publicite publicite
accueilradio  actualités  musique  langue française  presse  pro
radio
Liste des rubriques
MFI HEBDO: Economie Développement Liste des articles

23/05/2002
BTP : les entreprises locales réclament leur part

(MFI) La construction de bâtiments et d’infrastructures représente une part importante des investissements dans les pays africains. Mais la manne profite essentiellement aux grandes entreprises étrangères. Les professionnels locaux réclament leur part. Encore faut-il qu’ils surmontent leurs handicaps, qui ont pour noms faiblesse financière, manque de compétences et d’équipements…

Qui a construit les routes Sakoinse-Koudougou et Boromo-Bobo Dioulasso au Burkina Faso ? La société française Razel. Qui a mené le chantier du métro du Caire ? Deux autres françaises, Vinci construction et Spie. Qui a conduit les gigantesques chantiers d’Abuja, la nouvelle capitale du Nigeria ? L’allemande Julius Berger, les italiennes Cappa et Lodigiani, l’israélienne Helwelo, les françaises Bouygues et Dumez.
On l’aura compris : les entreprises européennes de bâtiments et de travaux publics (BTP) dominent le marché africain. Le syndicat des entrepreneurs français internationaux (SEFI), qui regroupe l’essentiel des grands du secteur, a calculé qu’en 1999, le chiffre d’affaires réalisé en Afrique avait progressé de 15 %, atteignant environ 2 milliards de dollars. La plus grosse partie (61 %) est réalisée en Afrique subsaharienne. Viennent ensuite l’Afrique australe (23 %) puis l’Afrique du Nord (16 %). Trois pays sont plus dynamiques que les autres dans ce domaine, selon les entrepreneurs français. Il s’agit du Maroc, du Gabon et du Cameroun.

Morceler les marchés pour les mettre à portée des sociétés locales

La qualité des ouvrages réalisés n’est pas en cause, et les PME locales interviennent en tant que sous-traitants sur les différents chantiers. Mais elles se contentent de moins en moins de ce rôle de second plan, et souhaitent profiter plus fortement de la manne. Bailleurs de fonds et gouvernements se montrent sensibles à leur argumentation. Certes, l’aide liée reste importante en matière de grands travaux (des entreprises allemandes réalisent des travaux financés par l’Allemagne, des groupes chinois ont le premier rôle si le financement est chinois, etc.).
Mais la Banque mondiale a admis, depuis déjà plusieurs années, le principe d’une préférence locale, sous réserve de transparence, pour une partie des travaux qu’elle finance, afin de stimuler l’emploi sur place. « Sans vouloir briguer les chantiers les plus colossaux, nous pourrions prétendre à des lots, dès lors que les chantiers auront été morcelés », fait valoir un entrepreneur ivoirien. « Il y a des projets pour lesquels les compétences locales suffisent. Dans ceux pour lesquels des compétences étrangères sont nécessaires, il faut tisser un partenariat, un groupement d’entreprises avec obligation de transfert de technologie », confirme le Sénégalais Oumar Sow, directeur général adjoint de la Compagnie sahélienne d’entreprise (CSE).

Des cautions de soumission à appel d’offres trop élevées

Mais de lourds handicaps empêchent les entrepreneurs de se faire entendre. D’abord leur fragilité technique et financière. Les entreprises africaines capables de prendre en charge des travaux de moyenne envergure se comptent sur les doigts d’une main. Et encore : il s’agit bien souvent de filiales de multinationales étrangères. C’est le cas au Ghana de Taysec, numéro un local (50 millions de dollars de chiffre d’affaires), mais filiale du groupe britannique Taylor Woodrow. La plupart des grands travaux financés par des organisations internationales sont attribués par voie d’appels d’offres. Certaines entreprises n’ont même pas les moyens de soumissionner. « Les entrepreneurs ougandais trouvent la caution de soumission obligatoire de 10 % trop élevée, ce qui les empêche de participer aux appels d’offres », observe l’expert Stephen Kayondho. Mêmes difficultés financières pour la phase d’étude préliminaire. Pour préparer son offre pour le futur port de Tanger-Atlantique, le groupe Bouygues a mobilisé des équipes entières pendant trois ans et engagé 4,4 millions de dollars en frais de recherche. Quelle société locale aurait pu en faire autant ?
Les entrepreneurs africains manquent aussi de moyens techniques et de personnel hautement qualifié capables d’endosser des portions plus importantes des travaux. Exemple : le Bénin, où un programme de construction d’infrastructures routières de 314,7 millions de dollars échappe totalement aux sociétés du crû. « Non pas à cause de problème de financement, mais par manque d’équipements lourds sur le territoire national : bulldozer, niveleuse, compacteur, camion citerne », précise Marcellin Chabi Benon, directeur général adjoint d’une société de construction civile.

Pas d’assurances contre les risques

Par ailleurs, mal assurés contre les risques politiques, faute de compagnies d’assurance en mesure de les couvrir, les entrepreneurs sont nombreux à laisser des plumes dans les troubles civils et militaires. Exemple : la Compagnie sahélienne d’entreprise (CSE) qui a beaucoup perdu en Sierra Leone. Oumar Sow témoigne : « Nous n’avons pas d’assurance à l’exportation. Lors des événements de 1997 et 1998, nous avons essuyé de lourdes pertes. Un dossier d’indemnisation est en cours auprès de la Banque mondiale. »
Par-dessus tout, les entreprises africaines de BTP doivent aussi surmonter l’obstacle invisible de la corruption, mille fois dénoncée, jamais éradiquée. Peter Eigen, président de Transparency International, n’y va pas par quatre chemins : « Pour obtenir un marché public important, il fallait autrefois verser entre 2 % et 5 % du montant total en dessous-de-table. Maintenant, les pots-de-vins sont de l’ordre de 10, 15, voire 20 % » !

Yolande S. Kouamé

retour

Qui sommes nous ?

Nos engagements

Les Filiales

RMC Moyen Orient

Radio Paris-Lisbonne

Delta RFI

RFI Sofia