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Burkina Faso

Joseph Ki-Zerbo, un érudit épris de liberté politique

Le professeur Joseph Ki-Zerbo sera inhumé dans son village natal de Toma. 

		(Photo : Alpha Barry/RFI
Le professeur Joseph Ki-Zerbo sera inhumé dans son village natal de Toma.
(Photo : Alpha Barry/RFI
L’intellectuel africain et opposant burkinabè Joseph Ki-Zerbo est décédé lundi matin à son domicile de Ouagadougou des suites d'une maladie. A 84 ans, cet agrégé d’Histoire a connu l’une des plus longues carrières politiques commencée dans les années 50.

De notre correspondant au Burkina Faso

Historien ou homme politique ? Il est difficile de définir le professeur Joseph Ki-Zerbo tant l’homme s'est illustré dans l’un ou l’autre métier.  Premier agrégé africain d’histoire, Ki-Zerbo a en effet consacré plus de 50 ans de sa vie à la politique, le plus souvent dans  l’opposition.

Né en 1922, originaire de Toma dans la province du Nayala (centre-ouest du Burkina), Ki-Zerbo se lance très tôt dans la politique. En 1958, il crée avec d’autres camarades africains comme le Sénégalais Cheick Amidou Kane ou le Béninois Albert Tévoédjré sa première formation politique, le Mouvement de libération nationale (MLN). Au référendum sur la création d’une communauté française organisé la même année dans les colonies africaines de la France par le général de Gaulle, le MLN est l’un des rares partis à battre campagne pour le non, c’est-à-dire pour l’indépendance immédiate.

Dans la Haute-Volta de l'époque (aujourd’hui Burkina Faso), le oui à de Gaulle l’emporte. Joseph Ki-Zerbo et ses camarades partent alors rejoindre Sékou Touré en Guinée, le seul pays à avoir massivement pour le non. A l’indépendance de la Haute-Volta en 1960, il retourne dans son pays pour enseigner et reprendre son combat politique. Ki-Zerbo sera très actif dans le mouvement de contestation populaire qui fait chuter en 1966 Maurice Yaméogo, le premier président de la Haute Volta.

«Quand on se couche, on est mort»

En 1970, lors des premières législatives multipartites, il est élu député sous la bannière de son parti, le MLN. En 1978, il est candidat du même parti à la première élection présidentielle de l’histoire de la Haute-Volta. Mais il est éliminé dès le premier tour. Une fois de plus, cette expérience démocratique sera abrégée par un coup d’Etat militaire. En 1983, Joseph Ki-Zerbo est contraint à l’exil par le pouvoir révolutionnaire du capitaine Thomas Sankara. Il vit à Dakar où il est titulaire de la chaire d’Histoire de l’université Cheick Anta Diop. Pendant ce temps à Ouagadougou, sa bibliothèque constituée de plus de 11 000 ouvrages est incendiée.

Le vieil opposant rentre au pays en 1992 et se fait élire député avant de réactiver sa formation politique mais cette fois sous l’appellation de  PDP. Le parti prendra plus tard le nom de PDP/PS après une fusion avec une autre formation de l’opposition. Le dernier combat politique de Joseph Ki-Zerbo aura été la lutte contre l’impunité au sein du Collectif créé au lendemain de l’assassinat du journaliste Norbert Zongo en 1998. Grand orateur, aimant les formules et proverbes africains, le vieux professeur savait galvaniser les foules. Sa formule en dioula «nan lara, an sara, [quand on se couche, on est mort]» prononcée au cours des meetings de protestation dans l’affaire Norbert Zongo est devenu aujourd’hui un slogan de mobilisation pour les syndicats burkinabè. Le dernier acte politique de Joseph Ki-Zerbo fut sa démission de l’Assemblée nationale en août dernier. Il avait quitté la direction de son parti en  février 2005 pour cause de maladie. La même maladie qui l’a emporté lundi matin.

Premier Africain agrégé d'Histoire

A côté de l’homme politique Ki-Zerbo, il y a le grand intellectuel bien connu en Afrique et dans le monde. Ki-Zerbo est en effet le premier Africain agrégé d’Histoire à la Sorbonne à Paris. Ancien patron du Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur (CAMES), il a enseigné dans plusieurs universités africaines et françaises. Auteur de nombreux livres sur le développement endogène, il a été le directeur scientifique des deux volumes de l'Histoire générale de l'Afrique, publié par l'Unesco. Depuis leur publication, ces derniers ouvrages sont devenus «la bible» des étudiants africains en Histoire.

Joseph Ki-Zerbo a obtenu en 1997 le Prix Nobel Alternatif, le prix Kadhafi pour les droits de l’homme en 2000 et en 2004 le prix RFI Témoins du monde. Depuis l’annonce de son décès, des parents, amis, alliés et même ses anciens adversaires politiques défilent à son domicile pour saluer la mémoire du grand disparu dont la sa dépouille mortelle sera transportée jeudi dans le village où il est né le 21 juin 1922, Toma, dans la province du Nayala, à l'ouest du Burkina, pour y être inhumée.



par Alpha  Barry

Article publié le 05/12/2006 Dernière mise à jour le 05/12/2006 à 10:01 TU

Audio

Joseph Ki-Zerbo

Historien burkinabè, le 17 mars 2004, à la Sorbonne à Paris, invité d'honneur d'un colloque organisé par RFI, sur la place du continent africain dans la mondialisation, au micro de Christophe Boisbouvier.

[05/12/2006]

Gérard Kango Ouédraogo

Ancien Premier ministre du Burkina Faso

«En Joseph Ki-Zerbo, j'admirais l'Africain digne.»

[05/12/2006]

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