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22/12/2005
Les dossiers de presse : Afrique-France: Rwanda/« l’affaire » Péan

(MFI) Le livre du journaliste Pierre Péan sur le Rwanda a déclenché en France une vaste polémique. L’auteur, connu pour ses enquêtes à sensation, entend dans « Noires fureurs, Blancs menteurs » prendre à contre-pied les thèses courantes sur le génocide en 1994 : il accuse Paul Kagame d’avoir planifié l’attentat contre le président Habyarimana et d’avoir instrumentalisé les massacres de civils, en particulier des Tutsis, pour s’emparer du pouvoir. Pierre Péan conteste par ailleurs la version officielle du génocide et ses chiffres, soutient que les tueries ont été réciproques, et que les combattants du FPR ont perpétré entre 1990 et 1994 davantage de crimes que ne l’ont fait leurs adversaires hutus. Il dénonce l’existence d’une histoire « officielle » sur le génocide alimentée par un lobby actif de pro-tutsis, notamment en France et en Belgique, et défend avec vigueur la politique menée alors par la France au Rwanda.

La presse française a accueilli avec de grandes réserves, voire une franche hostilité, la parution du « pavé » – le livre fait 544 pages – produit par Pierre Péan. Certes, la plupart des journalistes rappellent que l’auteur (« enquêteur farouchement indépendant » selon Jeune Afrique L’Intelligent) est généralement respecté pour ses enquêtes minutieuses qui ont donné lieu à plusieurs best sellers ; « ce n’est pas un obscur activiste… Péan, en général, c’est du lourd, des infos, des scoops… » souligne de son côté Libération. Mais le constat est quasi unanime : cette fois leur confrère a dérapé, avec un « pamphlet anti-tutsis » (Le Monde) qui entre dans la catégorie « des livres de trop » (François Soudan in Jeune Afrique).
« On cherchera en vain dans cet ouvrage (écrit manifestement dans la hâte, est-il précisé) des informations de base sur le cœur du génocide… sur l’enchaînement des décisions ayant mené l’armée et les responsables politiques hutus extrêmistes à l’extermination des Tutsis et des Hutus modérés… » signale Le Monde, qui parle au contraire de « renversement d’interprétation », puisqu’il s’agit de montrer pour Péan, que le massacre de « seulement 280 000 tutsis » a été inférieur à celui perpétré contre les Hutus. « Hypothèse contredite par toutes les estimations… Mais le sort des Hutus et des Tutsis, de toute évidence, n’est pas la préoccupation principale de Pierre Péan », qui « n’a pour objet que d’établir que la France et François Mitterrand ne se sont pas fourvoyés au Rwanda », poursuit Le Monde en s’interrogeant : « Quel crédit accorder à un ouvrage qui n’hésite pas à reprendre les idées et la terminologie » qui prévalaient lorsque se préparait la planification du génocide, et parle des Tutsis comme d’une race « qui compte parmi les plus menteuses sous le soleil ».

Outrance et violence des propos

La plupart des médias dénoncent le peu de rigueur de la démonstration, desservie « par l’outrance et la violence de son propos. Rumeurs de énième main, ragots d’exilés, pseudo-témoignages, tout y passe, rien n’est vérifié et tout est bon à prendre… », indique Jeune Afrique L’Intelligent, tandis que Le Figaro réprouve « ce qui ressemble à un dérapage incontrôlé » où il s’agit de faire « feu de tout bois ». Notamment lorsqu’il s’agit de dénoncer le « complot médiatique » favorable au FPR : là le livre se transforme « en brulot nauséabond », déplore Libération, relevant que « des listes sont dressées » de personnes appartenant au « puissant lobby d’activistes, d’humanitaires, d’universitaires et de journalistes… qui auraient constitué l’arme la plus efficace de Kagamé ».
Quant à l’objectif, jugé primordial du livre, consistant à défendre le rôle de la France au Rwanda, il est observé avec suspicion ou ironie. Selon Le Monde, les documents produits servent à « édulcorer l’action du président Mitterrand, de son fils Jean-Christophe et de l’armée française ». Mais (Libération) « il ne s’étend pas sur la coopération militaire entre Paris et Kigali… omet (le fait) que des soldats français ont été amenés à opérer un tri ethnique à des barrages. Et que toute la formation de la gendarmerie rwandaise a joué un rôle moteur dans le génocide. » Et Jeune Afrique commente ainsi cet aspect du livre : « Manifestement préoccupé par l’image posthume de François Mitterrand, de son entourage, et de son gouvernement d’alors…, Pierre Péan se livre à la réhabilitation systématique de l’un des épisodes les plus contestables de sa présidence. »

« Même la mission parlementaire française a été plus sévère que Pierre Péan… »

Nettement moins critique, Le Nouvel Observateur note toutefois que « sur ce thème, Pierre Péan apporte un certain nombre de témoignages particulièrement intéressants, recueillis auprès des acteurs français qui étaient aux affaires à cette époque. Il blanchit Jean-Christophe Mitterrand, fils du président, de certaines calomnies qui avaient circulé à son sujet. Mais, une fois de plus, son enthousiasme pour la politique de François Mitterrand au Rwanda et son souci d’exonérer la France de tout reproche le conduisent sur un terrain mouvant. On en oublie complètement la nature du régime raciste que la France a soutenu pendant quatre ans à Kigali et la guerre, ouverte ou clandestine, qu’elle a menée aux côtés de l’armée rwandaise contre l’armée des réfugiés tutsis commandée par Paul Kagame. Même la mission parlementaire qui a enquêté sur la politique française au Rwanda a été plus sévère que Pierre Péan pour un certain nombre de choix fait par Paris. »
Mise en cause par l’auteur, la journaliste Marie France Cros réplique dans un article de La Libre Belgique intitulé « Génocide : contre-offensive française » : « Une enquête dont on connaît les conclusions avant même de l’avoir menée, cela s’appelle de la propagande… », annonce-t-elle, avant de préciser son point de vue : « Oui, le FPR a commis des massacres et peut-être est-il l’auteur de l’attentat contre l’avion de Juvénal Habyarimana. Mais l’ouvrage de notre confrère français manque sa cible: il ne nous fait pas oublier que ce sont les extrémistes hutus qui ont préparé et exécuté le génocide d’un million de personnes et ne nous convainc pas que la France – dont un officier commandait l’armée hutue à partir de février 1992 – n’y est pour rien. »
Des universitaires et journalistes ont également réagi, notamment sous forme de « tribunes » dans les colonnes du Monde : le chercheur français Jean-Pierre Chrétien – signalé dans le livre comme un membre actif du lobby pro-tutsi – parle d’« une étonnante passion révisionniste » et critique le peu de rigueur de la démonstration : « la complexité de cette tragédie appelle des réponses complexes, elle relève ici du schéma simpliste d’une histoire-complot. La sensation prime sur la réflexion, et elle est des plus douteuses ». Pour la journaliste Colette Braekman, pas de doute : « le génocide des Tutsis au Rwanda n’est pas un sujet de polémique. C’est une réalité, confirmée par d’innombrables témoignages, enquêtes et rapports… les faits sont précis, concordants, vérifiés. » L’auteur, poursuit-elle, « multipliant les attaques personnelles… insulte les victimes et salit une France mitterrandienne (qu’il) croit avoir défendue. »
Quant à la sociologue Claudine Vidal, si elle note que le livre de Péan « fourmille d’erreurs, d’approximations », il apporte selon elle des éléments nouveaux (« des indications incontestablement neuves sur ce que savaient ou ne savaient pas les responsables politiques et militaires français », mais aussi sur « les liens entre les autorités de Kigali victorieuses, et leurs relais européens… dont il dénonce les mensonges et les pratiques d’intimidation ». L’universitaire considère cependant qu’il s’est « laissé enfermer dans la logique tranchée des camps propagandistes ».

Thierry Perret

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