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Afrique du Sud

L’Afrique du Sud autorise le mariage homosexuel

Le droit au mariage était la dernière grande bataille juridique des homosexuels sud-africains, qui disposent déjà notamment du droit d'adopter des enfants. 

		(Photo : Valérie Hirsch / RFI)
Le droit au mariage était la dernière grande bataille juridique des homosexuels sud-africains, qui disposent déjà notamment du droit d'adopter des enfants.
(Photo : Valérie Hirsch / RFI)

Le Parlement sud-africain a adopté mardi une loi qui autorise les couples homosexuels à se marier, malgré l’opposition de la plupart des Eglises, des chefs traditionnels et de la majorité de l’opinion publique. Le pays de Mandela est le premier en Afrique et le sixième au monde à reconnaître le mariage entre personnes du même sexe.


De notre correspondante en Afrique du Sud

Depuis la fin de l’apartheid, jamais une décision n’avait suscité autant de controverses. Le Parlement sud-africain a voté à une large majorité (seulement 41 voix contre sur 274 députés présents) une loi qui autorise le « mariage» et «l’union civile» pour tous, y compris les homosexuels. En decembre 2005, la Cour constitutionnelle – saisie par un couple de lesbiennes – avait donné un délai d’un an aux députés pour modifier la loi de 1961 qui réservait le mariage aux couples hétérosexuels. La Cour avait jugé cette disposition contraire à la Constitution de 1996, la première au monde à interdire toute discrimination en fonction de l’orientation sexuelle.

«Changer en bien ce qui est mauvais»

Le Parlement a organisé une vaste consultation du public. Toutes les confessions religieuses (à l’exception de l’Eglise anglicane et, curieusement, de l’Eglise hollandaise réformée, pilier du régime d’apartheid) et les chefs  traditionnels se sont opposés à la reconnaissance du mariage homosexuel. «L’Eglise enseigne que les actes homosexuels sont intrinsèquement un désordre. Une loi ne peut changer en bien ce qui est mauvais», a notamment écrit le cardinal Wilfred Napier dans une pétition au Parlement.

L’Eglise catholique et 79 autres confessions religieuses, représentant 20 millions de Sud-Africains, se sont unies dans une «Alliance pour le mariage» pour s’opposer à tout changement de la loi :  «Le mariage est une institution créée par Dieu pour les hommes et les femmes, affirme Moss Nthlha, son co-president. L'union de deux personnes du même sexe ne fait pas non plus partie de la culture africaine :cela déshonore la communauté, les ancêtres et néglige la procréation. Ce n’est pas bien, ce n’est pas africain !»

«Une question très émotionnelle»

Comme sur d’autres questions éthiques (abolition de la peine de mort, droit à l’avortement), l’ANC a décidé de ne pas tenir compte de l’hostilité de l’opinion publique. «Même au sein de notre parti, nous étions divisés, reconnait Patrick Chauke, un député de l’ANC. C’est une question très émotionnelle. Mais il fallait  tenir compte du jugement de la Cour constitutionnelle». Les députés de l’ANC n’ont pas touché à la loi de 1961. Mais ils ont adopté un autre texte qui crée un «mariage» pour tous les couples, hétéros et homos. Sans échange d’alliances : la symbolique est préservée…

La communauté gay s’est réjouie de ce vote «historique», tout en regrettant l’adoption d’une clause qui permet  aux officiers d’état civil d’invoquer des «objections de conscience» pour refuser de célébrer un mariage «entre personnes du même sexe». Le droit au mariage était la dernière grande bataille juridique des homosexuels sud-africains, qui ont  déjà obtenu de nombreux droits, dont celui d’adopter des enfants. Le pays de Mandela fait figure d’exception sur le continent africain, où l’homosexualité est au mieux ignorée et le plus souvent réprimée. Le Nigeria envisage même d’interdire les relations homosexuelles.

«Une grande hostilité dans les townships»

«Sur le papier, nous avons tous les droits, se félicite Musa Ngubane, 26 ans, de «Behind the mask», l’une des nombreuses associations d’homosexuels et lesbiennes sud-africaines. Mais dans la vie réelle, la communauté gay se heurte encore à une grande hostilité dans les townships». Musa vit en couple  avec Mabongi depuis trois ans à Soweto : les deux jeunes femmes n’hésitent pas à  se promener dans la rue, main dans la main.  «Nos familles, nos voisins nous acceptent, confie Mabongi. Mais nous avons de nombreuses amies qui ont été agressées et même violées par des hommes, qui n’acceptent pas leur différence». En 2005, une lesbienne a été lapidée à mort par une foule près du Cap.

La situation des homosexuels sud-africains est loin d’être toujours rose. Mais des progrès énormes ont tout de même été faits ces dernières années. «Nous voulons être des citoyens comme les autres, conclut Sebastian Matroos, de l’association «Out » à Pretoria. Comme on l’a vu lors du débat sur le mariage, il y a encore beaucoup de batailles à mener pour lutter contre les préjugés».

 

 

 

 

 



par Valérie  Hirsch

Article publié le 14/11/2006 Dernière mise à jour le 14/11/2006 à 16:07 TU