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Kirghizistan

L’opposition accentue sa pression

De violentes manifestations se sont déroulées dans la ville d'Och, située dans le sud du pays, pour demander la démission du président Askar Akaïev.(Photo : AFP )
De violentes manifestations se sont déroulées dans la ville d'Och, située dans le sud du pays, pour demander la démission du président Askar Akaïev.
(Photo : AFP )
Une vague grandissante de protestation menace le pouvoir du président kirghize Askar Akaïev qui dénonce une «tentative de coup d’Etat financée et dirigée de l’étranger». La colère des manifestants a été déclenchée par les résultats des dernières élections législatives, l’opposition dénonçant de nombreuses fraudes électorales.

Le communiqué publié lundi par le ministère russe des Affaires étrangères sur les événements se déroulant au Kirghizstan a un air de déjà-lu. «Les résultats d’élections ne satisfont jamais tout le monde, mais les différends politiques doivent être réglés dans le cadre de la loi et de la Constitution», ont déclaré les autorités russes en ne masquant pas leur inquiétude. Elles craignent en effet que ne se reproduisent dans cette petite république d’Asie centrale, qui a quitté le giron de l’URSS en 1991, le même scénario que celui qu’ont connu récemment la Géorgie et l’Ukraine, deux pays où les gouvernants pro-russes ont perdu le pouvoir au profit de l’opposition pro-occidentale. Selon la presse russe, la «révolution des tulipes» est en marche au Kirghizstan, le quotidien Izvestia expliquant que «l’opposition peut espérer détrôner (le président Askar) Akaïev avant que ces fleurs n’éclosent».

Ce pays de montagnes dont la moitié du territoire est située à plus de 3 000 mètres connaît depuis trois semaines une mobilisation grandissante contre le président Askar Akaïev, au pouvoir depuis l’indépendance. Les premières manifestations ont commencé au lendemain du premier tour des élections législatives organisées le 27 février et se sont intensifiées après le second. L’opposition a subi un sévère revers lors de ce scrutin, n’obtenant que six des 75 sièges que compte le Parlement monocaméral, soit quatorze de moins que dans la chambre précédente. Des résultats immédiatement remis en cause par ses principaux dirigeants qui ont dénoncé des fraudes électorales, leurs accusations se fondant notamment sur les premières conclusions de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Ses observateurs ont fortement critiqué le déroulement de ce scrutin, en estimant notamment que le premier tour n’avait pas été conforme aux normes démocratiques.

C’est dans le sud du pays, une région qui avait déjà connu des affrontements communautaires violents dans les années 90, que la colère et le mécontentement se sont fait entendre. La semaine dernière, des manifestants avaient pris le contrôle du siège du gouverneur de la région d’Och. Ils occupaient depuis déjà dix jours la place centrale de centrale d’Och, la deuxième ville du pays, pour réclamer l’annulation des résultats des élections dans leurs régions. Célébrant cette première victoire, Rosa Otounbaïeva, l’une des dirigeantes de l’opposition, avait alors annoncé que le mouvement de protestation allait gagner tout le pays. Quarante-huit heures plus tard, des heurts violents éclataient dans la ville voisine de Jalal-Abad, entraînant, selon un bilan dressé par les médias locaux, la mort d’une dizaine de personnes. Et les forces de l’ordre reprenaient dans le même temps le contrôle des bâtiments occupés à Och, procédant à l’arrestation de plusieurs dizaines de personnes.

La théorie du complot venu de l’étranger

Soucieux de stopper au plus vite ce mouvement qui n’a pas encore gagner la capitale du pays, Bichkek, le président Askar Akaïev s’est adressé mardi à ses concitoyens. Il a dénoncé les «actions dangereuses et destructrices d’une opposition radicale» qu’il a assimilées à une tentative de «coup d’Etat» financé et dirigé de l’étranger. «Les structures du pouvoir n’ont pas le droit de faire preuve de faiblesse lorsqu’elles sont confrontées à des révolutions colorées», a estimé le président kirghize, faisant notamment allusion à la révolution «orange» qui a secoué l’Ukraine. Mais il n’a pas, pour autant, choisi de décréter l’état d’urgence pour tenter d’enrayer ces mouvements de protestation qui sont, selon lui, «dirigés et financés de l’étranger».

Ses propos visent directement les Etats-Unis, dont le soutien à différentes ONG installées dans les anciennes républiques soviétiques est perçu par certains comme un véritable outil de déstabilisation politique. Lors d’un sommet entre les Etats-Unis et la Russie organisé le mois dernier à Bratislava, le président américain George Bush avait exprimé son désir de voir des pays comme la Moldavie ou la Biélorussie, sur lesquels Moscou exerce encore une énorme influence, basculer à leur tour «dans le camp des démocraties». Et les dernières élections ne sont considérées par le pouvoir kirghize que comme un prétexte permettant de déclencher un mouvement de protestation planifié de longue date.

Cette théorie ne résiste cependant pas aux raisons profondes du mécontentement exprimé par une partie de la population. La pauvreté touche environ deux tiers des quelque cinq millions d’habitants de ce pays considéré comme l’un des plus déshérités dans le monde. Et les promesse non tenues de réformes économiques et sociales du président Akaïev, au pouvoir depuis près de quinze ans, alimentent un fort ressentiment à l’égard de cet homme. Réélu pour un troisième mandat de cinq ans en l’an 2000, il avait d’ores et déjà annoncé qu’il ne se présenterait pas aux élections présidentielles prévues à l’automne. Une perspective qui, selon ses détracteurs, l’aurait amené à tout faire pour s’assurer du plus large soutien possible au sein du Parlement, une chambre dans laquelle siègent notamment ses deux enfants. L’opposition ne souhaite en tout cas pas attendre cette prochaine échéance électorale pour se débarrasser de lui, et entend bien poursuivre l’épreuve de force qu’elle a engagée.


par Olivier  Bras

Article publié le 22/03/2005 Dernière mise à jour le 22/03/2005 à 17:24 TU

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Sophie Malibeaux

Journaliste au service international de RFI

«L’opposition estime que le pouvoir a usé de moyens frauduleux pour remporter les élections.»

[23/03/2005]

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