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Afrique

Homosexualité : «abomination» ou liberté

Monseigneur Peter Akinola, archevêque de l'église anglicane du Nigeria, fait front contre l'homosexualité. 

		(Photo : AFP)
Monseigneur Peter Akinola, archevêque de l'église anglicane du Nigeria, fait front contre l'homosexualité.
(Photo : AFP)
En Afrique, l’Eglise anglicane fait front contre l’homosexualité depuis l’ordination d’un évêque gay aux Etats-Unis, en 2003. L’enjeu n’est pas seulement dogmatique et il menace de scission la puissante communauté anglicane, forte de 70 millions de brebis dont 17 millions de Nigérians. L’archevêque du Nigéria, Mgr Peter Akinola, a pris la tête de la bataille contre l’ordination d’évêques homosexuels, une «abomination» selon les quelque 300 primats africains anglicans réunis à Lagos cette semaine. Il est décidé à payer le prix d’un schisme avec la riche branche américaine de son culte. Le président Olusegun renchérit en dénonçant l’homosexualité comme «anti-africaine». Au Nigéria, l’homosexualité tombe sous le coup de la loi. Ailleurs en Afrique, elle est illégale, ignorée, tolérée, voire reconnue comme une liberté garantie.

Réunis pour une semaine dans la capitale économique du Nigéria, les évêques anglicans d’Afrique se sont promis d’organiser un réseau de facultés de théologie pour promouvoir leur foi et leurs valeurs, menacées, selon eux, par l’homosexualité. «J’ai suivi avec le plus grand intérêt vos positions de principe contre cette tendance complètement inacceptable vers les mariages de personnes du même sexe et les pratiques homosexuelles», leur a déclaré le président chrétien mais non anglican du Nigéria, l’évangéliste Olusegun Obasanjo. Se réclamant de la Bible et de la nature, le chef de l’Etat nigérian estime «vraisemblable que le Seigneur, en nous créant homme et femme, savait exactement ce qu'il faisait [et que] toute autre forme de relations sexuelles est une perversion de l'ordre divin». Fort de cette probabilité religieuse dans un pays où les discours confessionnels se transforment régulièrement en bains de sang chrétiens ou musulmans, Olusegun Obasanjo prie le révérend Akinola de continuer à faire barrage contre l’homosexualité.

«Attaque satanique»

Aux yeux de l’archevêque de Lagos, «le monde occidental est en train de s'engager dans une nouvelle religion» face à laquelle il invite ses coreligionnaires à «chercher le moyen d'établir notre propre théologie». Certes, ajoute Mgr Akinola pour ramener le sujet à de moindres proportions, «nous, Africains, avons bien d'autres problèmes» en débat à la conférence de Lagos comme les guerres, le sida, la pauvreté ou le rôle social des femmes. Mais le prélat nigérian préside aussi le Conseil des provinces anglicanes en Afrique (Cpaa). Celui-ci rassemble une part très importante des 50 millions d’anglicans du Sud. Et, à ses yeux, l’entrée de l’homosexualité dans l’Eglise constitue une «attaque satanique contre la maison de Dieu». C’est aussi une occasion pour renforcer le poids de son diocèse de Lagos. En juin 2003, au moment de la consécration controversée de l’évêque homosexuel Gene Robinson, Peter Akinola avait offert aux fidèles nigérians expatriés aux Etats-Unis, mais plus largement aux «Africains-Américains», de rompre avec leur diocèse américain pour se rattacher à celui de Lagos afin d’éviter la «souillure» homosexuelle.

La parole «d’Evangile» de l’archevêque Akinola fait autorité morale sur ses ouailles africaines. Mais elle a aussi un retentissement plus vaste qui inquiète le site Internet consacré aux homosexuels d’Afrique, Behind the mask (Derrière le masque). Consacrer l’homophobie à l’intérieur de l’Eglise, c’est «donner le feu vert à l’homophobie dans toute la société», s’inquiète le site gay. De fait, au Nigéria, l’homosexualité tombe déjà sous le coup du code pénal. Ce dernier prévoit de trois à quatorze ans d’emprisonnement pour des relations sexuelles entre hommes, la loi sanctionnant surtout la sodomie et ignorant l’homosexualité féminine. En outre, depuis la mise en œuvre de la charia dans le Nord musulman, plusieurs mises à morts d’homosexuels, par lapidation, ont été signalées.

L’homosexualité est également illégale au Maghreb. En Egypte, de très lourdes condamnations défraient régulièrement la chronique. En Afrique sub-saharienne, les avis sont partagés, mais outre le président Obasanjo, plusieurs chefs d’Etats se sont illustrés par des discours appelant à une véritable chasse aux homosexuels. En 2001, le président namibien Sam Nujoma avait ainsi clamé urbi et orbi que sa police avait reçu ordre de les jeter en prison et même de les «déporter». Au Zimbabwe, le premier président du pays, le pasteur méthodiste Canaan Banana (mort en novembre 2003) avait été condamné à un an de prison après son arrestation en 1998 pour «sodomie et agression homosexuelle» sur des subalternes. Ses dénégations avaient fait long feu face à la farouche détermination de l’actuel président (alors Premier ministre) Robert Mugabe, pressé de s’installer dans son fauteuil.

Dans les années quatre-vingt-dix, Robert Mugabe avait fait croisade contre les homosexuels - «pire que des porcs et des chiens» - sortis de l’ombre dans toute l’Afrique australe pour faire valoir leurs droits. Leur degré d’organisation répugnait visiblement autant, sinon plus, que leurs pratiques sexuelles à l’ancien guérillero Mugabe. En tout cas, Robert Mugabe a semblé par la suite les oublier, enfourchant de tout autres chevaux de bataille. La dernière descente de police dans les locaux de l’Association des gays et des lesbiennes du Zimbabwe (GALZ) remonte à 1996. Selon les intéressés, l’opinion zimbabwéenne aurait même fini par admettre que l’homosexualité n’est pas un produit d’exportation blanc. Elle n’est d’ailleurs pas illégale en tant que telle au Zimbabwe, le législateur s’intéressant exclusivement à la «sodomie», comme c’est souvent le cas en Afrique subsaharienne.

Pour rompre avec la répression tous azimuts de l’apartheid, la Constitution sud-africaine de 1996 a au contraire décidé de garantir la liberté de choix sexuel. En septembre 2002, la Cour constitutionnelle a même reconnu aux couples homosexuels d’Afrique du Sud le droit d’adopter des enfants, «une première en Afrique» où certains législateurs ne se posent même pas la question de l’homosexualité. Il y a quelques années, Brazzaville expliquait par exemple que «l’homosexualité n’existe pas au Congo». Ce n’est pas l’avis de l’archevêque anglican de Lagos. Mgr Akinola reconnaît d’autant mieux l’existence de l’homosexualité que celle-ci constitue à ses yeux un motif d’excommunication voire un sujet de schisme.



par Monique  Mas

Article publié le 28/10/2004 Dernière mise à jour le 28/10/2004 à 15:14 TU

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Mrg Peter Akinola

Archevêque du Nigéria

«Je ne veux pas parler de scission, mais si une partie de la communauté anglicane veut faire une montagne de ce qui n'est pas une colline, alors nous leur dirons merci et bonne chance.»

[28/10/2004]

«Une inclination contraire à la Bible, contraire à la nature et non africaine, selon Olusegun Obasanjo, le Président du Nigéria.»

[28/10/2004]

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