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27/03/2003
Le trafic de drogue pénalise les pays en développement

(MFI) Les Nations unies tirent la sonnette d’alarme contre le commerce illicite des drogues qui « nuit plus aux pays en développement qu’aux pays développés » et dont les gains énormes sont surtout réalisés par les intermédiaires dans les pays riches consommateurs.

L’Organisation des Nations unies (Onu), qui examine pour la première fois l’impact de la culture, du commerce et de l’abus des stupéfiants sur le développement économique général, constate que la production de drogues illicites empêche la croissance économique et ne conduit pas au développement durable à long terme. Dans son rapport annuel publié fin février, l’Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS) basé à Vienne estime que les revenus reviennent surtout aux trafiquants et non aux paysans qui cultivent les produits interdits, opinion partagée par de nombreux experts.
Ces derniers soulignent que la multiplication des conflits en Afrique a non seulement favorisé les trafics d’armes et de matières précieuses mais aussi celui des drogues illicites produites localement – comme le cannabis – ou en transit – comme la cocaïne provenant d’Amérique latine ou l’héroïne des champs de pavot asiatiques. La drogue a souvent financé l’achat d’armes ou permis de « tenir » des combattants de plus en plus jeunes, comme cela a été le cas au Liberia ou en Somalie. Le continent n’a jamais été un producteur d’héroïne ou de cocaïne. Les Africains ont en revanche toujours produit et consommé du cannabis, et récemment davantage de psychotropes et de médicaments.

Cannabis et psychotropes

L’OICS affirme que la culture du cannabis continue de progresser dans de nombreux pays africains, en raison notamment des prix peu élevés obtenus pour les produits agricoles traditionnels. « Les superficies illicitement cultivées s’étendent dans les pays ou régions touchés par la guerre civile ou les conflits armés », souligne le rapport. Il s’inquiète par ailleurs de la tendance en Europe ou en Amérique du Nord à libéraliser, voire à légaliser l’usage du cannabis à des fins non médicales, ce qui risquerait d’en favoriser la culture en Afrique. Le Maroc est l’un des plus importants fournisseurs de cannabis à l’Europe devant l’Afrique du Sud qui, elle, consomme la plus grande partie de sa production.
Les experts de l’Onu sont également préoccupés par l’abus de psychotropes dans l’ensemble du continent, notamment en Afrique de l’Ouest, centrale et australe et craignent une progression de l’abus d’héroïne et d’opiacés en Afrique de l’Est, région de transit. L’Afrique australe, en particulier l’Afrique du Sud, est considérée comme une zone de trafic et de consommation, d’autant que beaucoup de trafiquants nigérians, qui ont les premiers établis des filières internationales, s’y sont installés depuis quelques années. Le Nigeria figure toujours sur la liste des pays accusés par les Etats-Unis de produire des drogues illicites ou de servir de points de transit aux côtés de pays comme l’Afghanistan, la Birmanie, la Colombie, le Brésil ou la Thaïlande.

Des moyens de lutte insuffisants

L’Assemblée générale de l’Onu s’était donné, en juin 1998, lors d’une session spéciale, dix ans pour réduire à la fois la production et la consommation de stupéfiants, objectifs réaffirmés au Sommet du millénaire (2000). L’Onu avait alors estimé que 4 à 5 milliards de dollars étaient nécessaires d’ici à l’an 2008 pour mettre en oeuvre cette stratégie, sommes qui ne semblent pas pour le moment réunies, même si la lutte contre le terrorisme et le blanchiment de l’argent sale, lié souvent à la drogue, a mobilisé la communauté internationale après les attentats du 11 septembre 2001. « Les moyens de lutte ne sont pas à la mesure de la guerre que mènent les trafiquants, malgré les saisies de plus en plus nombreuses qui ne représentent qu’une part infime de ce commerce », précise un expert. Il rappelle que les productions illicites sont parfois la seule ressource de paysans pauvres qui auraient donc besoin d’argent pour cultiver autre chose.
En Afrique, les ressources consacrées à ce combat restent très faibles même si de nombreux pays ont adhéré aux traités internationaux relatifs au contrôle des drogues et contre le blanchiment de l’argent sale.

Bientôt une conférence internationale en France ?

Or l’Onu craint une aggravation de l’abus de drogues en Afrique en raison des conditions socio-économiques. « Dans de nombreux pays, la pauvreté, les conflits et les migrations ont été exacerbés par l’infection du HIV/sida, ainsi que par la proportion élevée d’enfants et d’adolescents dont beaucoup n’ont accès ni à l’éducation ni à l’emploi ou sont sans famille », déclare l’ OICS, invitant les Africains à développer la lutte contre la drogue dans le cadre du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad) et du Partenariat international contre le sida en Afrique. En mai 2002, l’OUA devenue deux mois plus tard l’Union africaine avait adopté un plan d’action sur la lutte contre la drogue pour la période 2002-2006, mettant l’accent sur la nécessité d’intégrer celle-ci dans les programmes de réduction de la pauvreté, les activités de substitution et les programmes sociaux et sanitaires.
La France qui, comme d’autres pays occidentaux, en particulier les Etats-Unis, aide certains pays africains à lutter contre ce trafic a l’intention d’organiser à Paris, avant le sommet du G8 prévu en juin prochain à Evian qu’elle présidera, une conférence internationale sur les routes de la drogue, en particulier d’Asie centrale vers l’Europe, à travers notamment les Balkans.

Marie Joannidis


Les routes de la drogue en Afrique

(MFI) Cannabis : selon l’OICS, de 60 à 70 % de la résine de cannabis saisie en Europe provient du Maroc, acheminée principalement par l’Espagne et, dans une moindre mesure, par le Portugal et la France à destination de divers pays européens. Certaines filières passeraient aussi par l’Algérie et la Tunisie ou y aboutiraient.
Cocaïne : en provenance d’Amérique du Sud, la cocaïne est acheminée principalement par le Brésil et le Venezuela pour être débarquée dans certains pays d’Afrique de l’Ouest et australe. Le rapport cite notamment le Cap-Vert, le Sénégal, l’Afrique du Sud et le Nigeria.
Héroïne : ces deux derniers pays sont également des lieux de transit pour l’héroïne provenant d’Asie et à destination de l’Europe et l’Amérique du Nord, tout comme plusieurs pays bordant l’Océan Indien. Des réseaux criminels ouest-africains mais aussi les filières de la mafia russe ou d’autres pays d’Europe de l’Est utilisent l’Afrique comme lieu de passage – l’ex-Union soviétique avait tissé des liens étroits avec plusieurs pays africains à l’époque de la guerre froide.

M. J.




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