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Union Européenne

Sarkozy pour une Europe nucléaire

La centrale nucléaire de Neckarwestheim, dans le sud-ouest de l'Allemagne. 

		(Photo : AFP)
La centrale nucléaire de Neckarwestheim, dans le sud-ouest de l'Allemagne.
(Photo : AFP)
Les cours du pétrole s’envolent, du coup les prix montent dans tous les secteurs qui ont besoin de cette matière première. Pêche, agriculture, produits manufacturés, subissent la hausse. Et cela n’a « aucune chance » de s’arranger, déclare Nicolas Sarkozy. Le ministre français de l’Economie se prononce pour le développement du nucléaire en Europe et pour une une relance « d’urgence » d’un plan d’économie d’énergie.
Nicolas Sarkozy souhaite une relance des économies d’énergie mais, depuis le choc pétrolier des années 70, la France n’a jamais mis en place un programme aussi efficace que pendant cette période-là. A l’époque, des incitations fiscales avaient été créées pour amener les Français à économiser l’énergie au quotidien. S’ils faisaient, par exemple, des travaux d’isolation dans leur logement pour consommer moins de chauffage, donc moins d’énergie, l’Etat payait une partie des travaux sous forme de baisses d’impôts. 

Chaque fois que les cours du pétrole ont monté, mais aussi pour respecter les traités internationaux de lutte contre l’effet de serre, le ministère français de l’Environnement a proposé des programmes pour lutter contre le gaspillage de l’énergie. Mais ces programmes ont eu peu d’effet, ils n’étaient pas assortis de ces incitations fiscales si efficaces, et ils en sont restés le plus souvent au stade des bonnes intentions. Mais aujourd’hui, puisque le pétrole risque d’être « durablement cher », en raison des besoins croissants d’énergie dans le monde et de ressources limitées, « il faut relancer d’urgence et puissamment une politique d’économies d’énergie et deuxièmement il faut poser la question du nucléaire comme énergie de substitution dans l’ensemble de l’Europe ». C’est ce que propose le ministre français de l’Economie. 

Des transports voués au pétrole

En 2001, 35% des ressources énergétiques mondiales provenaient du pétrole contre 45,1% en 1973 au moment du premier choc pétrolier. Cette année-là, l’énergie nucléaire ne fournissait que 0,9% de l’énergie disponible contre 6,9% aujourd’hui. Pour sa part le gaz naturel, sur la même période, est passé de 16,2% à 21,2% (source Agence Internationale de l’Energie).

En 30 ans, l’énergie nucléaire a donc déjà pris des parts de marché au pétrole mais elle sert uniquement à produire de l’électricité. Et quelle que soit l’augmentation du prix du pétrole, cette électricité ne peut pas avoir d’impact sur le secteur des transports. Les utilisateurs de carburant fossile comme les agriculteurs, les pêcheurs, les automobilistes, sont les victimes les plus visibles d’un pétrole plus cher.

La France qui propose de développer le nucléaire en Europe pour pallier de futures pénuries en énergie est, de loin, le premier producteur européen d’électricité d’origine nucléaire, devant l’Allemagne et le Royaume-Uni. Dans l’ancienne Europe des 15, 8 pays ont fait le choix du nucléaire dans des proportions très variables. Aux Pays-Bas, le nucléaire assure moins de 5 % de la production nationale d’électricité. La Finlande, l’Allemagne, l’Espagne et le Royaume-Uni ont une capacité nucléaire de l’ordre du tiers de leurs besoins. Seuls 3 pays membres ont fait le choix de produire majoritairement de l’électricité d’origine nucléaire : la France (80%), la Suède (52%) et la Belgique (57%). 

Le nucléaire en perte de vitesse en Europe 

La moyenne communautaire (avant l’arrivée des 10 nouveaux pays membres) s’établit donc à un tiers d’électricité d’origine nucléaire. Cette moyenne recouvre des situations très disparates puisque plus de la moitié des 15 ont dit non au nucléaire ou ont décidé d’y renoncer progressivement : c’est le cas de l’Autriche, de l’Allemagne, de la Suède, de l’Italie et de la Belgique. L’Espagne et les Pays-Bas ont mis en suspens le renouvellement de leur parc existant. La Grande-Bretagne s’interroge. La France prépare une deuxième vague de réacteurs. Le Luxembourg, le Portugal, l’Irlande, la Grèce et le Danemark n’ont jamais eu de projets dans ce domaine. Et aujourd’hui, la Finlande est le seul pays membre de l’Union à avoir décidé, en 2002, de construire une nouvelle centrale nucléaire pour répondre à la  demande croissante d’énergie d’un secteur papetier très énergivore, et pour réduire sa demande en gaz, charbon, pétrole et électricité en provenance de Russie.  

Du côté des 10 nouveaux membres de l’Union et parmi ceux qui sont candidats, l’heure ne semble pas à la construction de nouvelles tranches nucléaires mais plutôt à la réparation des anciennes installations. Ceux qui possèdent des réacteurs (Bulgarie, Hongrie, Lituanie, Roumanie, Slovaquie, Slovénie, République Tchèque) ont promis de mettre leurs sites en conformité avec les normes de sécurité d’Europe de l’Ouest. La Lituanie par exemple devra fermer sa centrale d’Ignalina jugée trop peu sûre par les experts, malgré des améliorations.  

Que ce soit avant ou après l’arrivée des nouveaux pays membres, il n’y a pas réellement de politique européenne d’énergie. Seules les normes de protection contre les radiations sont harmonisées. Les négociations régulières pour lutter contre les changements climatiques montrent toujours une lutte feutrée entre les pays de l’Union qui mettent en avant leur secteur nucléaire qui ne rejette pas de gaz carbonique et les autres, ceux  qui ne veulent pas de cette industrie mais émettent plus de gaz à effet de serre et ont plus de mal à en limiter les rejets.  



par Colette  Thomas

Article publié le 13/10/2004 Dernière mise à jour le 13/10/2004 à 16:05 TU