Rechercher

/ languages

Choisir langue
 

Aide au développement

Les ONG demandent une réforme de l’aide

Sénégal, classe de CM2 à Zinguinchor. L’éducation représente un quart de l’aide au développement de la France.(Photo :Schnerb-Cance/Ministère des Affaires étrangères)
Sénégal, classe de CM2 à Zinguinchor. L’éducation représente un quart de l’aide au développement de la France.
(Photo :Schnerb-Cance/Ministère des Affaires étrangères)
C’était en l’an 2000, les Nations unies lançaient un défi à la communauté internationale : réduire de moitié la pauvreté d’ici 2015. Aujourd’hui les pays riches font le point sur leur aide au développement. Les organisations non gouvernementales en profitent pour faire des contre-propositions.

Les principaux acteurs de l’aide publique au développement sont actuellement réunis à Paris pour discuter de l’efficacité de cette aide. Et si les Objectifs pour le développement du millénaire ne semblaient guère intéresser les gouvernements des pays riches, les attentats du 11 septembre et le tsunami ont fini par sensibiliser les décideurs, plus que le défi lancé par les Nations unies pour réduire de moitié la pauvreté, en 15 ans.

Pour les organisations non gouvernementales, rien n’a changé depuis les engagements pris il y a cinq ans dans le cadre des Nations unies. Leur diagnostic, c’est d’abord que l’aide est trop fragmentée. En Tanzanie par exemple, indique la représentante de la Campagne du Millénaire des Nations unies, il y a actuellement plus de 10 000 projets de développement et plus de 10 000 donateurs. Autre exemple, explique encore Marina Ponti : l’Inde ne veut plus d’aide, elle ne veut plus d’intervention extérieure. Trop complexe, trop coûteuse. « On a parfois le sentiment qu’on ne peut rien changer », commente enfin la jeune femme qui milite, au nom de l’ONU, pour l’émergence d’ONG dans le monde entier. « Il faut que les programmes d’aide soient plus longs. En ce moment, c’est six mois ou au mieux deux ans. Il faudrait que les pays puissent monter des projets sur dix ans ».

L’éducation, un quart de l’aide totale de la France

Côté positif, les organisations non gouvernementales participant à ce colloque parlent d’une prise de conscience. Chacun sait maintenant qu’on est dans un monde interdépendant et que la société civile a un rôle à jouer, aussi bien pour réduire la pauvreté que pour d’autres objectifs. Concrètement, les associations françaises font des propositions de réforme de l’aide. Elles ont passé au crible la manière dont fonctionne cette aide depuis des décennies. « Agir ici » explique qu’en France, le périmètre de l’aide au développement fait toujours débat. Françoise Vanni, directrice de cette association, détaille l’aide au développement de la France en matière d’éducation, secteur qui représente le quart de l’aide totale. La moitié de cette aide sert à payer les études des étudiants étrangers qui suivent un cursus universitaire dans notre pays. 10 % de cette aide vont aux écoles françaises à l’étranger, 14 % aux territoires d’outre-mer. « Il ne reste pas grand chose pour des programmes d’éducation », commente Françoise Vanni.

Pour le niveau de financement de cette aide publique au développement, la France cherche toujours à atteindre l’objectif du 0,7 % du Produit intérieur brut. Jacques Chirac a indiqué que la France y parviendrait en 2012. Ce pourcentage - mythique - du PIB est pourtant un engagement ancien des pays riches puisqu’il date des années 70. Il faudrait le double pour faire reculer la pauvreté, estiment les Nations unies. Les ONG constatent qu’on en est encore loin puisqu’en 2005, l’aide atteindra 0,43 % du PIB, après avoir régulièrement baissé durant la dernière décennie, en France comme dans les autres pays développés.

Un secteur opaque

De toute façon, expliquent les ONG, il est difficile de se faire une idée de l’aide et de sa progression. L’aide au développement est opaque, complexe, elle dépend d’une dizaine de ministères. Une partie de l’aide n’est pas inscrite au budget de l’Etat. Il n’existe pas de cadre programmatique, indique encore l’association « Agir ici ». Il est donc difficile pour le citoyen de savoir à quoi sert l’argent donné.

En plus, estime encore cette association, l’augmentation de l’aide française se fait en trompe-l’œil. Si on retire les allègements de dette, l’aide publique au développement de la France baisse en 2005 au lieu d’augmenter. Ces allègements représentent actuellement 30 % de l’aide. L’association note que ces dettes allégées étaient de toute façon « impayables ».

Autre anomalie, les créances générées par la Coface, l’Agence française de crédit à l’exportation. Cette agence offre des garanties aux entreprises françaises qui s’installent à l’étranger. En cas de problème, l’exportateur français est indemnisé par l’agence, qui se fait ensuite rembourser par l’Etat. Les ONG françaises de développement s’étonnent que la promotion des exportations relève de l’effort de solidarité de la France à l’intention des pays pauvres. En 2005, les créances de la Coface représenteront la moitié des annulations de dette incluses dans l’aide au développement.

Créer une loi de programmation

Les ONG françaises de développement, dont le budget annuel s’élève à 700 millions d’euros (dont des subventions), demandent une loi de programmation pluriannuelle sur les projets d’aide au développement ; la création d’une commission d’enquête parlementaire sur la Coface ; et un rapport annuel sur l’aide au développement. Ces ONG veulent aussi avoir plus de contact avec les députés et les sénateurs pour que ceux-ci obtiennent les comptes auxquels la société civile n’a pas accès.

Le représentant de la plate-forme des ONG du Niger a expliqué que si les ONG du nord - et notamment françaises - ont du mal à savoir où va effectivement l’aide, il en est de même pour les associations du sud. Au Niger, les ONG se sont organisées en comité de coordination pour préparer plusieurs échéances internationales dont la signature de l’accord de Cotonou, en 2000. Depuis, la plate-forme se pose toujours la même question : que faut-il financer, et à quoi sert effectivement l’aide ? Sayabou Laoual Sallaou, représentant de ces ONG nigériennes, estime qu’il faut poser la question des inégalités sociales plutôt que d’élaborer un programme nationale de réduction de la pauvreté. « Réduire la pauvreté fait partie de la politique libérale, on assouplit la politique libérale pour que la pauvreté soit supportable par le pauvre », a expliqué Sayabou Laoual Sallaou.

Au nord comme au sud, on souhaite en tout cas la création d’un observatoire pour faire un suivi des flux de l’aide.


par Colette  Thomas

Article publié le 01/03/2005 Dernière mise à jour le 01/03/2005 à 17:38 TU

Audio

Xavier Darcos

Ministre français de la Coopération, du Développement et de la Francophonie

«La difficulté des pays riches est d'harmoniser l'aide aux pays en voie de développement.»

Marta Santos Pais

Directrice du centre de recherche Innocenti de l'Unicef

«Les pays nordiques démontrent, en matière de pauvreté infantile, qu'un investissement soutenu dans les services sociaux fait la différence.»

Articles