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10/07/2003
Libanais d’Afrique (1) : Entre la gloire et le cliché

(MFI) Installés en Afrique depuis plusieurs générations, les Libanais suscitent chez leurs compatriotes des sentiments mitigés. Leur réussite économique fait des envieux, et l’attitude de certains, critiquable, rejaillit sur l’ensemble de la communauté. Les plus jeunes se sentent africains et veulent être jugés à l’aune de ce qu’ils font.

Leur histoire semble toujours commencer de la même façon : en quête d’une vie meilleure, leurs aïeux, parents ou grands-parents, ont quitté le pays d’origine pour aller vivre, dans les pays d’accueil, l’hospitalité des habitants autant que des débuts difficiles, la misère, parfois la guerre, et enfin la fortune et la gloire. L’histoire des Libanais d’Afrique est souvent ainsi faite.
Selon les sources, ils seraient sur ce continent entre 250 000 et 300 000 : de 50 000 à 80 000 en Côte d’Ivoire, 30 000 au Sénégal, 25 000 au Nigeria, moins de 10 000 en Sierra Leone, au Ghana, au Gabon… De confessions diverses, chrétiens maronites, musulmans sunnites et essentiellement chiites. En fait, le Liban a une longue tradition migratoire : le pays abrite aujourd’hui cinq millions d’habitants, alors que sa diaspora regroupe dans le monde douze millions de personnes.

Floués par les voyagistes

Une première vague d’émigration abandonne, dès le début du XIXe siècle, la région de la montagne libanaise pour se rendre en Egypte. La seconde conduit, entre 1850 et 1950, 400 000 Libanais vers le Nouveau monde. C’est à peu près à ce moment-là que les premiers émigrants débarquent aussi en Afrique. « Au début, c’est quasiment par "accident" qu’ils arrivent sur ce continent, explique Nadim Shehadi, chercheur au Centre d’études libanaises d’Oxford (Angleterre). Les premiers ont soit raté le bateau, soit été floués par les voyagistes qui leur promettaient les Amériques en les faisant passer par Dakar ou Marseille. »
La guerre du Liban (1975-1990) a aussi poussé un grand nombre d’habitants à l’expatriation. Peu après la fin du conflit, entre 1991 et 1995 – période qui a coïncidé avec les troubles des transitions démocratiques en Afrique – certains Libanais africains ont regagné le Liban où ils avaient beaucoup investi. « Mais ils ont vite été déçus par la situation économique et politique du pays. Ils se sont alors rendus compte qu’ils se sentaient plus africains que libanais », souligne Nadim Shehadi, co-auteur d’un remarquable ouvrage sur la diaspora libanaise (The Libanese in the World : a Century of Emigration, CLS/Tauris, Londres, 2002).

Une place importante dans le tissu économique

Paradoxalement, l’image que se font les Africains des Orientaux du Levant installés sur le continent n’est pas aussi rose que leur success story ne le laisse paraître. Pour nombre de gens, les Libanais « sont des mafieux, font dans la fausse monnaie et le trafic d’armes, et arrosent tous ceux qui ont une parcelle de pouvoir ». A tort ou à raison, le Libanais fait peur même quand il n’a, a priori, rien à se reprocher. Une chose est sûre : les communautés libano-africaines occupent de très larges pans de l’activité économique des pays d’accueil.
Au Sénégal, selon l’hebdomadaire français L’Express (24/10/2002), la communauté libanaise détient 60 % des PME-PMI. En Côte d’Ivoire, indique la même source, elle contrôlerait « 80 % du parc immobilier privé, les trois quarts de la distribution et 40 % de l’activité industrielle ». Les commerçants libanais auraient ainsi créé des dizaines de milliers d’emplois à travers le continent, grâce à 30 000 milliards de FCFA d’investissements, affirme pour sa part l’économiste ivoiro-libanais Jaber Bassim, cité par le quotidien ivoirien La Voie (20/04/1998).
S’ils sont redoutés, honnis ou objets de jalousie, c’est certes parce que les grands hommes d’affaires libanais disposent d’une force de frappe économique et financière, mais c’est surtout du fait de leurs liaisons, parfois dangereuses, avec les autorités politiques en place. Les noms de certains d’entre eux sont associés à ceux de responsables politiques et parfois aux dérives de leur pouvoir : celui de l’avocat Walid Koraytem, pour des investissements douteux au Gabon dans le cadre de l’affaire Elf, celui de Jamil Saïd, pour une implication politique et matérielle dans la guerre civile au Sierra Leone. Selon la journaliste belge Colette Braeckmann, certains Libanais auraient participé au financement de l’assassinat, en janvier 2001, du président congolais Laurent-Désiré Kabila. Celui-ci, écrit-elle, s’était « aliéné la puissante communauté libanaise lorsqu’il a imprudemment confié à la société israélienne IDI le monopole de l’achat des diamants » (Les Nouveaux prédateurs, Fayard, Paris, 2003).

Certains prennent fait et cause pour leur pays d’adoption

Il existe pourtant, à côté d’hommes d’affaires aux comportements fort divers, des médecins, des avocats, des enseignants, voire des hommes politiques – même si beaucoup demeurent de discrets conseillers des chefs d’Etats – ayant pris fait et cause pour leur pays d’adoption. Les Libanais de la deuxième, troisième ou quatrième génération parlent les langues locales, se marient parfois avec les habitants du pays d’accueil qu’ils considèrent comme le leur.
Ils se sentent ni plus ni moins sénégalais, maliens, ivoiriens, sierra-léonais, gabonais même s’ils ne perdent pas totalement attache avec le pays du Cèdre. Ils veulent avant tout être jugés à l’aune de ce qu’ils font et non de clichés. En dépit des marques de patriotisme dont ils peuvent faire preuve, un sentiment de suspicion pèse toujours sur eux. « On reste avant tout blanc et on est vu comme tel », regrette Mary Ambourouet, un Libanais né au Gabon il y a vingt-neuf ans, et qui se dit fier d’avoir « pris un nom de Libreville ».

La semaine prochaine
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Luc Ngowet

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