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Obsèques nationales pour Nicola Calipari

L'Italie a offert des funérailles nationales à Nicola Calipari, agent des services secrets tué lors du transfert de Giuliana Sgrena vers l'aéroport.(Photo : AFP)
L'Italie a offert des funérailles nationales à Nicola Calipari, agent des services secrets tué lors du transfert de Giuliana Sgrena vers l'aéroport.
(Photo : AFP)
L’Italie a offert des funérailles nationales au policier tué par des tirs américains pendant le transfert de Giuliana Sgrena à l’aéroport de Bagdad. Malgré ce moment de recueillement, la polémique continue sur la responsabilité des troupes américaines dans cette affaire.

L’Italie a rendu hommage lundi matin à l’agent des services secrets italiens tué vendredi à Bagdad alors qu’il emmenait  l’ex-otage, la journaliste du quotidien Il Manifesto, à l’aéroport de la capitale irakienne. Les obsèques de Nicola Calipari se sont déroulées dans la basilique Sainte-Marie-des-Anges, à Rome, en présence d’une foule immense et silencieuse rassemblée dans l’église et dans les rues alentour. La dépouille du policier a ensuite été enterrée dans un cimetière romain.

Polémique sur les responsabilités

Policier détaché auprès des services de renseignements militaires italiens (Sismi), Nicola Calipari s’était occupé à plusieurs reprises de la libération d’otages italiens en Irak. Sa dernière mission - rapatrier l’envoyée spéciale du quotidien communiste Il Manifesto, enlevée le 4 février à Bagdad - a tourné au drame puisque leur voiture a essuyé des tirs américains, à quelques centaines de mètres seulement de l’aéroport. Nicola Calipari est mort d’une balle dans la tête alors qu’il protégeait physiquement la journaliste. Selon certaines informations, entre trois et quatre cents balles auraient été tirées sur le véhicule.

L’enterrement de Nicola Calipari a fait taire provisoirement la polémique sur les responsabilités concernant cet incident tragique. Pour Giuliana Sgrena, il n’est pas impossible qu’elle ait été la cible des soldats américains qui ont tiré sur la voiture qui l’emmenait à l’aéroport : «Tout le monde sait que les Américains ne veulent pas de négociations pour la libération des otages ; alors je ne vois pas pourquoi je devrais exclure d’avoir été personnellement la cible de leurs tirs ». Malgré les dénégations du gouvernement, des responsables affirment dans la presse qu’une rançon de six à huit millions de dollars a été versée aux ravisseurs. Mais les Etats-Unis et la Grande-Bretagne sont opposés au paiement de rançons qui encourageraient les enlèvements. Dimanche soir, les magistrats chargés de l’enquête n’avaient cependant recueilli aucun élément permettant de suspecter un guet-apens.

A Washington, un responsable américain a affirmé qu’il s’agissait d’un «accident horrible »  et a promis une « enquête complète ».  En Irak, l’armée américaine s’en tient au communiqué de la troisième division d’infanterie selon lequel un véhicule roulant à vive allure à l’approche d’un barrage aurait ignoré des avertissements. Le porte-parole de cette division a indiqué « enquêter agressivement » mais sans dire quelle unité était impliquée dans l’incident. Et on ne sait pas encore où se situait ce barrage et qui précisément a ouvert le feu.

Il Manifesto avance une explication

Les déclarations de Giuliana Sgrena, à son retour à Rome, contredisent la version américaine des faits. La journaliste a expliqué que le véhicule circulait à 30 ou 40 km/h seulement. Il faisait nuit, la voiture s’est trouvée tout-à-coup sous un projecteur puis sous des tirs. Comme le conducteur, lui aussi agent des services secrets italiens, était à ce moment-là en conversation téléphonique par satellite avec Rome, de nouvelles précisions seront peut-être données sur la manière dont  s’est déroulé l’incident.

Il semble par ailleurs que les Américains étaient au courant de l’opération qui se préparait vendredi pour ramener en Italie Giuliana Sgrena. Dès leur arrivée à Bagdad, les agents secrets s’étaient rendus au QG américain pour obtenir des autorisations leur permettant de garder leurs armes et de circuler dans des secteurs interdits.

Le directeur du journal Il Manifesto  a avancé une explication concernant cet accident : « toutes les forces américaines concernées par le transfert de la journaliste n’avaient peut-être pas été informées, et peut-être délibérément, du passage de la voiture qui se dirigeait de nuit vers l’aéroport ». Cependant pour les services secrets italiens (Sismi), une embuscade est à exclure : « Les Américains n’auraient jamais tué volontairement un agent des services spéciaux italiens mettant en risque la collaboration entre services américains et italiens. S’ils avaient eu un motif de tuer la journaliste, ils auraient fait faire ce sale travail à des Irakiens soudoyés ». A l’heure actuelle, les experts qui travaillent sur cette affaire privilégient l’hypothèse d’un cafouillage dans la chaîne de commandement américaine.

Une journaliste engagée

Durant ces derniers mois, Il Manifesto n’a guère épargné les forces américaines engagées en Irak. Le quotidien communiste désapprouve cette guerre et le fait savoir dans les colonnes du journal. Giuliana Sgrena en particulier n’en était pas à son premier reportage en Irak. Elle a écrit de nombreux articles dans lesquels elle ne ménage pas les soldats américains, racontant leur comportement vis-à-vis de la population civile. Féministe, la journaliste italienne a également soutenu à plusieurs reprises des femmes musulmanes, notamment en Algérie. Giuliana Sgrena a aussi écrit sur Florence Aubenas, prise en otage en Irak avant elle et toujours captive.

Malgré le désaccord franco-italien sur la guerre en Irak, le président français Jacques Chirac a assuré le président du Conseil italien de sa « pleine solidarité » après la libération de Giuliana Sgrena, endeuillée par la mort de Nicola Calipari. Silvio Berlusconi, qui a assisté aux obsèques de l’agent secret, a cependant déclaré lundi dans la presse italienne que cet accident ne remet pas en cause le soutien de Rome à la politique du président Bush. Il n’est pas question de retirer les troupes italiennes déployées en Irak.

Dans une semaine, la Chambre des députés italienne doit se prononcer sur le prolongement de la mission dans le sud de l’Irak. Pour sa part le Sénat a voté le rappel des troupes, sans parvenir à l’imposer. La mort tragique de l’agent italien, les déclarations de la journaliste sur la manière dont s’est déroulé son transfert et la polémique avec les Américains vont certainement renforcer le camp des opposants à la guerre. Pour le moment, le président américain a promis à son allié Berlusconi de faire toute la lumière sur la mort de Calipari.   

par Colette  Thomas

Article publié le 07/03/2005 Dernière mise à jour le 07/03/2005 à 17:33 TU

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Alfio Mastro Paolo

Politologue, professeur à l'université de Turin

«Il y a de l'indignation en Italie...»

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