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24/10/2003
La chronique de Gérard Dreyfus :
Goodbye, mister Fredericks !


(MFI) Mercredi 15 octobre, Abuja, Nigeria. Frankie Fredericks est une dernière fois sous les ordres du starter. Le champion de Windhoek qui a fait le tour du monde grâce à ses exceptionnels talents de sprinter accroche le dernier podium de sa carrière à l’occasion des 8èmes Jeux africains. Encore une deuxième place – décidément, il aura été abonné à cette marche – sur le 200 mètres. Dans la foulée du vainqueur, le Nigérian Uchenna Emedolu, bien moins applaudi que le Namibien. Car si Frankie Fredericks n’a pas souvent décroché la médaille d’or, il est très certainement l’athlète qui, dans la dernière décennie, aura réuni tous les suffrages. Il n’a été ni Gébrésélassié, ni El Guerrouj, ni Morceli, mais en Afrique il a été l’athlète le plus aimé de sa génération.

Sourire et gentillesse

Il ne faut pas s’y méprendre. Pour ne pas avoir été abonné à la première place, Frankie Fredericks n’en a pas moins collectionné les médailles : argent sur 100 et 200 mètres aux Jeux de Barcelone et aux Jeux d’Atlanta, or au championnat du monde en 1993 puis lors des championnats du monde en salle en 1999 sur sa distance de prédilection, le 200 mètres. Et des performances chronométriques qui lui permettent de figurer en très bonne place parmi les plus grands de l’histoire du sprint. Son record sur le demi-tour de piste, 19"68, constitue toujours la deuxième meilleure performance mondiale de tous les temps derrière son vainqueur d’Atlanta, l’Américain Michaël Johnson ; c’est aussi à l’occasion des Jeux de 1996 qu’il réalisa son meilleur temps sur 100 mètres : 9"89. Les amateurs apprécieront. Sans compter ses succès aux Jeux du Commonwealth et aux Jeux africains. Il est vrai qu’il n’y comptait pas de véritables adversaires.
Il aurait pu ne pas participer aux Jeux africains. Mais chaque fois, il s’en fit un devoir, pour marquer son attachement à sa terre natale et, sans doute, en guise de remerciement à ceux qui ont permis à son pays, la Namibie, d’accéder à l’indépendance (21 mars 1990). Champion d’exception, tout autant homme d’exception, jamais avare d’un sourire, toujours ouvert au dialogue avec les autres athlètes africains qui rêvaient de prendre une photo à ses côtés ou d’écouter ses conseils. Sa gentillesse l’a précédé partout où l’on a cru percevoir que cet homme ne disait jamais non aux siens, et plus encore jamais non aux enfants qui l’adorent.


Le don a gommé les souffrances

Que de chemin parcouru depuis Katutura, le township de la banlieue de Windhoek où il vécut avec sa mère – son père, fermier, ayant prématurément quitté le domicile conjugal. A treize ans, il intègre l’école catholique DsËbra grâce à ses qualités de footballeur, puis trois années plus tard l’école académique Concordia, ségrégationniste elle aussi, mais il était un buteur indestructible. Qui se souvient que Frankie, avant de pratiquer l’athlétisme au plus haut niveau, jouait dans un des grands clubs du pays, Black Africa, et qu’il a laissé à ses adversaires d’alors quelques souvenirs mémorables ? Le football et l’athlétisme ensemble. Frankie aurait sûrement tôt ou tard intégré l’équipe nationale, mais lors de sa dernière année d’études à Concordia, il décrocha le titre de champion scolaire d’Afrique du Sud – c’était avant l’indépendance namibienne – sur 100 et 200 mètres. Son destin d’athlète était tracé. Fini le foot. Tout pour le sprint.
Une aventure qui le conduira à la Brigham Young University d’Utah sous le maillot de laquelle il sera encore le meilleur aux championnats des collèges américains, cas unique pour un non-Américain. Ajoutez un parcours scolaire et universitaire d’excellente facture et vous comprendrez aisément comment cet homme parti de rien ou presque est devenu aujourd’hui, à 36 ans, un champion respecté de tous et un homme accompli. Nourri d’une enfance difficile et d’une mentalité qui lui commandait de se surpasser. Le don a, en quelque sorte, gommé les souffrances.
Frankie Fredericks a choisi de partir en courant une dernière fois en Afrique. C’est un symbole qui lui assure la reconnaissance éternelle de tous ces gamins qui ont un jour pu l’approcher dans un stade. Il a d’ailleurs l’intention de leur consacrer une partie de son temps, en parcourant un continent qu’il n’a que peu fréquenté depuis 1991. Incontestablement il sera le meilleur ambassadeur possible d’un athlétisme qui lui a donné beaucoup, à commencer par la notoriété que ses qualités intellectuelles lui auraient peut-être value dans d’autres domaines. Goodbye, mister Fredericks. L’Afrique se doit de ne pas vous oublier.


Gérard Dreyfus

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