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République démocratique du Congo

Des civils quittent le Nord-Kivu

Pour Médecins sans frontières, la situation de ces familles de déplacés est préoccupante. 

		(Photo: Sonia Rolley/RFI)
Pour Médecins sans frontières, la situation de ces familles de déplacés est préoccupante.
(Photo: Sonia Rolley/RFI)
A la suite de combats signalés dans le Nord-Kivu par l’Office de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (Ocha), entre les membres de Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), des rebelles hutus réfugiés en République démocratique du Congo, et des hommes armés, dont l’appartenance aux forces rwandaises n’a pas été confirmée, des milliers de civils ont pris la fuite. Les violences dans cette zone risquent de provoquer un nouveau drame humanitaire.

De notre envoyée spéciale en RDC

«Je suis venu de Buleusa. C’était 6h30, la semaine dernière, quand nous étions encore tous dans le village. Des soldats sont venus, on a commencé à entendre des coups de feu. Alors on a fui», explique Nkuza. Plusieurs milliers de civils congolais ont fui des combats à la frontière entre les territoires de Rutshuru, de Walikalé et de Lubero, trois territoires du Nord-Kivu dans l’Est du Congo.

Nzuva est parti avec toute sa famille, trente personnes au total. Ils ont tout quitté sans rien prendre pour venir se réfugier à Kanyabayumga. Ils vivent chez la population locale qui accueille la plupart des déplacés. «On entend parler de combats ou au moins de violences», explique un responsable de Médecins sans frontières. «Dans la zone d’où ils viennent, c’est connu qu’il y a des interahamwe. Ils parlent aussi de militaires». «Ces soldats parlaient kinyarwanda», raconte Nkuza. «Ils étaient bien vêtus et ils avaient beaucoup de matériel. Pour moi, ce sont des Rwandais». Il ajoute que durant les combats, deux personnes de sa famille sont mortes.

Les premiers enregistrements de déplacés ont commencé mardi dans les villes de Kanyabayumga, Kayna, Kirumbo et Miriki, dans des centres prévus à cet effet. Pour le moment, plus de 800 familles ont déjà été enregistrées. Tous ces déplacés ont en commun un véritable sentiment de peur. Ce qui fait dire aux organisations humanitaires, principalement Médecins sans frontières, qui est sur place, qu’il y aurait peut-être plusieurs milliers de déplacés supplémentaires dans la forêt, qui refusent de s’enregistrer, et restent chez la population locale.

Une situation préoccupante

Pour le représentant de Médecins sans frontières sur place, la situation est préoccupante. Surtout si ces familles refusent de rentrer chez elles et s’installent sur le long terme dans des villages déjà fortement peuplés et qui connaissent des difficultés économiques. Ni la Monuc (Mission des Nations unies au Congo), ni l'Ocha (Office de coordination des affaires humanitaires des Nations-Unies), qui avait été la première institution à parler de ces combats et à signaler le problème des déplacés, n’ont pu confirmer que ces combats avaient bien été menés par des troupes rwandaises.

Depuis quinze jours, le Rwanda menace d’intervenir au Congo pour poursuivre les ex-FAR Interahamwe réfugiés depuis dix ans dans ce pays, les milices extrémistes hutus rwandaises qui ont participé au génocide en 1994 et qui constituent toujours pour Kigali une menace pour la sécurité de son territoire.  Les discours du président rwandais Paul Kagame pouvaient laisser entendre que ses soldats allaient entrer ou qu’ils seraient peut-être déjà au Congo. Mais jeudi, le conseiller du président rwandais pour les Grands Lacs, Richard Sezibera, a nié toutes les allégations concernant la présence de troupes rwandaises au Congo.

«Les déclarations des derniers jours sont très contradictoires», explique un diplomate en poste dans la région. «Les Rwandais ont d’abord dit: ‘’Nous y serons dans quelques heures’’, maintenant ils disent: ‘’Nous y sommes peut-être déjà’’. Une autre fois, ‘’Nous n’y sommes pas, mais nous irons le moment venu’’. Je crois qu’il faut rester prudent. Nous n’avons aucune confirmation sur la présence sur des soldats rwandais au Congo. Mais ce qui est sûr, c’est que les Rwandais maintiennent une pression constante depuis 10 jours sur la communauté internationale, notamment sur la Monuc».



par Sonia  Rolley

Article publié le 05/12/2004 Dernière mise à jour le 05/12/2004 à 11:36 TU