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France / Côte d’Ivoire

Bernard Kouchner en visite «pour rétablir les relations normales entre les deux pays»

Article publié le 15/06/2008 Dernière mise à jour le 15/06/2008 à 23:00 TU

Pour la première fois depuis la grave crise de novembre 2004 entre Abidjan et Paris, un ministre français des Affaires étrangères s’est rendu en Côte d'Ivoire. Bernard Kouchner est arrivé samedi à Abidjan pour marquer le début d'une normalisation des relations entre les deux pays. Le chef de la diplomatie française a accordé un long entretien à RFI.

Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères en visite en Côte d'Ivoire, le 14 juin 2008.(Photo : Claude Verlon/RFI)

Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères en visite en Côte d'Ivoire, le 14 juin 2008.
(Photo : Claude Verlon/RFI)

Ecoutez l'interview de Bernard Kouchner

Ministre français des Affaires étrangères en visite en Côte d'Ivoire

écouter 19 min 8 sec

15/06/2008 par Norbert Navarro


Entretien réalisé par notre correspondant à Abidjan,
Norbert Navarro

RFI : Merci, Monsieur le ministre de nous accorder cette interview réalisée depuis Abidjan, à l’occasion de votre visite en Côte d’Ivoire. Quel sens donnez-vous précisément à cette visite ?

Bernard Kouchner : C’est très clair. Nous avions, le président de la République, moi-même, accessoirement, nous avions affirmé, que le président Gbagbo fixant la date des élections, les relations seraient rétablies de façon normale avec la Côte d’Ivoire. La date des élections a été fixée. C’est le 30 novembre théoriquement, mais nous souhaitons que ce soit le 30 novembre et donc, je suis envoyé par le président Sarkozy pour rétablir les relations normales avec ce pays que nous connaissons bien, que nous aimons et qui a traversé une crise, longue, 2002, et 2004 surtout. Nous sommes en 2008 et, je voudrais aussi affirmer aux Français qui sont restés, qui ont traversé des moments très difficiles et qui ont affronté des difficultés et des douleurs que, nous espérons la normalisation de la situation et en particulier - comme un facteur de normalisation, mais pas seulement- la tenue d’élections à la bonne date.

RFI : Nous allons revenir sur cette date des élections. C’est effectivement quelque chose de primordial dans ce pays, mais vous disiez que vous êtes venu à la demande du président Sarkozy : êtes-vous porteur d’un message particulier du président de la République ?

BK : Salutations respectueuses et désir, bien entendu - je l’ai dit plusieurs fois au président Gbagbo, mais je l’ai dit également au président Bédié qui se présente aux élections, je l’ai dit à M. Ouattara qui se présente aux élections-  nous espérons, nous voulons, nous souhaitons, nous sommes prêts à faire tout ce que nous pouvons pour que les élections se tiennent à une bonne date, à la date précise et qu’elles soient contrôlées, et qu’elles puissent se dérouler dans des conditions de sécurité. J’ai vu le général qui commande les forces Licorne qui, vous le savez, sont sous mandat des Nations unies, mais qui sont des forces d’intervention, à côté de l’UNICI, c’est-à-dire la mission des Nations unies pour la Côte d’Ivoire. Et tout ça préfigure - et d’ailleurs se déploie déjà dans de bonnes conditions- pour assurer au moment opportun, au jour J, la sécurité des élections. Mais tout ça est quand même difficile. La France est prête à y contribuer, mais il y a des obstacles, bien sûr.

RFI : Monsieur le ministre, votre visite à Abidjan est considérée, ici, comme un vrai tournant dans les relations franco-ivoiriennes. Pourquoi êtes-vous venu maintenant ? Etait-ce une question de calendrier ? Pourquoi pas plus tard ?      

BK : Ah non, j’aurais bien voulu venir avant. C’est le président de la République qui avait fixé cette échéance, à savoir la date des élections. Nous avions rencontré le président Gbagbo d’abord aux Nations unies, à New York et puis nous l’avions rencontré, plus récemment, à la réunion de Lisbonne entre les Africains et l’Union européenne. Et nous avions tenu à réaffirmer notre position. Dès que la date a été connue, je me suis précipité. Mais vous savez, le calendrier est un peu secoué, ces temps-ci. D’ailleurs, il est secoué tous les jours.

RFI : Quelles sont les relations entre Nicolas Sarkozy et Laurent Gbagbo ? Ils se tutoient, nous dit-on, mais encore ?

BK : Ah non, je ne crois pas que ce soit un tutoiement de proximité. En général, le président Sarkozy tutoie ses homologues, pas toujours. Et je ne me souviens honnêtement pas si, à Lisbonne, le président Sarkozy a tutoyé le président Gbagbo. Moi, je le tutoie depuis longtemps, mais aujourd’hui, je lui ai dit « vous ».

RFI : Est-ce qu’une rencontre entre les deux chefs d’Etat est prévue dans un avenir proche ?

BK : Elle n’est pas impossible, mais elle n’est pas prévue dans un avenir proche et, très honnêtement, je n’en ai pas parlé avec le président Sarkozy. Je lui rendrai compte au retour. Je ne pense pas que ce soit tellement opportun avant les élections, sauf changement d’avis de ma part, et surtout de sa part.

RFI : Vous disiez que la France plaide pour la date du 30 novembre, pour l’élection présidentielle. N’est-ce pas un peu hasardeux si, d’aventure, un nouveau retard venait à se produire ?

BK : Et bien s’il y a un nouveau retard, qu’il est expliqué aux Ivoiriens et que les Ivoiriens comprennent ce retard, nous ne ferons que le déplorer. Mais ce n’est pas nous qui avons choisi la date, n’inversez pas la charge de la preuve. Nous avons accepté la date du 30 novembre et nous tenons à cette date, comme tout le monde ici, comme les candidats que j’ai rencontrés, comme, surtout, le représentant de M. Ban Ki-moon des Nations unies, M. Choi - que je vois dimanche matin-, comme un certain nombre de gens, comme évidemment le général dont j’ai parlé et qui commande l’opération Licorne. Tout le monde parle de la même date. La France ne va pas imposer sa date. Ce temps est fini. Nous n’imposons rien.

RFI : Le problème du financement électoral a été posé par vos interlocuteurs, lors de votre première journée de visite à Abidjan. Comment pensez-vous vous y prendre, comment la France peut-elle s’y prendre, pour que cette question n’empoisonne pas l’évolution de ce processus ?

BK : Attendez. Je crois qu’il y a un malentendu entre nous. Il se trouve que Sagem a gagné très légitimement l’appel d’offre. Personne ne le conteste, n’est-ce pas ? Et ce n’est pas moi, ni le président Sarkozy qui avons choisi Sagem. Il y a eu un appel d’offre pour la constitution des listes électorales, pour ce qu’on appelle les « démarches foraines » qui consistent à inscrire les nouveaux électeurs, ce qui prendra du temps. C’est une entreprise très difficile, avec une prise des empreintes des dix doigts, avec les signes du faciès, c’est donc fait très sérieusement pour qu’il n’y ait pas de doublon et que l’on ne puisse pas s’inscrire dans plusieurs bureaux, etc. Le président Gbagbo... en tout cas le gouvernement - parce que j’ai vu aussi le Premier ministre, M. Guillaume Soro, bien entendu-  et c’est lui qui dirige toute cette continuité, tout le processus électoral, c’est le Premier ministre avec lequel je me suis entretenu longuement. Donc tout ça a été fait, plus le contrôle de ce que fait Sagem par l’INS, l’Institut national de la statistique ivoirien qui est compris dans tout ça et qui va recontrôler après la Sagem. Nous avons des soldats français et c’est une entreprise française qui - sans que nous y soyions pour quoi que ce soit- fait les listes électorales..Alors on ne va pas donner de l’argent en plus. Ce temps est terminé. La France n’est plus de ce point de vue le parrain de l’Afrique, voyons !

Donc, nous pouvons aider nos amis ivoiriens à trouver un financement, mais ça ne peut pas être un financement français. Par exemple, la commission électorale de contrôle qui comprend tous les partis: pour cela  la France a fait un effort et l’argent arrivera la semaine prochaine. Mais cette commission électorale comporte tous les partis, avec un président et un vice-président d’ailleurs qui viennent de partis différents;  c’est un contrôle tout à fait indispensable. Alors ça, nous le finançons, parce que nous ne voulons pas intervenir.

La France soutiendra le candidat qui gagnera et personne d’autre. Je le dis très clairement à nos concitoyens, aux Français que je rencontre ce soir. Nous ne sommes plus, de ce point de vue, ceux qui interviennent pour maintenir les gouvernements en place en Afrique. C’est terminé tout ça.

RFI : Reste qu’il faut quand même financer ce processus électoral. Alors qui devra le faire ?

BK : Les Ivoiriens. Peut-être en faisant un prêt. Nous pouvons peut-être intervenir pour trouver les conditions à cela, nous l’avons proposé au ministre des Finances qui va travailler avec nous là-dessus. Nous pouvons également penser que d’autres interviendront autour de la Commission de l’Union européenne à Bruxelles. Nous pouvons intervenir personnellement.. je veux dire la France peut intervenir dans ce qui constitue une des voies pour désarmer les milices et qui consiste à faire ce que j’ai fait au Kosovo d’ailleurs et dans d’autres missions de la paix, un service civique. C’est une proposition: pour que les gens ne retournent pas dans leur famille avec, comment dirais-je, une histoire de violence et pas de ressources. Donc, tout cela, nous pouvons le faire, mais nous ne donnerons pas, pour le moment, en tout cas c’est comme ça, de l’argent. Il manque apparemment beaucoup d’argent, beaucoup de milliards de CFA, pour que le processus d’inscription puisse aller à son terme, et ce n’est pas à nous de le faire. Mais nous pouvons y participer à notre mesure. Libre et indépendante est la Côte d’Ivoire, et nous tenons à ce qu’elle le reste.

RFI : Vous parliez du désarmement des milices. Le moins qu’on puisse dire sur place, c’est que le calendrier prend du temps. Les milices désarment peu ou mal. Qu’en pensez-vous ?

BK : Je pense que c’est toujours très difficile. J’ai beaucoup l’expérience de ces missions. Oui, il faut des mois, en effet. Je pense que c’est bien entamé, que l’opération Licorne est très belle. J’ai été très impressionné par les activités que l’on dit « civilo-militaires », que déploient nos soldats ici, que je veux vraiment remercier, avec une invention formidable et, en particulier, autour des gens qui choisissent le service civique. C'est l’opération Licorne. Le général est très expérimenté. Il a travaillé dans bien des endroits. Il a eu cette expérience qui vient de Madagascar. C’est pas mal. Alors évidemment c’est long, novembre se rapproche, mais  je pense que la sécurisation pourra être assurée à temps, en tous cas, je l’espère. Mais pour cela aussi, il faut une participation et une volonté des Ivoiriens. C’est eux qui assureront leur propre sécurité.

Vous savez, j’ai fait un truc formidable : l’ambassadeur de France a organisé un déjeuner avec la société civile: aussi bien le Medef local que des ONG, que des gens qui travaillent dans la brousse, des organisations des femmes, des organisations des droits de l’homme, etc. C’était passionnant. Bien sûr, on peut comprendre les femmes qui ont huit ou dix enfants. Un médecin pas français - enfin il se trouve qu’elle est Française mais elle est Ivoirienne aussi -  disait cela : « Elles en ont assez des discours, elles veulent de la réalité, du travail pour leurs enfants ». Je comprends très bien cela. Bien sûr, il faut le faire. Mais en même temps, j’ai l’expérience que n’avait pas cette dame. J’ai l’expérience du premier vote en Afrique du Sud, du premier vote au Salvador, du premier vote au Kosovo, du premier vote au Guatemala, et je sais que donner de la dignité aux gens, comme une étape vers la paix, c’est aussi proposer des élections. Et je me souviens de ces files d’attente interminables en Afrique du Sud, où on disait: «  ils ne savent pas pour qui voter »! Mais c’est les mépriser, ce n’est pas vrai!  Tout le monde sait pour qui voter. Donc je crois que ça va être une étape importante que ce vote du 30 novembre.

RFI : Vous avez rendu hommage au bataillon Licorne basé à Port-Boué, près d’Abidjan. Le général Bruno Clément-Bollée vous a longuement expliqué ce qu’il faisait sur le terrain, ses actions civilo-militaires, mais en Côte d’Ivoire certaines voix s’élèvent, des dirigeants et dans l’entourage immédiat du président Gbagbo, pour réclamer le départ de Licorne. Licorne doit-elle rester en Côte d’Ivoire ?

BK : Mais Monsieur, d’abord, je rends hommage au général Clément-Bollée. Je l’ai dit trois fois et je le répète: je trouve leur travail admirable. Et j’ai entendu le contraire. Le président Gbagbo m’a demandé qu’on maintienne le général Clément-Bollée. Et je ne suis pas sûr - je vais le demander- mais je ne suis pas du tout sûr que ce soit possible, parce que dans la tradition militaire et dans les règles de l’armée, il est difficile de maintenir un général plus d’un an. Mais au contraire, je me souviens très bien et tout le monde peut vous le certifier, qu' à Lisbonne, le président Sarkozy a demandé à M. Gbagbo : « Souhaitez-vous qu’on maintienne Licorne ? ». M. Gbagbo a dit oui et il l’a répété aujourd’hui : « Nous souhaitons qu’on maintienne Licorne, au moins jusqu’aux élections », a-t-il dit.

RFI : Lesquelles, Monsieur le ministre ?

BK : Celles du 30 novembre !

RFI : Parce qu’après, il y aura des législatives, des municipales, il y aura toujours des élections.

BK : Je ne peux pas me prononcer. Je n’ai pas posé la question au président Gbagbo pour les législatives, ni pour autre chose, mais je sais ce qu’il a répondu aujourd’hui et je sais ce qu’il avait demandé au président Sarkozy, à Lisbonne.

RFI : Oui, mais de toute façon, la question de la présence militaire française en Côte d’Ivoire est quand même posée pour une autre raison, à savoir la réflexion sur le maintien des forces pré-positionnées dans le monde en général et en Afrique en particulier. Où en est-on de cette réflexion globale ?

BK : Vous avez tout à fait raison de poser cette question. D’abord, il y a eu deux missions déjà qui sont venues ici et qui ont commencé de discuter les accords de défense avec la Côte d’Ivoire, et pourtant la situation est très extraordinaire par rapport au reste de l’Afrique. Et nous discutons non seulement des accords de défense qu’il nous faut réviser - car nous ne serons plus ceux qui défendent les gouvernements en place en Afrique, nous allons avoir une position complètement neutre par rapport à tout cela, même si les Africains demeurent nos amis-  mais nous discuterons aussi de la disposition des bases françaises en Afrique. Dans son discours du Cap, le président Nicolas Sarkozy l’a dit très clairement et c’est toujours notre ligne. Et nous avons commencé les contacts avec tous les pays pour que cette discussion - qui ne doit pas être brutale, qui doit être évidemment un échange de positions communes, je l’espère - , mais en tout cas savoir quelles sont les opinions dans chacun des pays. Mais je pense que nous réduirons considérablement, je le sais, notre présence en Afrique et que nous la distribuerons peut-être différemment.

RFI : Et les accords de défense ?

BK : Les accords de défense seront discutés avec chacun des pays, bien entendu. Mais ils le sont déjà. Encore une fois, ce n’est pas une dictature, ni d’un côté, ni de l’autre. On ne va pas dire:  voilà ce que nous vous imposons. On discute, mais notre position est connue. Nous défendrons une position très simple et très claire par rapport à l’indépendance des pays africains, nous ne sommes pas chargés de la police en Afrique.

RFI : J’ai lu ce matin (samedi) dans un journal parisien que le président Gbagbo estimait que Nicolas Sarkozy avait signé l’acte de décès de la Françafrique, au sujet de la révision de ces accords de défense. Or, il me semble que votre secrétaire d’Etat à la Coopération n’avait pas dit autre chose ?

BK : (rire) Vous vous trompez complètement. Ce n’est pas pour ça qu’il a changé de poste. D’abord, je vous signale qu’il n’a pas été rétrogradé, mais on peut dire promu, parce qu’il s’occupe aussi de la défense.

RFI : Il semblerait qu’il lui en a cuit, d’avoir dit ça.

BK : Il m’a semblé le contraire et je connais à peu près la vérité de ce point de vue. Je ne le crois pas. En tout cas, nous n’avons pas attendu pour réviser notre jugement sur les positions africaines qui d’ailleurs n’étaient pas toujours fausses, voyons. Il y a une histoire qui se déroule. Les temps sont différents, nous changeons d’attitude. Les pays africains changent d’attitude, changent de demandes et le fait que Jean-Marie Bockel ait exprimé son opinion, laquelle d’ailleurs n’est pas loin de celle exprimée par le président de la République dans le discours du Cap, n’est pour rien dans ce changement.

RFI : Vous avez commencé à adresser un message à la communauté française vivant en Côte d’Ivoire. Le lycée Blaise-Pascal que vous allez visiter ce dimanche matin, va rouvrir le 2 septembre. L’école Jacques-Prévert pourrait, dit-on, ouvrir à la rentrée 2009. Avez-vous le sentiment, Monsieur le ministre que ce sont autant de signes d’un retour de la France en Côte d’Ivoire.

BK : Oui, très nettement. Le lycée Blaise-Pascal rouvrira en septembre et le centre culturel rouvrira lui aussi. Nous souhaitons que tout cela s’apaise.Que ces mauvais souvenirs, très mauvais, très douloureux pour beaucoup de Français qui ont quitté la Côte d’Ivoire et qui ont quitté Abidjan en particulier, que ces troubles, cette crise, ces douleurs s’estompent. Et que nous puissions ouvrir…, une page, comment dirais-je, plus efficace, plus dynamisante, plus séduisante, avec la Côte d’Ivoire, pays avec lequel, vraiment, nous sommes  redevables de bien des développements, de bien des surprises heureuses et d’une relation qui a été exceptionnelle. La Côte d’Ivoire est quand même le pays que nous avons proposé comme modèle pendant bien longtemps, au temps de la colonisation qui n’est plus.

RFI : On peut parler de la fin du désamour entre la France et la Côte d’Ivoire ?

BK : Laissez l’amour se faire tout seul, il faut être deux pour ça (rires). En tout cas, c’est une jolie formule que je vous emprunte volontiers, je vous citerai! Ecoutez, s’il y a des élections, ce que vraiment je crois et que je souhaite, la page sera tournée, il y aura d’autres pages, oui!

RFI : Où en est-on de l’indemnisation des Français, dont les biens ont été spoliés, lors des événements de 2004 ? En avez-vous parlé avec vos interlocuteurs ?

BK : Oui. Nous n’en sommes pas très avancés et je crois que sur ce point, très important, il nous faudra bien entendu faire des efforts de part et d’autre, il n’y a aucun doute.

RFI : Mais encore, Monsieur le ministre? Ils attendent beaucoup..

BK : Laissez-moi donner à la négociation des chances. Nous n’exigeons rien, nous sommes très conscients que c’est très légitime et que, bien sûr, nous nous emploierons à ce que ce soit fait au mieux, pour ceux qui sont partis, pour ceux qui ne sont pas partis et qui veulent revenir.

RFI : A propos de notre confrère disparu, Guy-André Kieffer, dont le président Nicolas Sarkozy a reçu la famille. A ce sujet, la recherche de la vérité demeure une priorité. Comment peut-on éviter aujourd’hui que la procédure judiciaire qui est en cours d’instruction ne soit entravée ?

BK : Partiellement, en faisant ce que j’ai fait. C’est-à-dire en parlant très directement à mes interlocuteurs. Plus particulièrement au président Gbagbo, avec qui nous en avons parlé au moins cinq minutes, sinon dix, et en demandant que les commissions rogatoires - comme vous le savez la présence du juge français, ici, a été acceptée-  soit plus efficace et que les interlocuteurs, en tous cas les gens qu’il veut rencontrer, il puisse les rencontrer et que l’enquête et la commission rogatoire se poursuivent. Le président Gbagbo a accepté tout cela, en disant qu’il le faisait de la meilleure façon. Vous savez, nous avons parlé de M. Hélène (ndlr : Jean Hélène, correspondant de RFI à Abidjan, assassiné en 2003), nous avons parlé de tous ces problèmes et des droits de l’homme, bien sûr. Et je sais, nous l’avons dit également, que Madame Kieffer a été reçue par le président Sarkozy. Mais ça nous oblige, bien sûr,  et ça nous obligeait avant. Il s’agit d’une disparition qui nous a fait beaucoup de peine, et nous continuons à nous y intéresser. D’ailleurs, le président Gbagbo nous a raconté comment il avait reçu Madame Kieffer et comment ça s’était passé et qu’il ne voyait pas ce qu’il pouvait faire de plus que d’accepter que le juge français continue son travail.

RFI : Et le vif réchauffement entre la France et la Côte d’Ivoire ne va pas altérer la recherche de la vérité ?

BK : J’espère que non, il n’en est pas question.

RFI : Merci beaucoup, Monsieur le ministre.

BK : Merci, Monsieur.