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George Bush prône la révolution

Les présidents américain, George W Bush et russe, Vladimir Poutine au château de Bratislava.(Photo: AFP)
Les présidents américain, George W Bush et russe, Vladimir Poutine au château de Bratislava.
(Photo: AFP)
George Bush et Vladimir Poutine se sont rencontrés jeudi en Slovaquie au cours d’un sommet qui a conclu la tournée européenne de quatre jours du président américain. Il a fait part à son homologue russe au cours de cette rencontre de «sa préoccupation» concernant la conception de la démocratie de Moscou. Avant cette réunion, George Bush a prononcé un discours à Brastislava dans lequel il a loué les révolutions pacifiques menées en Georgie et en Ukraine et a souhaité que basculent à leur tour dans le camp des démocraties la Biélorussie et la Moldavie, deux pays sur lesquels la Russie exerce encore une influence énorme.

Si la première rencontre entre les deux hommes, qui s'était déroulée en juin 2001 en Slovénie, avait laissé l’image d’une rencontre chaleureuse, celle qui a réuni jeudi George Bush et Vladimir Poutine en Slovaquie a, au contraire, donné le sentiment d’une grande froideur. Les sourires de circonstances et les signes d’amitié entre les deux présidents qui ont l’habitude de s’appeler par leur prénom respectif n’ont en effet pas suffit à masquer la détérioration des relations russo-américaines.

Avant de rencontrer son homologue russe, le président George Bush avait sommé la Russie  de «réaffirmer son engagement en faveur de la démocratie et de l’Etat de droit» pour réussir à «progresser en tant que nation européenne». Et il estimait que les Etats-Unis et les pays européens se devaient de «placer les réformes démocratiques au cœur du dialogue avec la Russie». La riposte du Kremlin ne s’est pas faite attendre: vingt-quatre heures après, Vladimir Poutine rappelait dans une interview que la Russie avait fait «le choix en faveur de la démocratie» voilà 14 ans et qu’elle n’avait pas pris cette décision «pour être agréable à quiconque». «Les principes de la démocratie doivent être adaptés aux réalités de la vie russe contemporaine, à nos traditions et à notre histoire et nous allons le faire nous-mêmes», ajoutait le président russe, en admettant simplement qu’un «regard extérieur bienveillant» pourrait être utile.

L’intervention politique de la communauté internationale dans le pré carré de la Russie est, logiquement, vue d’un très mauvais œil par Moscou. Après la révolution de la rose en Géorgie et la révolution orange en Ukraine, M. Poutine a ainsi dénoncé l’implantation d’une «révolution permanente» dans la zone d’influence de l’ex-URSS. Et la cérémonie au cours de laquelle George Bush a félicité jeudi à Brastislava des «combattants de la liberté» ukrainiens, slovaques, serbes et géorgiens n’a pu qu’ulcérer le locataire du Kremlin qui dénonce le soutien apporté par les Etats-Unis à différentes organisations installées dans les républiques ex-soviétiques. «Le peuple américain est fier de dire que vous êtes ses alliés, ses amis, ses frères dans la cause de la liberté», a déclaré George Bush à une foule enthousiaste réunie dans le centre de Bratislava. Et le président russe n’a pas hésité à comparer la révolution pacifique de 1989 en Tchécoslovaquie, connue comme la révolution de velours, à celle qui, selon lui, est en train de se produire en Irak. «Pour les Irakiens, c’est leur 1989» a expliqué George Bush, baptisant ce processus la révolution violette en raison de la couleur de l’encre utilisée pour marquer les doigts des électeurs irakiens le 30 janvier.

Un partenariat énergétique crucial

Les Etats-Unis n’ont pas caché ces derniers mois leur intention de continuer à soutenir dans l’ancienne sphère soviétique les acteurs politique qui défendent l’accélération des réformes démocratiques. La secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice a ainsi récemment annoncé le lancement d’un programme de soutien dans plusieurs pays d’Europe de l’Est, et y compris en Russie. Selon le quotidien Herald Tribune, deux pays sous le joug de Moscou seraient désormais dans la mire des Etats-Unis: la Biélorussie et la Moldavie. Le président américain a d’ailleurs formulé jeudi dans son discours le souhait que ces deux nations basculent à leur tour dans le camp des démocraties. Et la situation politique de ces pays a probablement alimenté la rencontre entre George Bush et Vladimir Poutine, qui a eu lieu dans le château de Bratislava.

Cette réunion a également offert la possibilité à George Bush d’aborder un sujet qui préoccupe nombre de parlementaires américains, la sécurité des complexes nucléaires russes. Selon un rapport de la CIA, les vols de matériaux nucléaires et de pièces contenus dans ces sites seraient très fréquents. L’agence américaine émet des doutes sur la capacité de Moscou de les maintenir hors d’atteinte de groupes terroristes, tout en redoutant également que des centrales nucléaires russes puissent être prises pour cibles par des groupes extrémistes en raison des systèmes de protection jugés insuffisants. En marge de la rencontre entre Bush et Poutine, la Russie et les Etats-Unis ont également signé un accord destiné à favoriser la lutte contre le terrorisme. Les deux pays s’engagent désormais à contrôler les ventes de missiles sol-air portatifs, une arme prisée par les terroristes.

La coopération développée entre les autorités russes et américaines après 11 septembre 2001 pour lutter contre le terrorisme est l’un des principaux piliers sur lesquels reposent les relations entre les deux pays. Vladimir Poutine a soutenu le combat lancé par George Bush au lendemain des attentats et le président américain n’a, de son côté, jamais critiqué la guerre menée par Moscou en Tchétchénie. Une prudence également dictée, selon certains observateurs, par le partenariat énergétique russo-américain. La Russie possède d’immenses réserves pétrolières dont une partie pourrait, un jour, être exportée vers les Etats-Unis. Et le gouvernement américain, même s’il multiplie les critiques et les remontrances à l’égard des autorités russes, sait pertinemment qu’il ne peut pas se passer de cet allié stratégique.


par Olivier  Bras

Article publié le 24/02/2005 Dernière mise à jour le 24/02/2005 à 19:09 TU

Audio

Thierry Parisot

Envoyé spécial de RFI à Bratislava

«Le discours de Bush [sur la liberté] ce matin à Bratislava n’a sans doute pas plu à Vladimir Poutine.»

Jean-Frédéric Saumont

Correspondant de RFI à Moscou

«Depuis le début du second mandat de Bush et l’arrivée de Condoleezza Rice, on constate une dégradation très nette dans la relation russo-américaine.»

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