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Amérique latine

Le spectre d’une course aux armements ?

par Stefanie Schüler

Article publié le 11/08/2009 Dernière mise à jour le 11/08/2009 à 21:11 TU

Le sommet de l’UNASUR qui s’est tenu lundi à Quito était marqué par des fortes tensions entre les pays de la région causées par un accord américano-colombien. Celui-ci prévoit la mise à disposition de sept bases militaires colombiennes à l'armée américaine. Ce projet inquiète l'ensemble des pays latino-américains, qui y voient un risque pour la stabilité du continent. Plusieurs analystes craignent même une nouvelle course aux armements en Amérique latine.

Le président vénézuelien Hugo Chavez (g), la présidente argentine Cristina de Kirchner et le président bolivien Evo Morales, lors du sommet de l'Unasur à Quito, le 10 août 2009.(Photo : Reuters)

Le président vénézuelien Hugo Chavez (g), la présidente argentine Cristina de Kirchner et le président bolivien Evo Morales, lors du sommet de l'Unasur à Quito, le 10 août 2009.
(Photo : Reuters)

Le premier à établir une relation directe entre l'annonce du projet américano-colombien et un renforcement de son armement, était le président vénézuélien. Hugo Chavez a immédiatement réagi en déclarant que le Venezuela va doubler le nombre de ses blindés. Pour Hugo Chavez, « la présence de ces troupes yankees en Colombie va poser des problèmes ». Ce lundi encore, lors du sommet de l'Unasur à Quito, le président vénézuélien a évoqué les « vents de guerre qui soufflent sur la région ». C’est la rhétorique habituelle d’Hugo Chavez, dont la doctrine militaire repose depuis longtemps sur une possible invasion du Venezuela par la Colombie ou les Etats-Unis.

« Les vents de guerre soufflent sur la région »

Ces dernières années, le Venezuela a massivement investi dans son système d'armement. Hugo Chavez a dépensé en quatre ans environ cinq milliards de dollars pour acheter des chars, des avions et notamment 100 000 fusils Kalachnikov AK 47. Mais le Venezuela n'est pas le seul pays d'Amérique du Sud à prendre soin de l'équipement de son armée. Cette année, le Chili a investi 3,4% de son Produit intérieur brut dans l'achat de matériels militaires. Et le Brésil a dépensé l'an dernier 23 milliards de dollars pour acheter des armes. Sous Luis Ignacio Lula da Silva, le Brésil est devenu le douzième pays le plus militarisé au monde et ambitionne toujours d'occuper un fauteuil permanent au Conseil de sécurité des Nations unies. Pour Alain Joxe, directeur du Centre interdisciplinaire de recherches sur la paix et d'études stratégiques, la course aux armements est déjà lancée en Amérique latine.

Alain Joxe, directeur du Centre interdisciplinaire de recherches sur la paix et d'études stratégiques

« Le Brésil a lancé un appel d'offres pour acheter des avions de combat, il y a eu des offres américaine et française. »

11/08/2009 par Stefanie Schüler

Dernièrement, l'Institut international de recherche pour la paix à Stockholm a fait les comptes : en dix ans, les importations d'armes en Amérique latine ont doublé. Mais l'institut ne voit pas pour autant dans ces chiffres un symptôme qui traduit les tensions géostratégiques dans la région. « Les informations dont nous disposons montrent que l'argent que des pays comme le Chili, le Brésil et le Venezuela dépensent pour l'importation d'armes, sert à remplacer un équipement obsolète », explique Carina Solmirano, l'une des chercheuses. « Ils modernisent leurs armements qui datent pour la plupart d'il y a plus de 20 ans, certains même du temps de la guerre froide. Le remplacement des armements coûte cher. Surtout quand il s'agit d'hélicoptères, d'avions et de chars ».

Même les pays les plus pauvres se lancent dans l’achat des armes

Il faut dire qu'avant la crise actuelle, la région avait connu une période de croissance économique importante, ce qui avait incité les gouvernements à investir. Dans son dernier rapport, l'Institut international des études stratégiques de Londres parle d'une augmentation de 90% d'achat d'armes entre 2003 et 2008. Sur cette période, la facture a été très élevée pour l'Amérique latine. Elle a dépensé plus de 47 milliards de dollars américains. Dans une région où un tiers de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, ces chiffres ont de quoi surprendre. Même des pays très pauvres du continent sud-américain se lancent également dans l'achat des armes et d'équipements militaires. C'est le cas de la Bolivie par exemple. Il y a quelques jours seulement, son président Evo Morales a demandé à la Russie un crédit de 100 millions de dollars pour l'acquisition de matériels de guerre. « Pourquoi Evo Morales agit-il ainsi? », se demande aussi Carina Solmirano. « Je pense que c'est une réponse à l'attitude de ses voisins, à savoir, acquérir de plus en plus d'armes. Mais cela ne signifie pas forcément qu'il y a une rivalité dans la région. C'est plutôt un effet de contagion ».

Mais malgré cet effet de contagion, Carina Solmirano ne croit pas à une course aux armements en Amérique latine.

Carina Solmarino, chercheuse à l'Institut international de recherche pour la Paix à Stockholm

« Les Etats-Unis ont toujours été un rival d'un point de vue rhétorique. »

11/08/2009 par Stefanie Schüler

Il est certain que des tensions entre des pays latino-américains existent et sont, ces jours-ci, plus que perceptibles. Le continent sud-américain s'interroge sur ses relations avec les Etats-Unis. Les chefs d'Etat se disputent le leadership idéologique, économique mais aussi militaire, et la question n'est pas tranchée. Pour prévenir d'éventuels débordements, les pays de la région tentent de s'organiser.

Le Conseil de sécurité de l’Unasur : un nouvel organe pour prévenir des crises

« Il existe maintenant un Conseil de sécurité d'Unasur c'est à dire de tous les Etats sud-américains », fait observé Alain Joxe. « Et ce conseil va se pencher sur la question à savoir : ‘est-ce que nous allons rentrer dans une course aux armements et nous diviser sur cette question ou est-ce que nous pouvons gérer le problème d'une fonction plus rationnelle en fonction de nos intérêts économiques et pas seulement de se lancer dans une course pour montrer qu'on est avec les plus forts ou qu'on est les plus forts’. Jusqu’à présent il n’y avait pas d’organe pour traiter ces questions là. Avec l’instauration du Conseil de sécurité de l’Unasur, cela a changé. Cet organe représente la possibilité pour des présidents modérés comme Lula à s'entendre avec des présidents qui sont moins modérés comme Chavez afin d’éviter la course aux armements. C'est ce qu'on peut espérer ».

Il faut ajouter que l'Amérique latine est une région dénucléarisée sans conflits armés bilatéraux. Le continent sud-américain reste aujourd'hui la région du monde qui consacre le moins de budget à la défense.