité instituant la Cour pénale Internationale comme Cour universelle et à faciliter le travail de la Commission des droits de l’homme de l’ONU.

L’Europe solidaire mais pas désintéressée

Le président mexicain Vicente Fox a lancé le débat sur la cohésion sociale en citant le Prix Nobel de littérature Octavio Paz : «les puissantes démocraties qui ont conquis l’abondance dans la liberté seront-elles moins égoïstes et plus compréhensives avec les nations dépossédées». Ses partenaires européens ont fait valoir une stratégie d’aide au développement capable de soutenir la consommation des services des entreprises européennes. Pour réduire la fracture sociale, l’Europe propose une large coopération renforçant les politiques publiques dans les domaines de la justice, de l’éducation, de la lutte contre la corruption. A cet effet, Eurosocial, un plan de 30 millions d’euros, a été débloqué. Se faisant le porte parole d’une Europe solidaire, le Premier ministre espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero veut voir à Guadalajara se «cimenter un processus unique et historique, représentant un milliard de personnes qui désirent la paix et un monde juste». Exprimant la volonté espagnole d’être la tête de pont entre l’Europe et l’Amérique latine le chef du gouvernement espagnol recommande un effort européen de solidarité et s’offre lui-même à défendre les intérêts agricoles du Mercosur auprès de l’Europe.

L’Italien Romano Prodi, président de la Commission européenne, a abondé dans ce sens, considérant que croissance et développement durable sont impossibles sans justice. En écho, le Premier ministre d’Haïti, Gérard Latortue a haussé la voix pour demander aux Nations unies de ne pas se contenter de maintenir la paix dans le monde mais de promouvoir le développement social des pays pauvres. Au final, ce sommet sans fausse note n’a pas apporté de changement notable dans la relation Nord-Sud. Aux yeux de nombreux observateurs et analystes latino-américains, l’Union européenne est idéologiquement plus proche des pays latino-américains que des Etats-Unis. Selon eux, l’Europe propose une approche plus humaine, reconnaît l’asymétrie des économies et offre des solutions globales. Ils ne la trouvent cependant pas moins «impérialiste» que les Etats-Unis. Quand elle signe un accord d’association, c’est elle qui propose, c’est elle qui finance, c’est elle qui dicte finalement les règles du jeu.

Dans cette Europe élargie à 25, seules les grandes pointures (Chirac, Schroeder, Prodi, Zapatero) ont pris la parole à Guadalajara et la volonté européenne l’a emporté dans la motion finale qui évite de condamner explicitement les Etats-Unis sur les tortures en Irak, contrairement aux vœux de la plupart des pays d’Amérique latine. Le document final ne condamne pas non plus la loi américaine Helms-Burton qui pénalise les entreprises commerçant avec Cuba, ni même les récentes mesures de renforcement de l’embargo qui frappe l’île castriste, une décision électorale de George W. Bush.



par Patrice  Gouy

Article publié le 29/05/2004 Dernière mise à jour le 29/05/2004 à 09:29 TU