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04/03/2005
Chronique Livres

L'essentiel d'un livre
Boniface Mongo-Mboussa rend hommage au rire africain

(MFI) Responsable de la rubrique littéraire de la revue Africultures, Boniface Mongo-Mboussa livre dans L’Indocilité une analyse percutante du comique dans la littérature africaine contemporaine.


Après avoir fait l’éloge des pères fondateurs de la littérature africaine dans Désir d’Afrique, le critique franco-congolais Boniface Mongo-Mboussa a décidé de s’attarder dans son nouveau livre sur le versant satirique de l’écriture noire, cette tradition qui, s’appuyant sur l’ironie, le sarcasme et l’insolence donne à voir une Afrique du pleurer-rire « traduisant à la fois une affliction éplorée et un détachement jubilatoire ». Tel est l’argument défendu par l’auteur tout au long des 150 pages de ce bref volume rythmé par le rire ravageur et tonitruant des écrivains examinés.
L’Indocilité s’ouvre sur une petite histoire. Senghor est encore président du Sénégal. Son compère Léon-Gontran Damas qui était, on l’oublie souvent, le troisième élément du trio fondateur du mouvement de la Négritude, vient lui rendre visite. Connu pour son esprit critique et moqueur, il demande malicieusement au général chef de l’armée sénégalaise, richement galonné, qu’il venait de croiser dans le salon de la présidence : « Qu’attendez-vous pour faire un coup d’État ? » L’humour de Damas sera très mal pris par le président Senghor qui obligera son ancien ami à quitter Dakar dans les plus brefs délais. Une histoire apocryphe qui illustre bien, explique Mongo-Mboussa, les deux tendances opposées de la littérature africaine, l’une formelle, l’autre informelle, l’une cérémonielle, l’autre cherchant dans le comique et la dérision le contre-poids indispensable à la tragédie de la condition de l’homme africain.
Ces Démocrite africains (Démocrite était le sage de la Grèce antique qui riait de la folie des hommes) ont pour nom Kourouma, Mongo Béti, Hampaté Bâ, Oyono, Lopes, Sassine, Dongala, Monénembo, Bessora, Waberi... La liste est longue des écrivains qui ont incarné dans la fiction africaine la tradition rabelaisienne de l’humour et de la parodie. Racontant le sort de leur peuple tant sous la colonisation que sous les « ténèbres de l’indépendance », ils ont pris le parti de rire, préférant s’attarder sur les roueries d’un interprète plein de malice qui détourne par sa traîtrise les lois scélérates du colonisateur (Wangrin de Hampaté Bâ) ou sur le parcours rocambolesque d’un prince déchu jeté en prison par un dictateur noir pour avoir oublié de déclarer ses rêves aux autorités (Les Soleils des Indépendances de Kourouma). Mais pour l’auteur de L’Indocilité, c’est le Congolais Sony Labou Tansi qui a poussé le plus loin cette veine ironique et comique. S’inspirant de ses lectures latino-américaines et de sa connaissance du théâtre traditionnel kongo, celui-ci a réinventé le roman africain sur le mode de la farce : l’histoire y procède par travestissement, orgies, accouplements... C’est cette irrévérence-là qui caractérise la fiction africaine contemporaine, faisant d’elle l’un des espaces d’inventivité littéraire les plus intéressants de notre temps.

L’Indocilité, par Boniface Mongo-Mboussa. Collection « Continents noirs », Gallimard, 144 p., 13,50 euros.

Tirthankar Chanda


Les mémoires d’un jeune « Tchadamien »

(MFI) Poète, romancier, essayiste, le Tchadien Nimrod, installé en France, a publié plusieurs recueils de poésie, un essai sous forme d’hommage à Léopold Sédar Senghor et enfin un roman très remarqué, Les Jambes d’Alice, qui racontait les ébats d’un jeune professeur de français amoureux de son élève à la démarche inoubliable. Son nouveau livre, Le Départ, est un récit autobiographique où Nimrod répertorie les événements marquants de sa jeunesse au Tchad, « pays à jamais fauve » : les déménagements successifs à la suite d’un père pasteur protestant à la recherche de peuples à évangéliser, les premiers émois amoureux, les amitiés viriles, la guerre civile qui le conduira à s’expatrier à l’âge de vingt ans. « J’habitais le pays mouvant du bleu, dont la particularité est de susciter du frais au sein du chaud, et ce sur la crête d’une ligne où celui-ci finit », écrit Nimrod. Mais il va falloir quitter cet Eden qui est le royaume de l’enfance. « Habiter l’horizon », tel semble être le destin de ce poète exilé qui a su raconter dans ces pages son exil dans la brume et le froid de la France septentrionale. Mais les plus belles pages du livre sont celles que Nimrod consacre à son père, un père qui est à l’origine de son amour pour la littérature, un père dont il vient de revisiter la tombe.

Le Départ, par Nimrod. Editions Actes Sud, 112 p., 12 euros.

T. C.


Deux hommes, une rencontre, des siècles de mystères

(MFI) Deux hommes. L’un, Djalal al-din Mohammad dit Roumi, né en l’an 1207 à Balkh, alors ville orientale de l’empire Perse. Son père, un illustre savant et théologien du XIIIe siècle, est contraint de quitter sa ville à l’approche de l’invasion mongole. Il s’installe avec sa famille à Konya, en Turquie. Après son décès, Roumi le remplace dans ses fonctions. De l’autre homme, Shams de Tabriz, on sait seulement qu’il était un derviche errant qui courait de ville en ville, de saison en saison, à la recherche de l’introuvable. Il a une vingtaine d’années de plus que Roumi.
La rencontre : c’est en 1244, à Konya qu’elle se produit. Décisive pour les deux protagonistes : sous l’influence de Shams, Roumi abandonne sa femme, ses deux fils, ses études de sciences. Pour l’amour de Roumi, Shams, l’éternel voyageur, s’installe à Konya – du moins pour quelque temps. Ils s’enferment tous deux pendant quarante jours et quarante nuits. Quand ils ressortent, Roumi est enflammé, « brûlé », il danse, il chante. « J’étais cru, j’ai été cuit, je suis calciné », écrit-il à propos de cette rencontre. Mais que s’est-il passé pendant ces quarante jours ? Qu’a pu apprendre Roumi pour être transformé à ce point ? De cette histoire mystique, l’Iranienne Nahal Tadjadod a fait un roman, Roumi le brûlé, dans lequel elle tente d’élucider le mystère qui habite depuis des siècles la littérature persane. Passionnant.

Roumi le brûlé, par Nahal Tadjadod. Edition JC Lattès, 412 p., 20 euros.

Darya Kianpour


Donner le goût de lire

(MFI) Les éditions Dapper, célèbres pour leurs splendides ouvrages sur l’art africain, enrichissent leur catalogue jeunesse de deux nouveaux albums qui transporteront les jeunes lecteurs dans l’imaginaire antillais. Zine, l’abeille de Georges E. Mauvois fait découvrir à l’enfant le monde sans pitié de la ruche et les chagrins de Zine, une jeune butineuse privée de sa mère la reine, trop occupée par ses fonctions. L’auteur, ancien avocat, auteur de théâtre mais aussi romancier et conteur, offre à son public un récit plein de poésie et d’enseignements. Il faut dire qu’il a aussi été apiculteur. L’album est illustré par les dessins de Sophie Mondésir, artiste peintre d’origine guadeloupéenne, dont le trait doux et les couleurs chatoyantes sont propres à séduire les plus jeunes.
La qualité des illustrations est également l’un des points forts de Ti-Jean des Villes. L’album, mis en images par Isabelle Malmezat, un peintre autodidacte inspiré par ses voyages, raconte la vie d’un jeune garçon doté de pouvoirs merveilleux et capable d’enchanter oiseaux et poissons grâce aux notes tirées de sa flûte. L’auteur, Ina Césaire, ethnologue de formation, a publié de nombreux articles scientifiques, réalisé des films et écrit de nombreuses pièces de théâtre. Pour mieux capter l’attention des jeunes lecteurs, les deux albums sont accompagnés d’un CD en français et créole.

Zine, l’abeille, par Georges E.Mauvois. Editions Dapper, 56 p., 12 euros.
Ti-Jean des Villes, par Ina Césaire. Editions Dapper, 60 p., 12 euros. (A partir de 5 ans).

Geneviève Fidani


Les Arabes doivent-ils faire leur autocritique ?

(MFI) « Il est du rôle de l’écrivain de pointer la dérive des siens et d’aider à leur ouvrir les yeux sur ce qui les aveugle. » C’est parce qu’il voit dans l’autocritique le plus sûr moyen de sortir le monde musulman de la crise où il s’enfonce que le Tunisien Abdelwahab Meddeb invite ses coreligionnaires à « balayer devant leur porte ». Traduction : à essayer de comprendre quel processus historique a produit les terroristes du 11 septembre – et les foules qui se sont réjouies des attentats de New York. D’où sa Maladie de l’islam, où il dresse avec brio la généalogie de l’intégrisme et où il explique pourquoi, plus qu’une autre, la religion musulmane est un terreau fertile pour ce fléau. Bien sûr, pas question d’évacuer les « facteurs externes » de la crispation islamique : rejet en bloc de l’islam par les Occidentaux, américanisation du monde, etc. Mais ce sont surtout les glissements progressifs qui ont donné naissance à l’idéologie intégriste qu’Abdelwahab Meddeb s’attache à décortiquer : depuis Ibn Hanbal au IXe siècle jusqu’aux djihadistes contemporains, en passant par l’expansion du wahhabisme et des frères musulmans. Avant d’inviter les musulmans à se dégager du réflexe communautaire, pour « déplacer le critère de la division entre vertu et malhonnêteté ». Faute de quoi, le monde entier pourrait finir par confondre l’islam avec sa maladie.

La Maladie de l’islam, Seuil coll. Points Essais, 2005 (déjà paru aux éditions du Seuil en 2002), 222 pages.

Malika Mabrouk


Le monde arabe au miroir de la guerre en Irak

(MFI) La deuxième guerre d’Irak serait-elle une chance pour le monde arabe ? Question provocatrice, mais que l’on se pose néanmoins à la lecture de l’ouvrage collectif intitulé Le Moyen-Orient à l’épreuve de l’Irak, dirigé par le juriste et politologue Nawaf Salam. Les auteurs du livre montrent en effet qu’en exacerbant toutes les tensions, en transformant « les fêlures en fractures », la guerre a amené le Moyen-Orient, qualifié « d’homme malade » du monde contemporain, au bord de la catastrophe. « Depuis les quatre dernières années et surtout depuis le 11 septembre 2001, la région ressemble à un navire à la dérive », résume le professeur de sociologie politique Burhan Ghalioun. Alors que les Etats-Unis projettent de « remodeler » cette partie du monde à leur avantage, que la Ligue arabe achève de se déliter, que le projet d’Etat palestinien est moribond et que les sociétés arabes régressent sur tous les plans, la voie de la démocratisation apparaît comme la seule alternative possible au désastre. Mais pour que cette option triomphe, il faudrait réunir au moins deux conditions : trouver enfin une solution au conflit israélo-palestinien et amener les « castes » arabes dirigeantes, autoritaristes et corrompues, à changer de style de gouvernement. Or, ces évolutions ne pourront s’accomplir sans l’aide active des Occidentaux, jusqu’ici plus enclins à soutenir les dictatures amies que les partisans d’une réelle démocratie.

Le Moyen-Orient à l’épreuve de l’Irak, sous la direction de Nawaf Salam. Actes Sud, Sindbad, 2005, 172 pages.

M. M.


2005, année capitale pour la diversité culturelle

(MFI) L’année 2005 sera cruciale pour la diversité culturelle puisqu’en octobre prochain, les Etats membres de l’Unesco négocieront une Convention sur la protection de la diversité des contenus culturels et des expressions artistiques. La revue Mouvements consacre donc son premier numéro de l’année à ce thème, jusqu’ici plus connu sous le terme « d’exception culturelle ». « Il s’agit d’éviter de faire de la culture un objet de négociation commerciale », expliquent les coordinateurs du solide dossier de la revue. Sous l’impulsion française, les Européens avaient jusqu’ici obtenu, dans le cadre des négociations commerciales multilatérales, la possibilité de protéger les industries culturelles nationales en imposant des quotas de diffusion à certains produits audiovisuels (notamment). Mais cette exception culturelle est menacée, en particulier dans les pays pauvres, où les jeunes industries de la musique et de l’image sont très fragiles face à la concurrence des produits américains, qui dominent le marché. « Les Etats-Unis ont en effet bien compris que dans le cadre de négociations bilatérales, il leur était facile d’échanger soutiens politiques et économiques contre une libéralisation des échanges culturels, au risque d’étouffer la création nationale », précise la revue. La bataille pour la convention de l’Unesco sera donc rude. Mouvements nous permet d’en saisir tous les enjeux.

Menace sur la diversité culturelle. Revue Mouvements n°37, janvier-février 2005. Editions La Découverte, 172 pages.

M. M.


La littérature arabe en 400 pages

(MFI) Un contenu conforme à son titre et un panorama des plus complets, à la fois érudit, didactique et efficace, voilà ce que propose ce volume de poche intitulé A la découverte de la littérature arabe. Du VIe siècle à nos jours, la création littéraire de langue arabe est ainsi présentée chronologiquement. De la qasîda, modèle du poème arabe classique et des mu’allaqât à l’origine incertaine, jusqu’aux formes modernes des poèmes militants du Palestinien Mahmoud Darwich, du théâtre d’ombre (khayâl al-zill) aux oeuvres du dramaturge égyptien Tawfiq al-Hakîm, et, bien sûr, des Mille et une nuits, du Roman des Baybars, du Roman d’Antar et de la geste des Banî Hilâ jusqu’aux romans du Nobel égyptien Naguib Mahfouz ou du Marocain Mohamed Choukri... L’entreprise est colossale et les deux auteurs, Heidi Toelle et Katia Zacharia, toutes deux enseignantes, ont réussi le pari de faire un ouvrage de référence utile et pratique, si l’on veut bien dépasser l’obstacle (réel ) de sa présentation extrêmement dense, à la mesure de l’ambition du projet. Un sommaire détaillé, un index des auteurs cités (avec mention des dates de naissance et de mort), une bibliographie sélective d’ouvrages critiques et un aide-mémoire (en fait un glossaire) viennent ponctuer l’ouvrage et donner quelques renseignements fort utiles. L’ensemble constitue un petit volume précieux que les bibliothèques et autres établissements d’études seraient bien inspirés de se procurer.

A la découverte de la littérature arabe, par Heidi Toelle et Katia Zacharia. Coll. « Champs », Edition Flammarion, 390 p., 8,20 euros.

Bernard Magnier


Des magazines à découvrir

Label France et Notre Librairie : deux publications atypiques

(MFI) Traduit en neuf langues, Label France est un trimestriel consacré à l’actualité française et diffusé dans le monde entier via le réseau diplomatique et culturel français. Revue des littératures du Sud, Notre Librairie est pour sa part un outil de recherche pour les universitaires.


Label France et Notre Librairie sont deux publications phares du ministère français des Affaires étrangères. La première se veut newsmagazine sans langue de bois, entièrement dédiée à l’actualité culturelle et sociale française, mais destinée à un public étranger demandeur d’une information approfondie sur la France contemporaine. La seconde est une véritable revue littéraire qui répertorie et examine l’évolution des littératures de langue française en Afrique, aux Antilles et dans l’océan Indien. Tout en étant des outils de communication du ministère, elles font preuve d’une indépendance de ton et d’approche assez rares dans la presse officielle. « Label France n’a pas vocation à être le porte-parole du ministère », affirme sa rédactrice en chef, Anne Rapin. Cette publication qui existe depuis longtemps a fait peau neuve en 1994 à la faveur d’un changement de gouvernement. D’une revue parisianiste et monothématique, elle s’est alors métamorphosée en un magazine d’actualités multithématique, écrit par des journalistes professionnels. Manifestement, cette nouvelle formule marche, si l’on en croit les chiffres de diffusion du magazine. De 90 000 exemplaires dans les années 1990, il est passé à 180 000 en 2004. C’est sans compter les 300 000 visites par mois que reçoit la version multimédia du magazine sur le site du ministère. Cet engouement s’explique sans doute par la diversité des sujets traités : modes de vie des Français, jardin à la française, Mondial 1998, vitalité renouvelée de Paris, renouveau de la littérature française...
Notre Librairie fait elle aussi appel à des compétences extérieures au Quai d’Orsay, notamment à des universitaires spécialistes des littératures africaines. Créée il y a plus de quarante ans pour servir de guide aux libraires et bibliothécaires confrontés à des questions pratiques de rangement et de présentation des nouvelles littératures issues du Sud, elle s’est imposée comme une publication de référence grâce à son exhaustivité. Une constante que l’on retrouve dans son dernier numéro consacré au développement coordonné par Bernard Mouralis, un très grand africaniste.

Pour lire Label France sur le net, cliquez sur www.france.diplomatie.gouv.fr/label_France. Le dernier numéro de
ce magazine est consacré à « L’humour français dans tous ses états » (n°56, oct-déc 2004). Le numéro 157
(janvier-mars 2005) portant sur le thème « Littérature et développement » est également consultable sur le net : www.adpf.asso.fr/librairie/derniers/157.

Haroun Bakayoko




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