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Réchauffement climatique

La forêt au coeur du débat

C'est lundi que les débats sur les changements climatiques organisés par la conférence de l'ONU à la Haye devraient entrer dans le vif du sujet en prenant une tournure politique. Depuis le 13 novembre, 180 pays sont réunis aux Pays-Bas, pour tenter de s'entendre sur les moyens de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Mais d'ores et déjà, la première semaine a laissé percevoir divergences et différends.
L'objectif de cette réunion est, rappelons le, de parvenir à un compromis d'ici le 25 novembre, et de favoriser un accord pour l'application du protocole de Kyoto sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, responsables du réchauffement de la planète. Au terme de ce protocole, signé en décembre 1997, 38 pays développés se sont engagés à réduire en moyenne leurs émissions de gaz à effet de serre, à l'échéance 2008-2012. Cette réduction serait de 8% pour l'Union européenne, de 7% pour les Etats-Unis, de 6% pour le Canada et le Japon. Voilà pour les textes, mais en pratique il en va tout autrement. Les divergences persistent d'entrée de jeu entre les pays européens d'une part, et les Etats-Unis et leurs alliés (Japon, Australie, Canada, Nouvelle-Zélande) d'autre part.

L'Union européenne bénéficie du soutien de plusieurs ONG. Son président en exercice, le président français Jacques Chirac est attendu à La Haye ce lundi. Il a déjà fait savoir qu'il souhaitait exhorter l'ensemble des partenaires mondiaux à « prendre leurs responsabilités ». Lors d'un déplacement récent dans les Vosges, le dirigeant français a évoqué « une extraordinaire réaction d'égoïsme de la part de grands pays, notamment les Etats-Unis, qui refusent de faire les efforts nécessaires ». Car les discussions achoppent notamment sur la formule des « puits de carbone », une proposition de Washington visant à comptabiliser dans les réductions de gaz à effet de serre la quantité de carbone absorbée par les forêts et les cultures agricoles.

Les Européens ont aussitôt émis des réserves à ce sujet, estimant que ces « puits » sont difficilement quantifiables. Jeudi soir, l'Union européenne s'est opposée à la proposition américaine visant à inclure largement forêts et terres agricoles dans ce calcul complexe des émissions de gaz à effet de serre. Les Etats-Unis, avec le Canada et le Japon, avaient proposé d'inclure non seulement les plantations d'arbres et le déboisement, mais toute une série d'activités forestières et agricoles pouvant stocker du carbone et ainsi réduire les rejets de CO2 (dioxyde de carbone), à l'origine du réchauffement planétaire.

« Permis de polluer»

En poussant, on sait que les arbres et les plantes ont la propriété de puiser du CO2 dans l'atmosphère et d'en rejeter en brûlant ou en pourrissant. Les sols forestiers et agricoles constituent d'importants réservoirs de carbone. Selon les projections américaines, les Etats-Unis affirment qu'ils pourraient par le biais des « puits de carbone » forestiers et agricoles, réduire de moitié leur quota de réduction de gaz à effet de serre à l'horizon 2010. L'Union européenne conteste « la base scientifique» de ce calcul, estimant qu'il « ne résoud pas les problèmes ».

Autre mécanisme défendu par les Etats-Unis, qualifiés de « plus grand pollueur de la planète » par nombre d'écologistes, est celui des « permis négociables». Ce principe autoriserait un pays n'ayant pas rempli ses engagements à racheter des permis d'émission, appelés « permis de polluer » (par les écologistes) à des pays, qui, comme la Russie, devraient pouvoir facilement respecter les leurs. Ceci constitue un point clef des pourparlers : l'Union européenne a souligné vendredi que les pays développés devraient réduire leurs émissions de gaz à effet de serre par des mesures nationales de politique énergétique et ne pourraient recourir aux crédits d'émission que de manière « complémentaire ».

Quant au groupe des 77 (G 77), qui représente 133 pays en développement et la Chine, il plaide pour l'instauration de mécanismes de développement propre (MDP) encourageant les investissements du nord dans les technologies propres des pays du sud. Enfin, alors que les lobbies industriels et les écologistes sont omniprésents dans les discussions, le Forum des peuples indigènes, une organisation comptant une vingtaine de peuples indigènes du monde entier, demande à participer de manière effective aux débats. Les peuples indigènes estiment que le réchauffement planétaire s'exprime chez eux sous la forme de famine, exode, pauvreté et ressources naturelles.



par Sylvie  Berruet

Article publié le 17/11/2000