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France / Chine

Paris-Pékin, messages brouillés sur le Tibet

par Sophie Malibeaux

Article publié le 21/04/2008 Dernière mise à jour le 22/04/2008 à 07:06 TU

Alors que le Maire de Paris Bertrand Delanoë a décidé d’enfoncer le clou en proposant d’élever le Dalaï Lama au rang de citoyen d’honneur de la ville de Paris, le gouvernement français prend ses distances vis-à-vis de cette initiative et concentre ses efforts sur l’amélioration des liens avec Pékin, comme en témoigne l’envoi de plusieurs émissaires à Pékin.

Christian Poncelet, président du Sénat, a remis en main propre, lundi à Shanghai, une lettre du chef de l'Etat français à l'athlète handicapée Jin Jing.(Photo : AFP)

Christian Poncelet, président du Sénat, a remis en main propre, lundi à Shanghai, une lettre du chef de l'Etat français à l'athlète handicapée Jin Jing.
(Photo : AFP)

C’est le président du Sénat Christian Poncelet qui a ouvert la marche en ce début de semaine. Arrivé dimanche soir à Shanghai, il a remis une lettre signée Nicolas Sarkozy à Jin Jing, cette jeune femme de 27 ans, escrimeuse handicapée, quelque peu malmenée lors du relais de la torche le 7 avril dernier à Paris. En admirant le courage de Jin Jing, Nicolas Sarkozy ajoute sa voix au concert de louanges des médias chinois qui ont fait de la jeune femme une véritable héroïne, face aux manifestants pro-tibétains diabolisés par Pékin. Dans cette lettre, le président français estime par ailleurs « compréhensible que le peuple chinois ait été blessé » et condamne les actions déplorées par Pékin.

Au-delà du message symbolique adressé à Jin Jing, le président français s’adressera directement aux dirigeants chinois dans un courrier que devra transmettre l’ancien Premier ministre français Jean-Pierre Raffarin. Son voyage prévu de longue date, l’amènera à rencontrer le premier ministre Wen Jiabao et lui permettra de baliser en quelque sorte la venue à Pékin du conseiller diplomatique de l’Elysée Jean-David Levitte, attendu en fin de semaine dans la capitale chinoise. D’après une source proche de la présidence citée par l’Agence France Presse, le président français souligne dans le courrier adressé à Hu Jintao l’importance qu’il attache au « partenariat stratégique avec la Chine ».

La participation aux cérémonies d’ouverture des JO ? La question reste posée...

Tout cela ne dit rien pourtant de la participation ou non du président Sarkozy à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques le 8 août prochain, alors qu’il assumera la présidence européenne.

Vendredi dernier, Nicolas Sarkozy renouvelait  son appel « à la reprise du dialogue entre les représentants du Dalaï Lama et les autorités chinoises », lors d’un entretiens avec Zhao Jinjun, ancien ambassadeur de Chine en France et actuel représentant spécial du président Hu Jintao en France. C’est notamment en fonction des progrès réalisés sur ce dossier que le chef de l’Etat décidera de se rendre ou non à Pékin pour l’ouverture des JO.

En attendant de se déterminer, la présidence a donc décidé de multiplier les appels du pied. Le déplacement des trois émissaires français s’ajoute aux démarches entreprises par l’ambassadeur de France en Chine. Hervé Ladsous a déclaré : « La France s’interdit de faire pression sur la Chine à l’occasion des Jeux Olympiques de Pékin ». Par ailleurs, le diplomate français n’a pas manqué de prendre ses distances à l’égard de l’initiative du maire de Paris. « La proposition de faire du Dalaï Lama un citoyen d’honneur de Paris n’a rien à voir avec le gouvernement français », a souligné Hervé Ladsous, d’après l’agence de presse chinoise Xinhua.

Gestion de crise des deux côtés

Les médias chinois sont, de fait, extrêmement attentifs aux expressions employées à l’égard de la Chine et de la question tibétaine. Les français ne sont pas seuls en cause. Les hostilités ont également été ouvertes à l’encontre de la chaîne de télévision américaine CNN pour son traitement de la crise au Tibet, déclenchant des manifestations dans les rues de grandes villes chinoises.

Toutefois, les médias chinois ont fini par laisser filtrer des messages de mise en garde contre ce type de manifestation, craignant de perdre le contrôle de ces mouvements d’humeur. Plusieurs déclarations d’intellectuels ont été publiées dans les colonnes des grands journaux officiels pour que le « mouvement patriotique » ne dépasse pas les limites du « raisonnable ». Cela, alors qu’au début de la crise, loin de protester contre les menaces de boycott proférées à l’encontre des magasins Carrefour, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères se bornait à constater que si certains Chinois avaient exprimé leurs propres opinions et sentiments, ceux-ci n’étaient pas accidentels et devaient inciter la partie française à réfléchir. C’était aussi le moment choisi par madame Jiang Yu pour expliquer que pour être amis, des efforts devaient être consentis par les deux parties. Il semble que la France souhaite aujourd’hui se montrer capable de faire un bout du chemin.

Réactions à Pékin

Avec notre envoyé spécial permanent à Pékin, Marc Lebeaupin

La démarche entreprise hier par la France, notamment la rencontre entre le Président du Sénat, Christian Poncelet et l’athlète handicapée Jin Jing, fait ce matin la une de toute la presse chinoise.

En tête du China Daily, le quotidien national en anglais, on peut voir Christian Poncelet faire le baise-main à la jeune athlète chinoise. Cette rencontre s'est déroulée dans un centre sportif qui accueille les handicapés, la jeune femme portait un survêtement aux couleurs de la Chine.

Avec ce titre, également à la une: « Sarkozy condamne l’agression contre contre l’Ange souriant », surnom donné depuis quelques jours à la jeune femme par la presse chinoise.

En réponse à la lecture du message de Sarkozy, qui reconnaît, pour mémoire, avoir été choqué par l’agression contre la porteuse de la flamme olympique, l'athlète chinoise a relevé qu’elle n’était pas la seule à être atteinte moralement par cet évènement.

Ces images sont accompagnées également de longs commentaires des éditorialistes et des spécialistes locaux. On peut lire par exemple que la démarche du président prouve que la France à retrouvé la raison et que Nicolas Sarkozy veut maintenir et restaurer même la stabilité du partenariat stratégique entre les deux pays..

Toutefois cette volonté d'apaisement n'empêche pas les manifestations de se poursuivre. Le ton, certes, est plus accommodant à la une de la presse ce matin, mais cela ne veut sûrement pas dire que la crise est passée entre Paris et Pékin.

Plusieurs manifestations se sont encore déroulées hier, dont une assez importante devant un magasin Carrefour dans le Hunan. Des manifestations comme celles-là, en théorie interdites en Chine, ne peuvent exister sans l’autorisation des autorités.Cela veut dire que les dirigeants chinois apprécient le geste de Nicolas Sarkozy, mais qu'ils maintiennent néanmoins une certaine pression sur la France, pression sans doute liée à deux exigences de Pékin: la première c’est que  le président français renonce à rencontrer le Dalaï Lama, la seconde qu’il assiste à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques.

Tant qu’aucune décision formelle n’aura été annoncée, côté français, on peut s’attendre encore à des pressions chinoises, même si Pékin affirme officiellement que le boycott n'est pas la bonne solution et lance officiellement un appel aux manifestants afin qu’ils pondèrent un peu leurs ardeurs patriotiques. Ce n'est sans doute pas totalement fini. 

A écouter

Delanoë nomme le Dalaï Lama citoyen d'honneur de Paris

« Bertrand Delanoë assure qu'il n'est pas boudhiste mais défenseur des droits de l'homme. De son côté, le socialiste Christophe Girard ne partage pas les positions du Dalaï Lama, notamment sur le Sida. La droite quant à elle s'inquiète de cette initiative pour ses rapports avec Pékin ».

22/04/2008 par Florent Guignard

Le message de Nicolas Sarkozy à l'athlète chinoise Jin Jing

«Dans cette lettre, Nicolas Sarkozy explique à la jeune athlète handicapée Jin Jing, qu'il a été choqué par les attaques dont elle a été l'objet.»

21/04/2008 par Marc Lebeaupin

Dominique Paillé

Porte-parole de l'UMP

«Il convient de passer plutôt par le dialogue que par la confrontation pour faire avancer les droits de l'homme.»

22/04/2008 par Véronique Rigolet