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Iran

Le négationnisme en conclave à Téhéran

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, a ouvert ce lundi la conférence sur l'holocauste. 

		(Photo : AFP)
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, a ouvert ce lundi la conférence sur l'holocauste.
(Photo : AFP)
Téhéran accueille, lundi et mardi, une conférence internationale controversée sur la «réalité» de la Shoah. La crème des négationnistes et révisionnistes occidentaux s’est donnée rendez-vous dans la capitale iranienne.

«Nazisme et sionisme : collaboration ou coopération», «Les chambres à gaz, négation ou confirmation», «Les médias danois et l'holocauste», ou encore «Le vocabulaire irrationnel de la classe professorale américaine par rapport à l'holocauste»... Voici, entre autres, les thèmes qui ont commencé à être abordés ce lundi lors de la conférence «internationale» sur la «réalité» de la Shoah organisée dans la capitale iranienne. Lancée par l’Institut pour les études politiques de Téhéran, la conférence a été inaugurée lundi matin par le chef de la diplomatie iranienne, Manouchehr Mottaki. Dans son discours, celui-ci a fait un lien entre sionisme et nazisme, donnant le ton de la rencontre…

La conférence devrait en effet accueillir soixante-sept chercheurs et universitaires de trente pays, pour la plupart reconnus, et condamnés dans leur pays, comme négationnistes. La crème du révisionnisme s’est donné rendez-vous à Téhéran. Avec en tête, l’ex-universitaire français Robert Faurisson, condamné en octobre dernier à Paris à trois mois de prison avec sursis pour «complicité de contestation de l’existence de crime contre l’humanité». Il avait nié la réalité du génocide et l’existence des chambres à gaz sur la chaîne satellitaire iranienne (gouvernementale) Sahar, en février 2005. A 77 ans, il a déjà été condamné à cinq reprises pour ses propos négationnistes. A Téhéran, il côtoiera Frederick Töben, négationniste allemand naturalisé australien, qui a été emprisonné en Allemagne pour incitation à la haine raciale. Au cours de la conférence, il doit présenter son étude, «L’holocauste : une arme du crime». Töben est un habitué : il a déjà fait cinq conférences en Iran. Cette fois-ci, il a amené un modèle miniature du camp de concentration de Treblinka pour démontrer, selon lui, que les chambres à gaz n’ont jamais existé.

Mélange des genres

Aux côtés de David Duke, ex-parlementaire américain et ancien membre du Ku Klux Klan, on trouve des membres d’organisations juives anti-sionistes qui rejettent l’existence d’Israël, comme le rabbin britannique Ahron Cohen venu donner «le point de vue des ultra-orthodoxes». Quant au rabbin Yisroel Dovid Weiss, qui ne nie pas l'holocauste, il a expliqué être venu «pour révéler au monde le détournement de l'holocauste par les sionistes et l'Etat d'Israël». L’historien David Irving, qui purge une peine de trois ans de prison pour négationnisme en Autriche, n’aura pu faire le déplacement. Mais son livre, La guerre d’Hitler, est en vente sur le lieu de la conférence.

Celle-ci, qui durera jusqu’à mardi, est qualifiée par les autorités iraniennes de forum scientifique, destiné à «étudier sans idées préconçues» la véracité et l’ampleur de la Shoah et à apporter des réponses «aux questions sur l’holocauste» posées par le président iranien Mahmoud Ahmadinejad. «L’objectif de la conférence n’est pas de nier ou de prouver l’holocauste, mais d’offrir une chance à des chercheurs européens de donner leur point de vue sur ce phénomène historique», a précisé le chef de la diplomatie iranienne. «Si la conférence devait conclure que l’holocauste a vraiment existé, alors l’Iran l’accepterait». Ce qui paraît mal parti. Robert Faurisson a déjà déclaré lundi matin : «L'holocauste est un mythe, comme l'a dit le président Ahmadinejad, c'est-à-dire une idée généralement fausse mais que les gens croient vraie».

La conférence condamnée

C’est la première fois qu’une manifestation à tonalité négationniste de cette ampleur a lieu dans un pays musulman. Et dans un pays qui compte quelque 25 000 juifs, soit la plus grosse communauté juive du Moyen-Orient en dehors d’Israël. Selon Moris Motamed, seul représentant juif au Parlement iranien, cette conférence inquiète les membres de sa communauté. «Nier l’holocauste est une insulte. En organisant cette conférence, le gouvernement continue d’insulter la communauté juive», a-t-il déclaré à Reuters. La rhétorique anti-sioniste n’est pas nouvelle en Iran mais l’arrivée au pouvoir de Mahmoud Ahmadinejad, ancien maire populo-islamiste de Téhéran, lui a redonné un nouveau souffle. En octobre 2005, il avait déclaré qu’Israël devait être «rayé de la carte» et qualifié de «mythe» le génocide. Un «mythe» utilisé pour justifier la création de l’Etat d’Israël, que l’Iran ne reconnaît pas. A plusieurs reprises, le président iranien a exprimé des «doutes» sur le nombre de juifs tués dans les camps, affirmant que la Shoah était un «prétexte» au développement du sionisme, à l’ «oppression» des Palestiniens et à l’accroissement de «l’influence des juifs dans l’économie, les médias, les centres de pouvoir».

La négation du génocide est punissable de prison dans de nombreux Etats européens et plusieurs pays, comme l’Allemagne, ont condamné la tenue de cette conférence que le Premier ministre israélien Ehud Olmert a qualifié de «nauséabonde». Washington a parlé de «geste honteux et stupéfiant», Paris a exprimé son «inquiétude». «L’Iran sait que cette conférence va choquer mais les autorités se justifient en disant que c’est pour tester les limites de l’Occident par rapport à la liberté d’expression. L’Iran fait un parallèle avec les caricatures de Mahomet, qui ont choqué le monde musulman mais ont été défendues par les libéraux occidentaux», analyse Frances Harrison, la correspondante de la BBC à Téhéran. Le quotidien iranien Hamshari avait lancé en février 2006 un concours international de caricatures sur l’holocauste, pour répondre à la publication dans la presse occidentale des caricatures du prophète. Quelque 1 193 dessins de 62 pays avaient été envoyés et 9 millions de personnes ont visité l’exposition qui a suivi à Téhéran. Un succès qui avait relancé l’idée de la conférence…



par Olivia  Marsaud

Article publié le 11/12/2006 Dernière mise à jour le 11/12/2006 à 17:16 TU