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18/04/2002
Zimbabwe : une punition qui dérange

(MFI) La décision du Commonwealth de suspendre pour un an le Zimbabwe après la réélection contestée du Président Robert Mugabe en mars dernier a suscité des réactions mitigées en Afrique. Même si officiellement personne n'a osé la condamner, les leaders africains semblent hésiter sur la conduite à tenir, au moment où les discussions sur le NEPAD les placent en position délicate sur la question de la bonne gouvernance.

Les réticences africaines sont le reflet de sentiments contradictoires entre, d'une part, un attachement affiché à la démocratie et à la bonne gouvernance, génératrices d'aide au développement et, d'autre part, la volonté de s'affranchir de la tutelle des bailleurs de fonds qui sont, pour certains, les anciens colonisateurs du continent. Or, Mugabe a constamment utilisé la fibre anti-colonialiste pour justifier les violences contre les fermiers blancs de son pays. Il a utilisé le même argument pour rejeter par la suite les accusations de fraudes électorales dénoncées avec vigueur par les observateurs étrangers, mais minimisées par leurs collègues africains, y compris les voisins d'Afrique du Sud. Il a ainsi échappé à toute mise au ban de la SADC (la Communauté de développement d'Afrique australe) où précisément des pays comme l'Afrique du Sud redoutent une contagion démagogique… car le problème des terres détenues par les fermiers blancs constitue un sujet potentiellement explosif.
Le président du Zimbabwe a aussi réussi à diviser durablement le Commonwealth sur ce thème. La décision de suspension de cette organisation a finalement été prise le 19 mars, quelques jours après les élections, par une Troïka comprenant les dirigeants d'Afrique du Sud, d'Australie et du Nigeria. D'autres pays membres, comme la Nouvelle-Zélande, veulent aussi empêcher le Zimbabwe de participer aux jeux du Commonwealth prévus en juillet à Manchester en Grande-Bretagne. L'Union européenne, les États-Unis et d'autres pays occidentaux avaient adopté dès février des sanctions « sélectives » contre les dirigeants et les dignitaires du parti au pouvoir de Mugabe, portant notamment sur leurs déplacements et leurs comptes bancaires à l'étranger. Ces mesures devraient être renforcées pour toucher aussi l'aide au développement dont le pays a un besoin urgent.


Obsanjo souhaite que l'Afrique établisse ses propres normes de bonne gouvernance

Les chefs d'État sud-africain, Thabo Mbeki, et nigérian, Olusegun Obasanjo ont toutefois tenu à inciter Mugabe à entamer un dialogue avec son opposition, en présence de représentants de leurs pays. Les deux présidents ont été accusés par la presse gouvernementale du Zimbabwe de « s'être laissés acheter » en échange d'une aide financière occidentale… Obasanjo qui a réuni fin mars un mini-sommet africain pour réfléchir sur le Nepad (le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique) a invité le continent à établir ses propres normes de bonne gouvernance, soulignant que l'Afrique devait s'attaquer « à la question de la liberté ou du manque de liberté et à celle de la base sur laquelle elle pourra juger les gouvernants des pays africains ».
Charles Snyder, sous-secrétaire d'Etat adjoint américain aux affaires africaines avait estimé le 21 mars dernier à Washington « que si l'Afrique ne monte pas au créneau pour soutenir des réformes démocratiques cela va compromettre notre capacité de lui fournir le niveau d'aide au développement que nous voudrions lui apporter ». Il a souligné que les mesures de rétorsion américaines « ne visent pas le peuple du Zimbabwe » mais ses dirigeants actuels. A propos de l'appui fourni à Mugabe par plusieurs de ses pairs africains, il a lancé une mise en garde, à peine voilée, visant le Nepad : les amis de l'Afrique qui souhaitent soutenir le Nepad et d'autres programmes de développement se trouvent, selon lui, devant « un énorme cratère… qui s'appelle Zimbabwe. Un obstacle qu'il s'agit maintenant de trouver le moyen de franchir ».
Pour les Américains et leurs collègues européens, les élections n'ont rien résolu : l'économie de ce pays est en ruines à cause de la politique de Mugabe. Le Zimbabwe, jadis un des pays les plus prospère d'Afrique australe en raison notamment de ses richesses agricoles connaît sa plus grave crise économique depuis l'indépendance. Près de 80% de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté. Plus de 60% est au chômage. Le taux d'inflation a dépassé 112% l'an dernier et le revenu annuel par habitant a chuté de 421 dollars en 2000 à 385 dollars en 2001. Le Programme alimentaire mondial (PAM) estime que 558.000 personnes sont touchées par la famine à la suite de la sécheresse qui frappe l'Afrique australe. Mais seul un tiers de l'aide humanitaire nécessaire a été obtenue par les donateurs pour l'instant.
Le seul soutien affirmé est finalement venu de Tripoli. Recevant Robert Mugabe début avril, le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi a déclaré, selon la presse gouvernementale du Zimbabwe, que la victoire électorale du président zimbabwéen était également celle de l'Afrique. Il a ajouté que l'affirmation des Américains et des Européens selon laquelle les élections n'étaient pas libres et équitables constituait une insulte à l'Afrique toute entière alors que la majorité des observateurs n'avaient rien trouvé à redire.


Marie Joannidis

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