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Proche-Orient

Le Likoud arrache la présidence aux travaillistes

L'élection surprise à la tête de l'Etat du député du Likoud Moshe Katzav qui se présentait contre le travailliste Shimon Peres est un coup dur pour Ehoud Barak.
L'affaire semblait entendue, Shimon Peres serait le huitième président de l'Etat d'Israël. C'était du reste le seul honneur qui manquait à ce vétéran de la politique israélienne. Protégé de David Ben-Gourion, Shimon Peres fut à 29 ans directeur général du ministère israélien de la Défense. A ce titre, il est l'un des pères de la bombe atomique israélienne. Peres fut encore ministre de la Défense, des Affaires étrangères, de l'Economie, plusieurs fois Premier ministre et leader du Parti travailliste. A ce palmarès déjà fourni vint s'ajouter en 1994 le prix Nobel de la paix, partagé avec Yitzhak Rabin et Yasser Arafat.

Peres ne sera cependant pas le président de l'Etat d'Israël. Au deuxième tour, il a été battu par 63 voix contre 57 par Moshe Katsav, un député du Likoud relativement peu connu à l'étranger. Pourtant, le nouveau président n'est pas un novice en politique. Il a siégé depuis vingt-trois ans à la Knesset (le Parlement) où il est entré en 1977, lors de la vague qui a porté Menahem Begin au pouvoir. Ministre du Tourisme dans le gouvernement Netanyahou, Moshe Katsav avait créé la surprise lors d'un salon du tourisme qui se tenait à Londres en s'invitant sur le stand de la République islamique d'Iran. Interloqués, les représentants iraniens avaient entendu ce ministre israélien leur parler en persan. Katsav est en effet né en Iran. Le profil relativement lisse du nouveau président israélien est sans doute ce qui lui a permis de vaincre un Shimon Peres, admiré à l'étranger, mais qui compte d'innombrables ennemis dans la classe politique israélienne, y compris au sein de son propre parti.

Néanmoins, pour le premier ministre israélien Ehoud Barak qui, après l'échec des négociations de Camp David, se débat pour sauver sa majorité parlementaire, ce vote est un grave revers et de mauvais augure pour la suite: le candidat qu'il soutenait a été mis en minorité au moment même où Barak cherche à additionner toutes les voix lui permettant d'atteindre le chiffre fatidique de 61, la majorité absolue dont il a besoin. Quant à Shimon Peres, tout à la fois enfant chéri et mal-aimé de la politique israélienne, qui n'a jamais permis à son parti de gagner les élections lorsqu'il en était le porte-drapeau, il confirme une image de perdant, qui cette fois-ci, rejaillit sur son rival Ehoud Barak.

Pour le processus de paix lui-même, cependant, l'élection de Moshe Katzav ne constitue pas nécessairement un recul: au sein des parlementaires de droite, le nouveau chef de l'Etat n'a jamais fait figure de faucon. Katzav et Barak vont donc devoir apprendre à cohabiter.



par Olivier  Da Lage

Article publié le 31/07/2000