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18/04/2002
Nigeria : blanchir au nom de Dieu

(MFI) Depuis le retour de la démocratie il y a deux ans, 6 000 personnes ont été tuées lors d’affrontements religieux opposant musulmans et chrétiens. Mais une nouvelle guerre menace, qui risque cette fois d’éclater au sein de la communauté chrétienne, entre églises protestantes et églises évangélistes, autour d’accusations de blanchiment d’argent de la drogue.

L’affaire intéresse la Drug Enforcement Administration (DEA), l’autorité américaine de lutte contre la drogue. Dès 1997, il a été démontré que les trafiquants de drogues créaient des branches locales d’églises évangélistes pour blanchir leurs revenus. Ils ont ainsi « utilisé » la loi anti-blanchiment en vigueur au Nigeria. Celle-ci ne prévoit pas de contrôle sur le rapatriement des donations en devises aux églises, notamment les fonds en provenance des Etats-Unis ou du Royaume-Uni. Dans un pays en récession et où la recherche de Dieu est aussi nécessaire que celle du pain quotidien, églises et mosquées fleurissent aussi bien pour enseigner à sauver son âme qu’à gagner de l’argent facile. Des foules d’adeptes appartenant aux secteurs les plus pauvres de la société se pressent aux prêches de ces différentes églises.
Le scandale a rebondi depuis que Kris Okotie, ancienne pop-star devenue prêcheur, a dénoncé dans la presse nigériane deux de ses « collègues ». Okotie a en effet accusé Chris Oyakhilome, un télévangéliste, et T.B. Joshua, un faiseur de miracles se prétendant chamane, tous deux dirigeant des « églises » très populaires, d’utiliser les activités de celles-ci pour blanchir de l’argent en provenance de l’étranger. Okotie – qui reconnaît lui-même vivre largement de la générosité des « dons » – a déclaré à la presse nigériane : « Si le gouvernement veut lutter contre la corruption, il doit commencer par les églises. » Si une personnalité publique et populaire comme Joshua a pu être détenue durant quatorze jours par l’agence nationale anti-drogues (la NDLEA), c’est le signe évident que l’accusation de Okotie n’est pas sans fondements.


Convoqués par la police pour faire la paix

Le train de vie de Oyakhilome, portant des costumes de grand couturiers et roulant dans des véhicules de luxe, avait fait dire à son accusateur qu’il recevait de fortes commissions sur les opérations de blanchiment. Le jeune prêcheur faisait rentrer au Nigeria des sommes versées sur les comptes de l’église à l’étranger, et bien évidemment qualifiées de « dons à son église », d’une grande générosité… D’après Okotie, Chris Oyakhilome « faisait affaire » avec deux personnalités fortement soupçonnées de trafic de drogue et de blanchiment : Ezego et Anajemba, membres de l’ethnie Ibo, ont semble-t-il, pendant des années, injecté de très grosses sommes d’argent sale dans le système bancaire nigérian.
Les deux « hommes d’affaires » blanchissaient dans plusieurs types de sociétés bancaires, mais aussi dans des entreprises de fabrication de meubles, de vente au détail, etc. Ils ne pourront jamais témoigner, car ils ont été assassinés. Quant à Chris Oyakhilome, il est désormais banni de la chaîne de télévision nationale. Et il devra sans doute expliquer comment il a pu, au cours de ces derniers mois, acheter plusieurs terrains, financer des campagnes publicitaires à la télévision et louer un hélicoptère pour une tournée dans l’Etat d’Aba, au sud-est du pays.
Afin de prévenir toute nouvelle crise religieuse qui pourrait plonger Lagos dans le chaos, le chef de la police de l’Etat de Lagos, Mike Okiro, a convoqué le dénonciateur et les deux autres pasteurs, les invitant à faire la paix. Seuls Okotie (l’accusateur) et Joshua se sont présentés, Chris Oyakhilome s’excusant au prétexte qu’il était très occupé. Ces trois prêcheurs d’églises indépendantes n’étant pas les seuls à afficher un train de vie démesuré, la NDLEA devrait se pencher sérieusement sur le problème. Les Etats-Unis, qui ont accordé au Nigeria, début janvier 2002, un certificat de bonne conduite en matière de lutte contre la drogue, insisteraient pour que la DEA (plusieurs agents sont présents sur place) puisse être associée à ces enquêtes.

Lettre internationale des Drogues

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