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Brésil

Le gang des prisonniers attaque à nouveau

Lundi, les bureaux du procureur général de Sao Paulo ont été dévastés par une bombe, vraisemblablement posée par le Premier commandement de la capitale (PCC). 

		(Photo : AFP)
Lundi, les bureaux du procureur général de Sao Paulo ont été dévastés par une bombe, vraisemblablement posée par le Premier commandement de la capitale (PCC).
(Photo : AFP)

L’organisation criminelle dite Premier commandement de la capitale (PCC) a déclenché depuis lundi une nouvelle série d’attaques contre des bâtiments publics et des banques à Sao Paulo. La police a annoncé avoir tué et arrêté plusieurs éléments de cette bande, dirigée par des trafiquants de drogue détenus dans plusieurs prisons de la capitale économique du pays. Le président Lula da Silva a proposé au gouvernement local la collaboration de l’armée nationale pour rétablir l’ordre. C’est la troisième vague de violence organisée par les détenus qui commandent la pègre dans la plus grande métropole d’Amérique latine. En mai dernier 170 personnes avaient été tuées lors de la première série d’attaques.


La police brésilienne affirme que, depuis lundi dernier, des membres du PCC ont lancé plus de 150 attaques dans l’Etat de Sao Paulo. Des commissariats ont été mitraillés, des stations de service et des autobus ont été incendiés, ainsi que des voitures appartenant au département de la Justice. Une bombe artisanale a explosé près d’une mairie dans la banlieue de cette métropole qui, avec ses 19 millions d’habitants, est la plus importante de toute l’Amérique latine.

La presse brésilienne souligne que, cette fois, il n’y a pas eu d’échanges de tirs entre les bandits et les policiers qui auraient pu anticiper cette vague d’attaques. Selon les autorités, cinq suspects ont été tués par la police qui a aussi arrêté une douzaine de personnes. Mais cette fois, du côté des fonctionnaires de police, les accrochages ont seulement fait quelques blessés légers, alors qu’en mai dernier, la première vague d’attaques avait fait au moins 170 tués, parmi lesquels des dizaines d’agents de la police. En juillet, lors d’une deuxième vague d’incidents attribués au PCC, il y avait eu neuf morts et une centaine d’arrestations.

Un réseau criminel implanté dans les prisons

La police brésilienne impute ces attaques à la plus grande organisation criminelle du pays, le Premier Commandement de la capitale (PCC), qui est dirigé par Marcos Williams Herbas Camacho, dit Marcola. Ce dernier purge une peine de 40 ans de prison pour trafic de drogue et pour l’attaque de plusieurs banques. Marcola, qui a dirigé dans le passé, à plusieurs reprises, des mutineries de prisonniers à grande échelle, a organisé tout un réseau criminel à partir de plusieurs centres pénitenciers. Et cela en lien étroit avec les trafiquants de cocaïne qui opèrent maintenant à Sao Paulo, après avoir conquis le marché de Rio de Janeiro, la deuxième plus importante ville du Brésil où est également implantée une organisation similaire : le «Comando Vermelho», le Commandement rouge.

Marcola, qui a la quarantaine, a déjà passé près de 20 ans en prison, où il a pu organiser son Commandement, avec 40 autres criminels. L’organigramme de cette mafia a même été publié en détail par la presse de Sao Paulo.

Fils d’un Bolivien et d’une Brésilienne, Marcola passe pour être un individu cultivé. Il aurait même envisagé de créer une sorte de parti politique, pour appuyer les demandes de mesures de clémence en faveur des détenus, dans un Brésil qui soufre d’une crise carcérale extrêmement grave.

Les autorités affirment que Marcola et ses «généraux» disposent de beaucoup d’argent provenant du trafic de drogue pour s’offrir les services d’avocats de premier plan et corrompre facilement des fonctionnaires voire même des politiciens, à partir des prisons de l’Etat. Le quotidien Estado de Sao Paulo affirme même dans son édition de jeudi que le PCC a pu créer une sorte d’organisation militaire, en divisant le territoire de l’Etat en plusieurs régions, disposant chacune de moyens logistiques et d’armes en grande quantité.

Dans une première phase, les attaques étaient commandées à partir des prisons grâce à des téléphones portables. Ce système de communication a été abandonné quand la police a commencé à utiliser des équipements d’écoute. Les ordres du PCC ont ensuite été transmis par des proches des détenus, voire même des avocats. Le même journal signale que des avocates de Marcola ont été arrêtées. Elles nient tout lien avec le «crime organisé». 

Le président voudrait envoyer l’armée, le gouverneur refuse

La situation à Sao Paulo préoccupe énormément les autorités de cet Etat ainsi que le gouvernement fédéral brésilien. Mais des divergences ont surgi entre le président de la République, Lula da Silva, et le gouverneur de l’Etat de Sao Paulo, Claudio Lembo. Le président a l’intention de rencontrer bientôt le gouverneur pour le convaincre d’accepter sa proposition, formulée déjà à quatre reprises, afin que l’Armée nationale brésilienne puisse intervenir à Sao Paulo pour aider la police locale à vaincre le PCC.

Or le courant ne passe pas entre les deux hommes qui appartiennent à des formations politiques différentes : Lula est issu du Parti des travailleurs et Lembo a été élu par l’opposition sociale-démocrate. Comme par hasard, le président a l’intention de se rendre ce vendredi au quartier-général de l’armée gouvernementale à Sao Paulo.

Les habitants de Sao Paulo, les «Paulistas» craignent que leur police ne devienne une sorte d’appendice de l’armée nationale, aux ordres du gouvernement central de Brasilia. Cette polémique, largement évoquée par les médias, risque de se développer car le Brésil va entrer dans une période d’agitation politique très intense à l’approche des élections générales d’octobre. Lula est favori pour un deuxième mandat.

Les observateurs affirment que le PCC va aussi profiter de l’occasion pour essayer d’obtenir quelques concessions de la part des autorités. Pour le moment, le gouvernement de Sao Paulo a décidé de renforcer les dispositifs de sécurité, car le bruit court que la bande de Marcola prépare de nouvelles actions pour le jour de la fête des pères brésilienne, dimanche prochain. 

par Antonio  Garcia

Article publié le 10/08/2006Dernière mise à jour le 10/08/2006 à TU