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21/03/2002
Les enjeux du sommet de Monterrey (8) : Un bilan entre espoirs et… déceptions

(MFI) Deux ans après avoir déclaré la guerre à la pauvreté sans pour autant se donner les armes pour la gagner, la communauté internationale réunie en mars à Monterrey au Mexique a fait des gestes importants qui restent toutefois encore insuffisants.

Pour les experts de l’ONU, les pays riches devraient doubler leur aide publique au développement (APD) pour la porter à plus de 100 milliards de dollars par an. Ceci afin de réduire de moitié d’ici 2015 l’extrême pauvreté dans le monde, selon l’objectif fixé en 2000 par le sommet du millénaire. Mais on est encore loin de ce chiffre, même si les États-Unis ont annoncé juste avant la conférence une augmentation de 5 milliards de dollars de leur aide annuelle aux pays en développement, pour la porter à 15 milliards de dollars d’ici 2007. De même, l’Union européenne a décidé de porter son aide de 0,33 % à 0,39 % du PNB (Produit national brut), ce qui représenterait une augmentation de plus de 20 milliards de dollars. L’aide dans son ensemble croîtrait ainsi à terme, et si les promesses sont tenues, de 25 %, ce qui renverserait la tendance à la baisse de l’APD de ces dernières années.
Les Nations-unies qui ont organisé la conférence de Monterrey sur le financement du développement se sont certes félicité des résultats des discussions auxquelles ont participé plusieurs milliers de personnes, dont une soixantaine de chefs d’État et de gouvernement, y compris l’américain George W Bush et le français Jacques Chirac pour les deux derniers jours. Pour l’ONU, le « Consensus de Monterrey », adopté par acclamations, « a été salué comme un document historique qui place les questions du développement et de son financement à l’avant-plan de l’ordre du jour international ».
« Il a été accueilli comme la consécration du nouveau partenariat requis pour la mobilisation des ressources financières aux fins du développement », affirme encore l’organisation qui parle d’un « nouveau concept de partenariat ». Mais le texte du Consensus, préparé des mois à l’avance, ne contient aucun chiffre global d’aide supplémentaire, tout en affirmant l’attachement à l’objectif de 0,7 % du PNB fixé par l’ONU à la fin des années 60, objectif qui n’a jamais été atteint et n’est même pas reconnu par Washington.


Les ONG entendent rester mobilisées

Pour de nombreux représentants de la société civile et des ONG qui n’ont pas participé directement à la conférence mais ont tenu des réunions parallèles, l’adoption à l’avance du « Consensus » remet toute la crédibilité du texte en question.
« Si vous ne nous avez pas entendus, c’est que vous ne nous avez pas écoutés », a souligné une représentante des organisations non-gouvernementales, qui reprochent aussi au texte de ne pas innover sur de nouvelles sources de financement comme les taxations de transactions financières, et de ne pas aller plus loin sur le plan de l’allègement de la dette des plus pauvres. Tous restent donc restent mobilisés et entendent participer au suivi de Monterrey mais aussi à tous les efforts visant à réaliser les objectifs de la Déclaration du millénaire.
Des divergences d’approche sont aussi apparues entre dirigeants des pays riches. Jacques Chirac qui souhaite une mondialisation sociale accompagnant la mondialisation économique, et George W Bush qui place toujours au premier plan la lutte contre le terrorisme et cherche avant tout à récompenser les pays « méritants », ont une approche différente des choses. Le président français qui reconnaît que le monde n’est pas à l’abri du terrorisme fanatique, de la puissance tentaculaire du crime organisé, du trafic de drogues et des crises financières, a estimé que la mondialisation de l’économie exige la mondialisation de la solidarité. Pour lui, l’enjeu de Monterrey est précisément le rassemblement des États autour de cette question : comment mettre un terme à une situation moralement inacceptable et politiquement dangereuse ? « Nous devons avoir aujourd’hui la lucidité et le courage d’une prise de conscience d’une destinée commune entre monde développé et monde en développement. A ce titre, le Consensus de Monterrey est une première étape… mais nos ambitions doivent être plus élevées », a-t-il dit.
Pour le président américain, l’aide, quels que soient son montant et sa forme, ne pourra se perpétuer ou être accrue que dans la mesure où l’on s’assurerait qu’elle est utilisée à bon escient et engendre des résultats positifs concrets. Les progrès à accomplir en matière économique vont exiger des changements majeurs, a-t-il estimé, déplorant que pendant longtemps les progrès de l’aide publique au développement n’ont été mesurés qu’en terme de ressources versées et dépensées et non pas en terme de réalisations et de réussite. Les pays en développement doivent encourager la liberté politique, les droits de l’homme et les investissements productifs, a-t-il précisé, mettant sur le même plan pour ce « nouveau pacte du développement », l’ouverture des marchés, le respect de l’être humain, l’éducation et la santé.


« Nous ne pouvons reprendre d’une main ce que nous donnons de l’autre »

Selon George W Bush, si l’aide est bien utilisée, 4 fois plus de personnes peuvent sortir de la pauvreté par rapport aux anciennes méthodes d’utilisation de l’APD, à condition qu’on utilise aussi les ressources du secteur privé et le commerce.
Bush se garde bien toutefois d’évoquer l’objectif de 0,7 % du PNB pour l’APD que seuls cinq pays – Danemark, Norvège, Suède et Pays-bas et plus récemment Luxembourg – ont atteint. A Monterrey, Eveline Hefkens, ministre de la coopération au développement des Pays-Bas, a jugé inacceptable les retards dans le versement de l’aide promise et a indiqué que les cinq publieraient sous peu une déclaration sur l’APD. « Nous ne pouvons plus reprendre d’une main ce que nous donnons de l’autre. Nous devons travailler ensemble de manière cohérente si nous voulons atteindre nos objectifs, » a déclaré pour sa part le Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan Il a souligné que le concept de bonne gouvernance ne devait pas être perçu comme étant imposé par le FMI ou d’autres forces extérieures.
Le président de la Banque Mondiale, James Wolfensohn, a de son côté précisé que les critères que devaient remplir les pays pour recevoir une aide comprenaient un système financier et juridique en état de fonctionner, l’élimination de la corruption, l’accès des pauvres aux soins de santé, à l’éducation et aux infrastructures qui s’imposent et la reconnaissance des responsabilités qui leur revient dans le processus de développement. Les pays développés quant à eux doivent reconnaître que rien ne fonctionnera sans l’ouverture des marchés et l’aide publique au développement.
Bruno Amoussou, ministre d’Etat du Bénin, s’exprimant à Monterrey au nom des Pays les moins avancés (PMA), dont la majorité sont africains, a affirmé que l’APD demeurait une source de financement essentielle pour les plus pauvres, qui réclament une participation accrue dans les décisions. Que ce soit sur la coordination de l’aide ou les mesures d’allègement de la dette.


Marie Joannidis

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