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Côte d'Ivoire

Olusegun Obasanjo temporise

Le président Gbagbo (à gauche) et le Premier ministre Charles Konan Banny doivent trouver une solution au vide parlementaire.(Photo : AFP)
Le président Gbagbo (à gauche) et le Premier ministre Charles Konan Banny doivent trouver une solution au vide parlementaire.
(Photo : AFP)

Jeudi, Abidjan restait sur le qui-vive après l’appel au calme lancé de concert dans la soirée de mercredi par le président Laurent Gbagbo et par le Premier ministre Charles Konan-Banny. Peu avant, un communiqué avait été publié à l’issue d’une rencontre entre les deux chefs de file ivoiriens et le président de l’Union africaine (UA), Olusegun Obasanjo. Le texte indique que le Groupe de travail international (GTI) n’a nullement dissout l’Assemblée nationale ivoirienne et qu’il «n’a pas pouvoir» de le faire. Accouru à Abidjan au soir d’une journée où les manifestants qui prenaient l’Onu pour cible avaient déjà enregistré cinq morts, Olusegun Obasanjo impute à une «mauvaise lecture» la poussée de tension de ces derniers jours. Il assure que Laurent Gbagbo et Charles Konan Banny avaient déjà «entamé des discussions sur cette question lorsque le GTI, à sa réunion du 15 janvier, a pris acte de la fin du mandat des députés», échu en décembre dernier.


Ce n’est pas seulement au vide parlementaire que le tandem Gbagbo-Konan Banny va devoir trouver la «solution politique» préconisée par le président de l’Union africaine. Le gouvernement de «réconciliation nationale» reste en effet, lui-aussi, menacé de paralysie par le départ des ministres issus du parti présidentiel, le Front populaire ivoirien (FPI). Annoncé mardi par le président du FPI, l’ancien Premier ministre Pascal Affi N’Guessan, en riposte au GTI qui ne jugeait «pas utile de prolonger le mandat des députés», le retrait gouvernemental du parti de Laurent Gbagbo s’est voulu fracassant et sans appel. Pascal Affi N’Guessan exigeait en même temps le départ des troupes françaises et des casques bleus, le tout posé comme une question de souveraineté non négociable. Pour ramener le FPI dans le processus de paix, il faudra donc sans doute davantage que des menaces, au moins un calendrier précis pour le désarmement des ex-rebelles, selon les observateurs.

Trouver un consensus politique

En 2003, à Paris, au moment où se nouaient les accords de Marcoussis et de Kléber, Laurent Gbagbo a dû sa survie politique à son opiniâtre arrimage à la Constitution ivoirienne. Cette fois encore, Olusegun Obasanjo est amené à renvoyer la question parlementaire à une relecture de la Constitution. Mais celle qu’il invite Gbagbo et Konan-Banny à faire ensemble doit d’abord déboucher sur un consensus politique. Et, en matière de grille de lecture constitutionnelle, à la lettre ou dans l’esprit, le tollé suscité par l’interprétation attribuée au GTI aura au moins eu le mérite de servir de ballon d’essai. «De par la Constitution de votre pays, le mandat de l’Assemblée nationale a pris fin le 16 décembre 2005. Personne, en dehors de la Constitution de Côte d’Ivoire n’a le pouvoir et le droit d’affirmer autre chose», rappelle le président de l’UA. Ce qui échappe au champ constitutionnel étant éminemment politique, Obasanjo est venu presser la partie présidentielle de s'entendre au plus vite avec le Premier ministre. «Cette solution sera communiquée à la Nation et au Groupe de travail international», indique, diplomatiquement, le communiqué.

En attendant une solution de nature à consolider le calme précaire qui règne à Abidjan et dans l’Ouest ivoirien, un escadron d’une centaine de gendarmes anti-émeutes français doit s’envoler jeudi pour apporter un renfort temporaire aux deux escadrons déjà sur place, indique le ministère français de la Défense. Jeudi, en effet, le siège de l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (Onuci) restait la cible de plusieurs centaines de jeunes manifestants lanceurs de pierres. D’autres poursuivaient leur sit-in devant l’ambassade de France et les barrages n’avaient pas disparu des rues de la capitale économique, surpeuplée depuis la partition du pays et l’exode de population qui l’a accompagné. Les activités n’avaient pas encore repris jeudi. Et le Conseil de sécurité annonçait de son côté «un message plus fort que les précédents», avec à la clef la menace des sanctions individuelles lancées en novembre 2004 contre les responsables politiques qui feraient obstacle au processus de paix.

De Bouaké, les Forces armées des Forces nouvelles (FAFN) ont fait mercredi des offres de service au Premier ministre et à son gouvernement, son chef d'état-major, le général Soumaïla Bakayoko, dénonçant une «manœuvre de déstabilisation» et déclarant ses hommes «prêts pour toutes les missions qu'ils voudraient bien leur confier pour le retour de la paix en Côte d'Ivoire». A Abidjan, le branle-bas de combat est suspendu à l’issue des discussions entre le président Gbagbo et son Premier ministre Konan Banny, mais aussi à la décision que le FPI prendra vis-à-vis du gouvernement.


par Monique  Mas

Article publié le 19/01/2006 Dernière mise à jour le 19/01/2006 à 16:13 TU