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Russie-Ukraine

Fin de la guerre du gaz ?

Depuis la chute du communisme, la Russie pratique avec l’Ukraine des prix imbattables... pour combien de temps encore ?(Source : Gazprom et Naftogaz)
Depuis la chute du communisme, la Russie pratique avec l’Ukraine des prix imbattables... pour combien de temps encore ?
(Source : Gazprom et Naftogaz)
Dimanche, après plusieurs semaines de tensions, le géant russe Gazprom et son partenaire ukrainien Naftogaz ont enfin signé un accord concernant 7,8 milliards de mètres cubes de gaz russe stockés dans le sous-sol ukrainien. Depuis l’arrivée au pouvoir du libéral Victor Iouchtchenko, favorable à un rapprochement avec l’Union européenne, Kiev et Moscou sont en froid. Cette « guerre du gaz », dont l’Ukraine ne sort pas vraiment gagnante, en est une nouvelle fois la preuve.

De notre correspondante à Moscou

A maintes reprises, Gazprom a dû ronger son frein. Les nerfs de ses dirigeants n’ont probablement pas été épargnés. En 2004, le géant russe du pétrole a formulé quarante demandes auprès de son partenaire ukrainien, Naftogaz, à propos d’importants stocks de gaz restés «coincés» plusieurs mois dans une nappe phréatique des sous-sols ukrainiens. Rien. Pas de réponse officielle. Seuls quelques experts font entendre leur voix : pour «raisons techniques», ce gaz reste inaccessible... Gazprom hausse alors le ton, menaçant de couper son robinet énergétique en direction de l’Ukraine et demandant le paiement de son stock au prix fort. C’est le début de la «guerre du gaz».

«Le conflit autour de 7,8 milliards de mètres cubes de gaz russe contenu dans des entrepôts souterrains d’Ukraine est clos. Les parties ont trouvé une solution réciproquement avantageuse», a déclaré ce week-end Alexandre Medvedev, vice-président du conseil d’administration de Gazprom. Dimanche, un ensemble de documents a été signé par les trois parties concernées : Gazprom, la société ukrainienne de gaz Naftogaz, ainsi que la société russo-ukrainienne RosOukrEnergo (appartenant en partie au géant russe du pétrole). Selon cet accord, une partie du gaz «évaporé» (2,55 milliards de mètres cube sur 7,8) va servir à payer le transit des 5,25 milliards de mètres cubes restants, considérés comme vendus à la compagnie RosOukrEnergo à un prix européen (environ 150 dollars les 1000 mètres cubes, soit une somme approchant les 800 millions de dollars). Ce gaz sera livré par l’intermédiaire de Kiev d’ici la fin de 2006.

Une crise diplomatique

Cet accord est censé mettre fin à une série de tensions qui auront duré plusieurs semaines entre les deux pays. Lors de la victoire du président Victor Iouchtchenko, à l’issue de la Révolution Orange de l’hiver dernier, les Ukrainiens semblent avoir choisi leur camp : ils se sont résolument tournés vers l’Europe. La Russie, froissée de perdre à nouveau une des anciennes zones d’influence de l’URSS (quelques mois seulement après la Géorgie) prend acte, non sans rancœur. A partir de là, la logique est simple : «l’Ukraine veut être européenne ? Pratiquons alors avec elle des prix européens…» Ce que l’économie du pays ne saurait supporter. Depuis la chute du communisme, en 1991, la Russie pratique avec l’Ukraine des prix imbattables. Le gaz russe vendu aux pays européens l’est à 150 dollars les 1 000 mètres cubes… trois fois moins lorsqu’il est vendu aux Ukrainiens. Et encore, les échanges entre les deux pays se paient très peu «comptant» : c’est un système de troc qui prévaut. En effet, si l’Ukraine est dépendante du gaz russe à hauteur de 40 % de sa consommation, le gaz russe passe presque entièrement par cette ancienne république soviétique… Un prêté pour un rendu : la Russie «donne» du gaz à l’Ukraine, et en échange, cette ancienne république socialiste l’exporte.

Composante de cette guerre du gaz : il y a peu, la société russe Gazprom a annoncé vouloir passer dès 2006 à un mécanisme de marché… (et donc vendre son gaz à l’Ukraine au prix fort). La réponse ne s’est pas fait attendre : dans ce cas, Naftogaz relèvera les tarifs du transit… Les enjeux sont tels que cette crise économique a vite pris une tournure politique et diplomatique. Au moment fort de la crise, au mois de juin, lorsque l’Ukraine menaçait d’augmenter ses tarifs de transit de gaz russe vers l’Europe, les présidents russe et ukrainien ont eu un entretien téléphonique à ce sujet. Plus récemment, en marge du sommet du G8 à Gleneagles en Ecosse, début juillet, Vladimir Poutine a dénoncé la volonté selon lui de l’Ukraine de vouloir piquer le gaz russe transitant par son territoire. Côté ukrainien, de hauts responsables dénoncent une volonté russe de faire pression sur Iouchtchenko et le nouveau gouvernement. Les deux pays sont en froid depuis la Révolution orange.

Un conflit loin d’être réglé

Mis au pied du mur, Kiev et Moscou devaient bien finir par trouver un terrain d’entente. Cependant, note le quotidien Vremia Novosti, cet accord «ne signifie pas que des solutions aient été trouvées quant aux autres questions concernant la coopération gazière». En effet, note le quotidien, «cette année encore, il manquera à l’Ukraine 5 milliards de mètres cubes, soit l’équivalent de sa consommation mensuelle». En effet, malgré tous les efforts de Victor Iouchtchenko pour développer les partenariats (Kazakhstan, Ouzbekistan…) la balance énergétique du pays reste déficitaire. De plus, comme l’avait annoncé le président de Gazprom, Alexei Miller, au mois de mai, la compagnie russe pourrait à terme décider unilatéralement de pratiquer avec le voisin ukrainien des prix «européens». Or, poursuit le journal, «il est notoire que le budget [du pays] ne dispose pas d'autant d'argent. C'est pourquoi les ententes intervenues placent une nouvelle bombe à retardement sous la balance énergétique ukrainienne pour 2006…».


par Virginie  Pironon

Article publié le 19/07/2005 Dernière mise à jour le 19/07/2005 à 12:15 TU

Audio

Jean-Frédéric Saumont

Envoyé spécial permanent de RFI à Moscou

«Ce qui a ravivé la tension, c’est une demande de Gazprom, le géant gazier russe, qui a exigé de l’Ukraine le remboursement de 8 milliards de m² de gaz actuellement stockés dans des réservoirs souterrains de l’Ukraine et totalement inaccessibles pour des raisons techniques.»

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